Mardi 18 décembre 2018

La photographie au fil des pages

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 2004 - 716 mots

Le livre de photographie connaît un engouement sans précédent. Martin Parr publie un très attendu ouvrage sur son histoire. À l’occasion de Paris Photo, rencontre avec quelques acteurs de ce marché.

Beaucoup de marchands de livres vous diront qu’ils ont la liste ; la légende veut que certains collectent les livres référencés dans le très attendu : The Photobook: A History. Martin Parr (1) est formel : personne n’a la liste ! Dans son bureau, au dernier étage de sa maison de Bristol, en Angleterre, l’artiste daigne nous montrer une partie de la maquette : le chapitre réservé aux photographes japonais. Le mystère reste entier, il s’empresse de refermer l’objet. Il faudra attendre...
Martin Parr a toutefois dévoilé les titres d’une cinquantaine de livres lors d’une projection cet été au Théâtre antique d’Arles. Et, au fil de la conversation, quelques informations ressortent : la liste comporte 53 livres français dont La Poupée de Hans Bellmer, Faits (1992) de Sophie Ristelhueber ou la Ferme du Garet (1995) de Raymond Depardon. Peu de photographes de mode, ce n’est pas sa tasse de thé – on notera tout de même la présence d’un catalogue pour la marque allemande Windsor signé Philip-Lorca DiCorcia. On trouve aussi des livres de propagande albanais ou chinois aux côtés d’Evidence (1977) de Larry Sultan et Mike Mendell, ou du Banquet d’Araki (1993)… 450 livres ont été ainsi sélectionnés sur les milliers que compte sa bibliothèque.

Le livre des livres
L’idée lui est venue il y a longtemps avec son compère Gerry Badger, mais le temps de réaliser le projet : engranger tous les livres et demander les autorisations, le duo a été doublé par Andrew Roth, qui a publié en 2001 The Book of 101 Books. Seminal Photographic Books of the Twentieth Century. Qu’importe ! Martin Parr avoue que le premier livre qu’il a acheté est Les Américains (1958) de Robert Frank, celui qui l’a le plus influencé – et il n’est pas le seul –, New York (1956), de William Klein. Il se lève sans cesse pour aller chercher un ouvrage : ici le dernier livre de Taiji Matsue – montré à Arles (2) –, un livre avec une couverture en métal, là ces récents achats en provenance d’Arles : l’original de 1929, de Paul Éluard et Benjamin Péret, illustrés de photographies pornographiques de Man Ray ; un livre datant de 1972, par Wolfgang Schmidt, compilant des photos de pots d’échappement ; et Milano de Guilia Pirelli et Carlo Orsi.
C’est un fait, Martin Parr a des émules : la bibliophilie de livres de photographie se développe à grande vitesse. De plus en plus nombreux sont ceux à désirer les livres dans lesquels sont reproduits les tirages qu’ils viennent d’acheter, ou à céder leur collection de vintages pour se constituer une bibliothèque susceptible de prendre moins de place.

Le meilleur moyen de diffusion
Comme le rappelait Henri Cartier-Bresson : le livre est le meilleur moyen de diffusion de la photo. Au salon Paris Photo, en quelques années, les marchands de livres ont pris de l’importance et ne sont plus cantonnés au foyer, sans oublier ceux qui reçoivent leur public d’initiés dans des chambres d’hôtels aux alentours du Louvre.
Enfin, les éditeurs réimpriment des chefs-d’œuvre de la photographie, ainsi Karl Lagerfeld, qui propose une des plus belles bibliothèques avec sa maison d’édition 7L. On attend de cette même maison le retirage du mythique Paris (1931) de Moï Ver. Les éditions Steidl ont quant à elles réédité les trois numéros-cultes du magazine japonais Provoke ainsi que, réunis dans une boîte en bois (The Japanese Box), les trois premiers livres de ses créateurs : Daido Moriyama, Nobuyoshi Araki et Nakahira Takuma. Les livres de Garry Winogrand sont à nouveau publiés (DAP, New York), le MoMA ressort le William Eggleston’s Guide et Evidence.
Un véritable phénomène pour les passionnés qui permet aussi de découvrir des photographes encore méconnus aujourd’hui, que l’on ne trouve pas souvent sur les marchés des tirages comme Sanne Sannes, Helmer Peterson, David Attie ou Dave Heat, et de nombreux Japonais parmi lesquels Masahisa Fukase, Shomei Tomatsu ou Miyako Ishiuchi, pour n’en citer que quelques-uns.

(1) lire le JdA nos 191, 16 avril 2004 et 197, été 2004.
(2) Lors des Rencontres internationales de la photographie 2004, dont Martin Parr a été le commissaire général.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°202 du 5 novembre 2004, avec le titre suivant : La photographie au fil des pages

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