Avant-première

L'appel du Golfe

Les trois principaux musées allemands ont accepté de s’associer à Dubaï pour la création d’un vaste « musée universel », projet qui n’est pas sans rappeler le Louvre-Abou Dhabi, dans l’émirat voisin.

DUBAI - Dans la course effrénée aux grands équipements culturels de luxe à laquelle se livrent les deux Émirats arabes unis voisins, Abou Dhabi et Dubaï, ce dernier vient de marquer de nouveaux points avec la création d’un futur « musée universel » autour des collections des trois principaux musées allemands. Les musées d’État de Berlin et de Dresde ainsi que la Pinacothèque de Munich se sont en effet engagés à prêter leurs œuvres à l’Autorité pour la culture et les arts à Dubaï (Dubaï Culture and Arts Authority, DCAA), et aussi à apporter leur expertise pour la constitution d’une collection ouverte à « tous les arts ». Si les aspects financiers de cet accord n’ont pas été précisés – les conservateurs des établissements allemands ont juste indiqué que l’émirat couvrait les coûts de leur participation –, ils doivent sans aucun doute se compter par dizaine de millions d’euros. On sait que le Louvre a, à lui seul, récolté un milliard d’euros pour l’utilisation de son nom à Abou Dhabi, la location d’œuvres et son expertise sur trente ans. Baptisé « Lyon-Dubaï City », le quartier à la française prévu en 2012 à Dubaï, sur le modèle de la ville de Lyon et confié à l’urbaniste Jean-Louis Lebas, doit quant à lui dépasser les 500 millions d’euros d’investissement. « Il ne s’agit pas uniquement de collaborer avec les musées allemands, mais avec les musées du monde entier », a précisé au cours d’une conférence de presse organisée à Berlin le 28 mai Michael Schindhelm, nommé en avril directeur de la culture à la DCAA. Spécialiste d’art dramatique, il a dirigé la Stiftung Oper à Berlin entre 2005 et 2007, après avoir assumé la direction du Théâtre de Bâle (Suisse) pendant dix ans. Avant que ce grand « complexe culturel » ne voie le jour, les premières expositions devraient être organisées dès 2010 dans un pavillon conçu par Rem Koolhaas. Un architecte de renommée internationale, des chefs-d’œuvre universels abrités par de prestigieux établissements : tous les ingrédients du succès semblent réunis. Quelle sera la dimension scientifique de ce projet ? Lors de la conférence de presse, les conservateurs allemands ont déclaré vouloir promouvoir le « dialogue interculturel » entre les pays du Golfe et l’Europe, propos repris par le représentant du ministère allemand de la Culture, assurant vouloir « réduire les divisions qui séparent Europe et Moyen-Orient ». Si le choix des œuvres qui rejoindront la côte du Golfe n’a pas encore été déterminé, Reinhold Baumstark, conservateur de la Pinacothèque de Munich, l’a promis : « Aucun des trois musées n’entend vendre ses collections. Il s’agit de prêter, pas de se séparer. » La participation des musées berlinois au projet est néanmoins étonnante. En mars 2007, Klaus-Dieter Lehmann, président de Fondation Patrimoine culturel de Prusse, qui gère les musées de Berlin, avait en effet fustigé les ambitions du Louvre à Abou Dhabi, lequel agissait selon lui comme une banale « entreprise » avec pour objectif la « maximisation de ses profits ». Son départ il y a deux mois – pour prendre les rênes du Goethe-Institut – n’est peut-être pas étranger à ce changement de cap des musées allemands, lesquels, à leur tour, n’ont pas résisté aux sirènes du Golfe.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°283 du 6 juin 2008, avec le titre suivant : L'appel du Golfe

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