Fondation

La très prospère Fondation Dalí

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 4 juillet 2019 - 718 mots

CATALOGNE

La « rente Dalí » bénéficie à sa fondation qui gère trois lieux très visités en Catalogne et affiche des résultats financiers exceptionnels. Des ressources qui sont affectées à la recherche, à la restauration et aux acquisitions.

Figueras (Espagne). Dalí partage beaucoup plus de points communs avec Léonard de Vinci qu’il n’y paraît. Ces fils de notaires sont des personnalités hors du commun, dont sont célébrés cette année le trentième anniversaire de sa mort pour le premier et le 500e pour le second. Et surtout, il attirent les foules.

Les rétrospectives « Dalí » en 1979 et 2013 ont constitué des records de visite pour le Centre Pompidou (autour de 800 000 visiteurs à chaque fois). Il n’est donc pas étonnant que les trois musées consacrés à Dalí en Catalogne soient parmi les plus fréquentés d’Espagne. Quoiqu’un peu en baisse (lire l’entretien), la fréquentation totale tourne autour de 1,3 million de visiteurs, dont naturellement beaucoup de touristes.

Outre la notoriété du personnage et le caractère immédiat de ses œuvres, l’attrait de ces lieux tient beaucoup au fait qu’ils sont « habités » par Dalí et Gala. Au sens propre et au sens figuré. La villa de Cadaqués (à Portlligat plus précisément) a été le refuge de l’artiste et de sa muse qui ont patiemment racheté et aménagé les bâtiments autour, à l’époque, d’une simple habitation de pêcheur en bord de mer. Tout est resté dans son « jus », un « jus » très dalinien dans la décoration et l’ameublement comme dans l’intimité des lieux. Dalí y séjournait et y travaillait de longs mois avant d’entreprendre ses tournées internationales. Le château de Púbol, qu’il avait acheté pour que Gala puisse recevoir ses amants pendant que lui faisait de même à Cadaqués, est tout aussi incarné quoique plus sobre dans la décoration. Même le Théâtre-musée de Figueras, la troisième pointe du dénommé « triangle de l’Ampourdan », a été entièrement façonné par Dalí, qui a résidé dans un bâtiment contigu pendant les dernières années de sa vie.

Ces lieux appartiennent à une fondation privée créée par Dalí en 1983, gérée par lui jusqu’à son décès en 1989 et aujourd’hui administrée par un conseil rassemblant plusieurs personnalités institutionnelles et privées (similaire en cela au board de trustees des États-Unis). Une fondation qui se porte très bien, dopée par les entrées (9,4 M€ de recettes de billetterie) et par les achats effectués dans la boutique de Figueras (2,2 M€). On trouve de tout dans cette boutique, depuis les traditionnels tee-shirts, crayons et tasses jusqu’aux parfums et bijoux. Il est vrai que l’univers dalinien se prête à la production de ces produits dérivés.

La Fondation est largement bénéficiaire et a dégagé en 2018 un excédent de 3,7 millions d’euros. Des chiffres à faire pâlir d’envie les fondations françaises. L’actif de la Fondation est encore plus solide que son exploitation. Grâce à la dotation initiale de Dalí et ses acquisitions au fil du temps, les 4 000 œuvres de la collection sont estimées 385 millions d’euros. La Fondation a pu ainsi acheter pour 70 millions d’euros d’œuvres depuis 1991.

Les bénéfices sont mis au service de la recherche sur Dalí, de la restauration des œuvres, de l’organisation d’expositions (lire l’encadré), et, de manière générale, de la protection du droit moral de l’artiste. La Fondation a mis en ligne depuis 2017 le catalogue raisonné des peintures et depuis peu celui des sculptures. Celui sur les œuvres graphiques, pollué par un marché des contrefaçons, devrait suivre.

Dalí peintre au grimaldi Forum  

Monaco. La Fondation Dalí est naturellement très sollicitée pour prêter des œuvres à d’autres musées. Elle a ainsi ouvert son catalogue à sept lieux en 2017 et autant en 2018. En 2019, elle est associée, par le prêt d’œuvres mais aussi le commissariat, à cet événement phare qu’est la rétrospective « Dalí » au Grimaldi Forum. En une centaine d’œuvres graphiques, l’exposition annuelle monégasque axe son propos sur la peinture de Dalí, présentée chronologiquement : des débuts émouvants à Cadaqués jusqu’au classicisme en passant par le cubisme et le surréalisme. Dalí n’a jamais caché l’influence des grands maîtres (Vermeer, Vélasquez, Raphaël) et le parcours réserve un chapitre à cet aspect. Si tout le monde a en tête l’homme public, Montse Aguer, la directrice des musées Dalí et commissaire de l’exposition, a aussi voulu montrer un Dalí plus intime, dans son atelier, à l’aide de photos.

Jean-Christophe Castelain

Dalí, une histoire de la peinture,
 
jusqu’au 8 septembre, Grimaldi Forum Monaco, espace Ravel, 10, av. Princesse-Grâce, Monaco.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°527 du 5 juillet 2019, avec le titre suivant : La très prospère Fondation Dalí

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