Mercredi 21 février 2018

Le Centre dans tous ses états

Fort d’un programme placé sous le signe de la pluridisciplinarité, le Nouveau festival de Beaubourg revient à ses fondamentaux - Bonne résolution, ou simple parenthèse ?

Par Julie Portier · Le Journal des Arts

Le 13 octobre 2009

« Un mois de folie », aurait pu titrer le Centre Pompidou à la manière d’un grand magasin lançant une vente flash.

Sous la direction artistique du « revenant » Bernard Blistène, nommé en janvier 2009 directeur du développement culturel du Centre Pompidou, l’institution se prépare à un grand événement, un remue-ménage sous le signe de la pluridisciplinarité. Une manière pour le Centre de renouer avec les fondamentaux que sont le soutien à toute forme d’art et l’encouragement à redéfinir la notion d’œuvre, leitmotiv de l’art contemporain. Beaubourg aurait-il péché dans sa mission au point d’organiser une session de rattrapage ? De la cave au grenier - mais sans passer par les grandes salles d’exposition -, une programmation monstre annonce un « relooking extrême » du Centre qui accueillera en priorité des pratiques issues des arts vivants, danse et performance. À cet effet, l’espace 315 ainsi que la galerie Sud (confiée à Heimo Zobernig) seront remodelés en dispositifs scéniques, le forum sera déstructuré par les sculptures arpentables de Vincent Lamouroux, le hall occupé par les œuvres interactives de Tobias Rehberger, la mezzanine décontextualisée par l’installation multimédia de Davide Balula… L’élargissement des frontières de l’art, qui se joue ici, sous-entend évidemment un autre mot d’ordre : attirer un plus large public.
Théâtre, musique, chorégraphie, vidéo, littérature sont conviés à ce grand manège des disciplines, dont le programme annonce des formes hybrides à faire frissonner : « conférence-performance », « vidéodanse », « ovnividéo », « peinture parlée » ou « chœur de non-musiciens »… Les têtes d’affiche sont les parangons de l’interdisciplinarité maniée avec l’aisance d’un jongleur, tel l’hyperactif Christian Rizzo, artiste plasticien puis styliste, fondateur d’un groupe de rock et enfin chorégraphe. Le risque est, bien entendu, de perdre l’intérêt scientifique du projet dans l’euphorie de l’événement, où la renégociation du rapport à l’œuvre qui anime ces pratiques « hors normes » semble déjà absorbée par l’effet spectaculaire. Avec plusieurs rendez-vous par jour sur toute la durée du festival, comment le public pourrait-il résister à l’excitation ? L’image du flâneur que dit réhabiliter Zobernig sera vite rattrapée par celle du spectateur hyperorganisé que viendra narguer le calendrier géant commandé à Pierre Leguillon pour la piazza.
Le temps court du festival pourrait pointer les lacunes du programme muséal sur le long terme. Le Centre Pompidou s’expose à cette critique en profitant de l’événement pour sortir des réserves des « ovnividéos » ou des œuvres inconnues piochées par des personnalités invitées (« peinture parlée »), et comme d’une parenthèse pour faire place aux pratiques trop rarement représentées au musée. Comme on pourrait poser la question à la suite de l’accrochage « Elles », autre séance de rattrapage historique, l’expérience terminée, s’agira-t-il de prendre de bonnes résolutions, ou de simplement refermer la parenthèse ?

LE NOUVEAU FESTIVAL DU CENTRE POMPIDOU, du 21 octobre au 23 novembre, Musée national d’art moderne, place Georges-Pompidou, 75001 Paris, tél. 01 44 78 12 23, www.centrepompidou.fr, tlj sauf mardi, 11h-21h, entrée libre. Et à la Conciergerie, 2, bd du Palais, 75001 Paris, tél. 01 53 40 60 80. Catalogue, éd. du Centre Pompidou, 100 p., 10 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°311 du 16 octobre 2009, avec le titre suivant : Le Centre dans tous ses états

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