Disparition

La fureur de peindre

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 18 février 2005

Paul Rebeyrolle s’est éteint le 7 février
à l’âge de 78 ans.

PARIS - La matière avait du mal à trouver toute sa place à la surface de ses toiles, terrain favori pour la célébration d’un mariage a priori contre-nature de pigments, huiles, terre, poussière… Paul Rebeyrolle avait la fureur de peindre. Il est mort le 7 février à Boudreville (Côte-d’Or). Il avait 78 ans.
Le geste nerveux, la souffrance de l’entaille, la force de l’engagement, tels étaient les moteurs de l’œuvre singulier d’un peintre de son temps qui s’était abondamment nourri de ceux qui l’avaient précédé. De son enfance dans le Limousin, l’on ne retient qu’un long moment d’immobilité imposé par une mauvaise maladie et la fenêtre pour seule échappatoire, déjà un cadre trop petit pour ses ambitions dévorantes. À la Libération, à 18 ans, il « monte » à Paris poussé par l’ambition de devenir artiste, animé par un désir croissant de s’exprimer et de trouver une liberté aussi. La réouverture du Louvre est un choc, comme le sera sans cesse par la suite la confrontation avec les maîtres anciens et modernes, du Caravage à Goya, de Titien à Courbet et Delacroix, et avec ses contemporains, en particulier Picasso qu’il plaçait au Panthéon.
L’art chez Rebeyrolle est aussi synonyme d’engagement politique. Ancien communiste, il a la révolte chevillée au corps, le combat contre l’oppression et les injustices à fleur de peau. Ces batailles seront ancrées en particulier dans ses séries « Guérilleros » (1968), « Faillite de la science bourgeoise » (1973), « Les évasions manquées » (1980-1982), « Le Monétarisme » (1997-1998), jusqu’à ses toiles récentes sur le thème des clones. Il torture une matière devenue symbole charnel, dans une violence plastique qui dénonce l’oppression physique et morale.

« Un des plus grands »
En 1995, il avait ouvert l’Espace Rebeyrolle dans son village natal d’Eymoutiers, dans le Limousin. Il y avait déposé de nombreuses toiles, mais pas seulement. L’artiste voulait « en faire un bastion, mais pas un mausolée. Quelque chose d’hors normes, avait-il confié à Harry Bellet (Le Monde, 11 juin 1994). Mais je veux montrer autre chose que mes tableaux, bâtir des expositions de prestige pour faire vivre le lieu. C’est un anti-musée : il faut y défendre ce qui n’est pas à la mode pour montrer autre chose que le formalisme ou les truqueurs ». À côté de la cinquantaine d’œuvres de l’artiste conservées, l’espace a organisé des expositions telles que Riopelle (1997), Macréau (1999), Miró (2000), Léger (2001), César (2002), Monory (2003)… C’est devant ce lieu qui porte son nom et sous une pluie battante que les hommages à l’artiste – notamment celui du ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres – ont été rendus le 11 février, avant que ne soient dispersées les cendres de l’artiste dans le ruisseau Planchemouton.
Paul Rebeyrolle devrait être en bonne place dans la future fondation de François Pinault, à Boulogne-Billancourt. L’homme d’affaires, qui avait acheté en 2000 vingt de ses tableaux d’un coup, selon Le Monde, avait confié au quotidien du soir : « Rebeyrolle : c’est un des plus grands, et il faut le faire savoir. Actuellement, ses toiles coûtent moins cher que certaines photographies contemporaines. » Un message qui a mis du temps à être entendu. Une de ses toiles, Clonage II (2001), est rentrée en 2004 dans les collections du Musée national d’art moderne/Centre Pompidou. Elle est venue enrichir les deux seules autres œuvres du peintre conservées dans la collection nationale, et dont l’une est en dépôt au Musée de Besançon depuis 1971...

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°209 du 18 février 2005, avec le titre suivant : La fureur de peindre

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