Mardi 10 décembre 2019

La Foire de Bâle, un classique inimitable

D' «Art Unlimited » à « Statements », Art Basel reste au sommet

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 31 mai 2002 - 1512 mots

Célébrée comme la foire d’art moderne et contemporain la plus importante du monde, Art Basel tient du 12 au 17 juin sa 33e édition. Cette année encore, les plus importantes galeries sont attendues, 268 exactement, triées sur le volet, dans tous les secteurs de l’art des XXe et XXIe siècles. La manifestation, stimulée par la tenue simultanée de la Documenta, marque sa volonté d’apparaître comme un point culminant de la saison artistique .

Innovatrice, en avance, défricheuse et attentive, la Foire de Bâle (Art Basel) l’est tellement qu’elle en serait presque devenue une foire comme les autres. Désormais, pas une manifestation de ce type sans son secteur “Project”, pas une foire sans son “lounge” pour collectionneurs et pas de grandes messes commerciales sans clin d’œil aux grandes expositions artistiques. Et sur ce point, Bâle ne manque pas d’à-propos : “avec la Documenta 11, Art Basel 33 sera le point culminant de la saison artistique de l’été 2002”, préviennent sans ambages les organisateurs. “Bâle est indéniablement la foire la plus importante, estime le galeriste turinois Giorgio Persano. C’est aussi parce qu’elle se déroule au milieu d’événements majeurs, la Biennale de Venise une fois sur deux ou la Documenta pour cette année. À l’étranger, c’est une période de voyages, c’est la foire qui a le public le plus international.” Pour ces raisons entre autres, année après année, la Foire, qui en est à sa 33e édition, est citée par l’ensemble de la profession comme l’exemple de l’excellence. “Bâle est toujours largement au-dessus des autres foires, même si celles-ci ne cessent de gagner en qualité, résume la galeriste parisienne Jennifer Flay. Mais on n’y va pas pour les mêmes raisons qu’à l’Armory Show à New York, tout comme  on n’y expose pas les mêmes œuvres. La manifestation donne l’occasion de se positionner à côté de ce qu’il y a de meilleurs ailleurs. C’est extrêmement stimulant.” Cette année, la galerie montrera nombre de ses artistes – Claude Closky, Marylène Negro ou Xavier Noiret-Tomé – et fera sur son stand une place particulière à une installation de Dominique Gonzalez-Foerster. “J’espère qu’il y aura une sensation d’ensemble plus que de simple d’accrochage”, conclut Jennifer Flay. Habituée des lieux, la galeriste sait bien que la cohérence est là un enjeu. Bâle ne saurait être un simple garde-meuble, aussi prestigieux soit-il.

Comme lors de toute foire qui se respecte – et même plus –, ces six jours de juin ne seront pas uniquement un événement marchand, mais un rendez-vous réellement incontournable pour la création. Véritable singularité de la Foire, le secteur “Art Unlimited” est, six ans après sa création, toujours aussi attractif. De Francis Alÿs et Anish Kapoor représentées par la Lisson Gallery (Londres) à Pipilloti Rist et Lisa Ruyter chez Hauser & Wirth (Zurich), en passant par David Claerbout et Ann Veronica Janssens chez Micheline Szwajcer (Anvers) ou, dans un domaine plus “historique”, Mario Merz chez Barbara Gladstone (New York) et Richard Serra chez m Bochum (Bochum), les pièces qui sont présentées, comme les conditions d’exposition, n’ont rien à envier à celles offertes par les biennales. Une publication séparée, des librairies, un espace de rencontre avec les artistes, une vidéothèque et un salon multimédia sont aussi prévus. Entre Kunsthalle et halle d’exposition, l’équilibre est dû à une alchimie savante qui compose avec les projets des galeristes, le toujours très strict Art Committee (composé cette année de Victor Gisler, Wolfgang Günther, Pierre Huber, Esther Schipper, Micheline Szwajcer et Gianfranco Verna) et une cohérence plus large, insufflée par deux commissaires extérieurs, Martin Schwander et Simon Lamunière. Si le premier a déjà fait bénéficier la Foire de son expérience de directeur du Musée des beaux-arts de Lucerne, le second fait son entrée. Directeur de la Biennale de l’image en mouvement de Genève, il a aussi été responsable en 1997 de la programmation Internet de la Documenta X. Matériellement, tout est prévu pour que la cinquantaine d’artistes présents dans ce grand hall de verre, accolé en 1999 au bâtiment principal par l’architecte et collectionneur suisse Theo Hotz, soient à l’aise. Parallèlement à un stand classique, côté français, nombreux sont ceux qui ont opté pour le secteur “Art Unlimited”, occasion de montrer des pièces habituellement difficiles à exposer. C’est le cas de la galerie parisienne Georges-Philippe et Nathalie Vallois qui présentera L’Hospice des super-héros, une nouvelle œuvre de Gilles Barbier. Chantal Crousel sera là avec Island of an Island, l’impressionnante installation dévoilée en janvier dernier par Mélik Ohanian au Palais de Tokyo, et Air de Paris accueille le duo composé par Petra Mrzyk et Jean-François Moriceau. Quant à Daniel Templon, il présentera une œuvre du Brésilien Tunga, tandis que Roger Pailhas montrera une pièce désormais “classique” de Pierre Huyghe, Atlantic (version multiple gb/f/d), une triple projection mettant en scène différentes versions du film Titanic. “Art unlimited permet surtout de montrer de vraies installations, de faire des vrais projets dans des conditions optimales. Dimensions, sols, lumière... , il n’y a aucune des contraintes que l’on peut avoir sur des stands, explique Olivier Belot de la galerie Yvon Lambert qui occupe là pas moins de trois espaces. Cela nous permet aussi de donner une forte visibilité à des artistes européens, d’autant que cette année il y a le voisinage de la Documenta.” Outre une œuvre encore inédite de Claude Lévêque, la galerie présentera une installation vidéo de Jonathan Horowitz, et le film montré l’an passé à Venise par Salla Tykkä. Côté stand, Yvon Lambert a aussi décidé de faire une large part à la vidéo avec Jonathan Monk, Mircea Cantor et Alice Anderson.

Dans le domaine contemporain, les enjeux de Bâle sont doubles : on vend évidemment, mais on montre également. La Foire prend chaque année des allures de défricheuse de talents. Destiné en premier lieu aux galeristes et collectionneurs, Bâle attire directeurs d’institution, commissaires et critiques. L’an dernier, plus de 50 000 visiteurs ont visité la Foire, accompagné d’un millier de journalistes. Les 17 artistes de l’allée “Art Statements”, dont la formule date de 1996, bénéficient d’une audience inespérée. En 2001, les one-man shows d’Andreas Siekmann et Meschac Gaba, respectivement représentés par les galeries berlinoises Weiss et Carlier-Gebauer, avaient marqué les esprits : on les retrouvera cet été à la Documenta. Cette année, parmi les dix-sept projets retenus, figurent Francisco Ruiz de Infante (elba benítez galeria, Madrid), de Dean Sameshima (Low, Los Angeles) ou de l’Italien Francesco Vezzoli. Largement remarqués, les films aussi glamour que “camp” de ce dernier viennent d’être présentés au Castello di Rivoli. Enfin, Sven Pahlsson, représenté par la galerie new-yorkaise Spencer Brownstone, livrera avec Sprawlville une animation en trois dimensions où s’ébauchent les coutumes et l’urbanisme de la banlieue américaine.

Côté historique, les plus éminentes galeries sont également présentes. Le secteur moderne s’est enrichi cette année par la participation de Joan T. Washburn (New York), The Mayor Gallery (Londres), la galerie Berinson (Berlin), et les amateurs de photographie ancienne peuvent se féliciter de la venue de la Zabriskie Gallery (New York). Tous secteurs confondus, 27 nouvelles galeries font leur entrée et 99 % de celles présentes en 2001 ont renouvelé leur candidature. La demande est croissante comme l’indiquent les organisateurs, qui ont dû examiner près de 900 dossiers.

Bâle se conjugue avec la Documenta, mais côtoie aussi les grandes ventes de New York. “Tous les marchés ne sont pas forcément stables, juge Giorgio Persano. Toutefois, les ventes en Amérique se sont bien passées et je pense que c’est un bon signe pour Bâle.” Sur son stand, ce dernier présentera des travaux des figures emblématiques de l’Arte povera comme Calzolari et Zorio, tout en ménageant la surprise d’œuvres d’artistes plus jeunes, Jan van Oost ou Alfredo Romano. Près d’un an après les événements du 11 septembre, qui ont vu l’annulation d’Art Basel Miami, repoussée à décembre prochain, mais après des éditions réussies de la Fiac, de l’Armory Show, d’Artissimo à Turin ou d’Art Brussels, le moral des galeristes semble être au beau fixe. “Il faut aussi faire des efforts. Ce n’est pas une question de foire mais d’œuvres. Il s’agit d’avoir des travaux intéressants”, conclut Giorgio Persano.

La petite sœur gâtée

À quelques mètres du hall des expositions de Bâle, une ancienne brasserie accueille la Liste, foire “off�? qui abrite une cinquantaine de jeunes galeries. Depuis sa création, en 1995, un tiers des galeries qui y ont participé ont ensuite rejoint Art Basel, la grande sœur. Cette année, on notera la présence de Sies Höke (Düsseldorf) avec une monographie de Federico Herrero, un jeune Costaricain qui, après sa participation à la dernière Biennale de Venise, a le vent en poupe. Francesca Kaufman (Milan) promet, elle, plusieurs séries de l’Allemande Candice Breitz. Enfin, China Art Objects (Los Angeles) devrait permettre quelques découvertes en provenance de la scène californienne. À noter la présence cette année pour la première fois d’une galerie mexicaine, Kurimanzutto (Mexico), et d’une Slovène, Skuk Galerija (Ljubljana). Côté français, on retouvera Françoise Vigna (Nice), déjà présente l’année dernière ainsi que Jousse Entreprise, & gb : agency et Hervé Loevenbruck (Paris). - Liste 02, du 11 au 16 juin, Ancienne Brasserie Warteck, Burgweg 15, Bâle, 13h-21h, tél. 41 61 269 88 34, ww.liste.ch

- Art 33 Basel, du 12 au 17 juin, Messe Basel AG, Bâle, tél. 41 61 686 20 20, www.artbasel.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°150 du 31 mai 2002, avec le titre suivant : La Foire de Bâle, un classique inimitable

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