Dimanche 22 septembre 2019

Politique culturelle italienne

La fusion de la Galleria dell’Accademia avec les offices fait des vagues

Par Olivier Tosseri (correspondant à Rome) · Le Journal des Arts

Le 5 septembre 2019 - 528 mots

Des directeurs d’institutions italiennes dénoncent le départ forcé de la directrice allemande de la Galleria dell’Accademia.

Florence. Les directeurs des grands musées italiens sont en colère. L’Allemande Cecilie Hollberg, à la tête de la Galleria dell’Accademia de Florence qui abrite le David de Michel-Ange, a été licenciée sans explication. Elle faisait partie des sept directeurs étrangers nommés en 2015 dans le cadre de la réforme Franceschini. Cecilie Hollberg savait déjà depuis le printemps dernier que la réforme du ministère des Biens et Activités culturels italien mise en œuvre par le ministre Alberto Bonisoli prévoyait de fusionner son établissement avec le Musée des Offices, lui ôtant ainsi toute autonomie. Elle a appris au cours de l’été qu’elle perdait également son poste le 22 août, soit avant la fin de son contrat fixée au 30 novembre prochain. Un simple courriel, sans explication, l’informait le 9 août de son licenciement sans qu’elle soit reçue pour défendre son bilan. Celui-ci est pourtant très positif avec, ces trois dernières années, une hausse de 22 % de la fréquentation qui s’établit à 1,7 million de visiteurs, et de 14,7 % pour les recettes qui atteignent 8,7 millions d’euros.

Cecilie Hollberg dénonce une décision « absurde et la “contre-réforme” Bonisoli qui veut transformer la culture en grand supermarché ». Elle peut compter sur la solidarité de ses pairs qui ont publié dans la presse une lettre de soutien en faisant part de leur stupeur. Quinze directeurs et ex-directeurs critiquent la méthode employée à l’égard d’une conservatrice qui a fait la preuve de ses grandes qualités professionnelles. Ils apportent également leur soutien aux responsables du parc archéologique de l’Appia Antica et du Musée national étrusque de la villa Giulia à Rome qui ont subi le même sort. Parmi les signataires de la lettre figurent James Bradburne, directeur de la Pinacoteca de Brera ; Enrica Pagella, à la tête des musées royaux de Turin ; Anna Coliva, directrice de la Galleria Borghese à Rome, ou encore Sylvain Bellenger, directeur du Musée Capodimonte de Naples. « Nous n’entrons pas dans le fond de la décision administrative, précise ce dernier, mais c’est une lettre de protestation car nous sommes choqués par un procédé irrespectueux. C’est incompréhensible qu’un directeur de cette catégorie ne soit pas reçu par le ministre. »

Problème de forme mais aussi de fond concernant son action, selon le Conseil supérieur des biens culturels et paysagers. Dans un document publié le 24 juillet sur la réforme Bonisoli, le Conseil critiquait la centralisation accrue et le renforcement des pouvoirs du secrétaire général tout en espérant l’embauche de personnel qualifié. Un avis partagé par Sylvain Bellenger qui estime que les directeurs de musées sont à la tête d’institutions défaillantes du point de vue administratif. « Les employés sont souvent âgés, déplore-t-il, inadaptés pour le fonctionnement de musées contemporains ; quant aux procédures pour les remplacer, elles sont bureaucratiques et obsolètes. Ce n’est pas un problème lié à Alberto Bonisoli mais à l’administration dans son ensemble. Elle a parfois un mode de fonctionnement archaïque et soviétique. Le talent des individus pallie aux limites d’un système complexe et ankylosé. Il faudrait une forte volonté politique et une grande compétence administrative pour changer le système mais surtout les mentalités. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°528 du 6 septembre 2019, avec le titre suivant : La fusion de la Galleria dell’Accademia avec les offices fait des vagues

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