La France sauvée par la mondialisation

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 3 août 2007

La mondialisation des acheteurs a contribué à une bonne santé plus conjoncturelle que structurelle du marché français. L’Art déco, les arts primitifs et la bibliophilie restent ses atouts

Jamais le hiatus entre la conjoncture économico-politique et le marché de l’art n’aura été aussi grand. Sur le premier chapitre, la France n’a pas de quoi pavoiser. Les indicateurs stigmatisent le déficit de compétitivité de son économie, le recul de son industrie, la fuite de ses capitaux comme de ses cerveaux. Les élections présidentielles promettent en outre quelques mois d’ankylose. Et pourtant, le marché de l’art s’est porté comme un charme dans l’Hexagone en 2006. Selon un rapport du Comité professionnel des galeries d’art livré en février, 88 % des galeries d’art françaises s’avouaient satisfaites de leur métier et plus de la moitié d’entre elles étaient optimistes pour l’avenir de leur secteur d’activité. Les maisons de ventes affichent quant à elles des progressions allant de 5 à 90 %.
La part des collectionneurs français n’est pas négligeable dans cette embellie. Ces derniers se sont révélés particulièrement dispendieux sur le salon Art Paris et à la Foire internationale d’art contemporain (FIAC). Un activisme qui n’étonne guère puisque les transactions avec les particuliers français représentent 66 % du chiffre d’affaires des galeries françaises. Mais le pouvoir d’achat hexagonal n’a pas augmenté dans les mêmes proportions que celui des États-Unis ou des pays émergents…
Aussi la mondialisation des acheteurs sera-t-elle à long terme la vraie bouée de sauvetage du marché français. Les étrangers ont représenté en 2006 64 % des enchérisseurs de Sotheby’s en France et 60 % de ceux d’Artcurial. Le plus gros acheteur en valeur de la vente Claude et Simone Dray est américain. C’est encore un Américain qui a remporté le 2 juin la table de Pierre Legrain pour 1,5 million d’euros chez Camard & associés. Les ventes d’art d’Extrême-Orient organisées par Christie’s et Sotheby’s comptent enfin près de 50 % d’acheteurs asiatiques. Le constat ne vaut pas encore côté salon, car les foires impliquent un déplacement physique de la part des acheteurs. Paris Photo reste de loin la plus attractive en ralliant 40 % de visitorat étranger.

Service client
Commissaires-priseurs et galeries devraient toutefois adopter une logique de services sous peine de s’aliéner ces nouveaux collectionneurs. « Les nouveaux acheteurs étrangers vont aller là où l’information est facile et le service optimal, souligne Emmanuelle Vidal, directrice du développement de Christie’s France. Autant les acheteurs traditionnels peuvent se débrouiller seuls, autant il faut rendre la vie facile à ceux des pays émergents. Pour pérenniser une affaire, le service client est essentiel. » Christie’s a bien compris la nouvelle donne en lançant cette année en France le service « Christie’s Live », permettant d’enchérir en direct sur Internet. Développé en 2006 à Londres et New York, ce petit plus avait drainé 20 à 30 % de nouveaux clients dans chaque spécialité.
Nonobstant ce phénomène de globalisation, rendons à César ce qui est à César. La France jouit d’une primauté en Art déco, arts primitifs et bibliophilie. La cuvée 2006 a d’ailleurs été marquée par les 59,7 millions d’euros réalisés par la collection Art déco des Dray chez Christie’s et les 44 millions d’euros obtenus pour l’ensemble arts primitifs des Vérité chez Enchères Rive Gauche. Les importations de Sotheby’s, en progression de 134 %, concernent en tout premier lieu l’art africain, avec notamment les collections Roger Vanthournout et John Dintenfass. Totalisant 27,4 millions d’euros, les ventes de livres anciens ont contribué à hauteur de 50 % au chiffre d’affaires de Pierre Bergé et associés.

Droit de suite pénalisant
« Il n’y a de marché fort en ventes publiques qu’avec la présence de marchands forts dans la ville », soutient le spécialiste en Art déco Jean-Marcel Camard. Cette antienne, qui vaut pour les disciplines précitées, ne se décline pas dans l’art du XXe siècle. Certaines galeries parisiennes très actives continuent à être injustement exclues des grandes foires telles Art Basel (Bâle, Miami), Frieze Art Fair (Londres) ou l’Armory Show (New York). Dans une spécialité comme l’art contemporain, qui enregistre la plus forte progression à l’échelle mondiale, la France traîne des pieds. D’après Artprice, elle a même été rétrogradée en 2006 en quatrième position, avec 4 % de parts de marché – derrière la Chine qui en détient 12 % – contre 3 % en 2005. Pénalisé par le droit de suite, l’Hexagone peut difficilement réclamer son allègement après en avoir exigé l’extension à toute l’Union européenne. Du coup, la France voit ses exportations progresser. D’après les observateurs, les deux auctioneers mandent respectivement à l’étranger quelque 30 millions d’euros d’œuvres contemporaines. Chez Sotheby’s, le total des exportations s’élève à 180 millions de dollars (135 900 euros). On peut supputer un volant comparable, sinon supérieur chez Christie’s. « Les ventes que nous organisons à Paris nous aident à trouver des pièces pour l’étranger, observe François Curiel, président de Christie’s France. Un groupe fort a besoin d’un Paris fort ! » Tout est dit.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°251 du 19 janvier 2007, avec le titre suivant : La France sauvée par la mondialisation

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