Royaume-Uni

La location d’œuvres, une idée qui avance

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 6 octobre 2006

Mark Jones, directeur du V&A, à Londres, y pense pour valoriser les œuvres en réserve.

LONDRES - Le Victoria and Albert Museum (V&A), à Londres, envisage de louer des tableaux qu’il n’expose pas pour alimenter son budget d’acquisition. L’idée a été révélée par son directeur, Mark Jones, qui projette de soumettre ce projet à son conseil d’administration en 2007.
Le V&A possède deux mille peintures, ce qui en fait la troisième collection de Grande-Bretagne. Mais il ne peut en exposer que cent soixante-dix dans ses salles spécifiquement dédiées à ce médium et rénovées il y a trois ans. Cent quatre-vingts autres tableaux sont présentés dans d’autres salles du musée. Selon Mark Jones, conserver des tableaux en nombre sans les montrer est une erreur : « Je ne crois pas qu’on puisse défendre l’idée de garder dans les réserves des objets faits pour être exposés, notamment les tableaux. » Les œuvres concernées, conservées dans des réserves à Olympia, sont accessibles sur rendez-vous en vue d’être prêtées à des musées (soixante-dix d’entre elles font aujourd’hui l’objet de prêts).
Parmi cet ensemble figurent beaucoup de pièces de second ordre, et Jones lui-même reconnaît que certaines n’ont pratiquement aucune chance d’être sollicitées à cet effet. Estimant que la cession devrait, dans ce cas, être envisagée, la location offrirait cependant l’avantage, selon lui, de récupérer l’œuvre si les goûts évoluaient ou si elle devait figurer dans une exposition temporaire. Ces prêts devraient durer plusieurs années, avec des baux renouvelables. Mark Jones insiste, avec une certaine assurance, sur l’accès du public aux œuvres. Le système pourrait être inspiré de celui qui exempte les propriétaires de droits de succession, à condition toutefois de permettre aux particuliers, sur leur demande, de voir les œuvres, comme de les prêter dans le cadre d’expositions publiques.
Les tableaux du V&A pourraient être loués aussi bien à des sociétés qu’à des particuliers, dès lors que les normes de conservation et de sécurité sont respectées et qu’une assurance est contractée. Mark Jones confirme sa volonté de continuer à exposer un ensemble important de peintures au V&A, notamment pour souligner les rapports entre les arts décoratifs et les beaux-arts. Alors que V&A présente actuellement moins du cinquième de ses collections de peinture, il réfléchit à l’extension des espaces à leur consacrer. Un projet propose de leur attribuer les salles des tissus – qui leur sont contiguës –, si cet ensemble déménageait pour un nouvel espace situé dans la zone où devait être édifiée la « Spirale ». Les salles de peinture seraient alors doublées, permettant d’exposer cent soixante-dix œuvres supplémentaires, mais en privant toujours le public de près des trois quarts de la collection. Ce projet d’agrandissement reste cependant une perspective lointaine, d’autant que les salles des tissus ne manqueront pas de susciter des demandes concurrentes de la part des autres départements du musée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°244 du 6 octobre 2006, avec le titre suivant : La location d’œuvres, une idée qui avance

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