Justice

La justice américaine s’oppose à la restitution d’un Pissarro à une famille spoliée

Par Lorraine Lebrun · lejournaldesarts.fr

Le 23 août 2020 - 608 mots

LOS ANGELES / ETATS-UNIS

Une cour d’appel américaine a confirmé que la Fondation Thyssen-Bornemisza est la légitime propriétaire du tableau. 

Camille Pissarro, <em>La Rue Saint-Honoré dans l’après-midi. Effet de pluie</em> (détail), 1897, huile sur toile, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza © Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid
Camille Pissarro, La Rue Saint-Honoré dans l’après-midi. Effet de pluie (détail), 1897, huile sur toile, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza.
© Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid

La famille Cassirer se bat depuis plus de quinze ans contre l’Etat espagnol et la Fondation Thyssen-Bornemisza pour récupérer une toile de Pissarro qui ornait autrefois le salon de leur aïeule Lilly Cassirer. Mais cette fois, « La Rue Saint-Honoré dans l’après-midi. Effet de pluie » restera encore exposée dans le musée madrilène. La justice américaine a en effet confirmé la propriété de l’œuvre à la fondation espagnole, comme le relate le Los Angeles Times.

Un collège de trois juges de la cour d’appel des Etats-Unis pour le neuvième circuit a rendu une décision unanime. Dans cette affaire ayant connu de multiples rebondissements, les juges devaient ici confirmer ou non la décision de la Cour fédérale qui s’était déjà prononcée contre la restitution de l’œuvre en 2015. Dans le jugement rendu le 17 août dernier, les magistrats ont une nouvelle fois rejeté la requête de restitution des plaignants.

Tout l’enjeu était de déterminer si le Baron Hans Heinrich Thyssen-Bornemisza, riche collectionneur suisse, avait été de bonne foi et avait fait preuve des diligences requises lors de l’achat de l’œuvre – c'est-à-dire faire les recherches nécessaires pour se prémunir d’une acquisition douteuse. Pour la défense, il s’agissait donc de prouver que lorsqu’il l’acquiert en 1976, le baron ne savait pas que l’œuvre avait appartenu à une famille juive victime des spoliations nazies. Les avocats de l’Etat espagnol et de la Fondation ont ainsi fait valoir que la toile lui avait été vendue par un galeriste de renom et qu’il n’y avait jamais eu d’intention de cacher une œuvre mal acquise, le tableau ayant toujours été exposé à partir de 1979.

Il en va de même lorsque la Fondation rachète la collection du baron en 1992 pour fonder le musée qui porte son nom. Les juges ont en effet estimé que la Fondation avait à l’époque fait des recherches suffisantes sur ses précédents possesseurs et n’avait ainsi pas eu de raison de douter de l’origine de l’œuvre.

L’accusation plaidait quant à elle qu’aussi bien le baron que la Fondation étaient parfaitement au courant et avaient volontairement choisi de fermer les yeux. Mais cette fois, la justice n’a pas donné raison aux héritiers. Elle a en plus estimé que Lilly Cassirer, après avoir tenté en vain de retrouver sa toile, avait bel et bien reçu une compensation financière de la part de l’Etat allemand – 13 000 dollars en 1958, l’équivalent de 98 000 euros actuellement.

Si la famille n’a pas souhaité réagir, le musée a quant à lui salué cette décision et annoncé que l’œuvre, aujourd'hui estimée à 25 millions d’euros (30 millions de dollars), resterait exposée comme cela est le cas depuis son ouverture en 1992 .
 

Camille Pissarro, La Rue Saint-Honoré dans l’après-midi. Effet de pluie, 1897, huile sur toile, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza © Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid
Camille Pissarro, La Rue Saint-Honoré dans l’après-midi. Effet de pluie, 1897, huile sur toile, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza.
© Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid

L’œuvre en question,une huile sur toile réalisée par le peintre impressionniste Camille Pissarro en 1897, représente une rue de Paris par temps de pluie. L’œuvre a été acquise par Julius Cassirer directement auprès (du marchand) de l’artiste et est restée dans la famille jusqu’en 1939. A cette date, Lilly Cassirer se trouve contrainte de la céder à un marchand d’art proche du régime nazi en échange de visas lui permettant de fuir Berlin.  La toile passe ensuite entre les mains de galeries et de collectionneurs divers avant de rejoindre les cimaises du Musée Thyssen-Bornemisza, où un ami des Cassirer la reconnait. Ce n’est qu’en 2002 que la famille fait une première réclamation auprès du musée, en vain. Claude Cassirer, petit-fils de Lilly, entame des poursuites en 2005 à l’encontre de l’Etat espagnol et du musée madrilène. Aujourd’hui décédé, c’est son fils David qui continue désormais les poursuites. 

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