Lundi 17 décembre 2018

La Foire de Bâle joue la carte de l’exposition collective

Parallèlement à la Biennale de Venise, Art Unlimited réunit un plateau exceptionnel

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 8 juin 2001 - 1323 mots

Quelques semaines après les très bons résultats obtenus – surtout par l’art contemporain – lors des ventes publiques de New York, la Foire de Bâle aura valeur de test pour confirmer ou infirmer les tendances à la hausse du marché. La concomitance de la Biennale de Venise devrait renforcer la présence des grands collectionneurs américains, même si les amateurs européens semblent avoir de plus en plus de poids au niveau mondial. La manifestation, qui réunit la fine fleur des grands marchands internationaux, s’annonce de toute façon, artistiquement parlant, comme un grand cru.

L’une des principales attractions de la Foire de Bâle sera cette année encore le secteur “Art Unlimited”. Pour la deuxième fois consécutive, la manifestation occupe en effet un autre lieu, un hall de verre conçu par l’architecte et collectionneur Theo Hotz. Cet espace relève en effet d’un nouveau concept dans les foires commerciales. Succédant à un secteur réservé à la sculpture mais dont la présentation par galerie et par stand n’a jamais réellement convaincu, “Art Unlimited” a pris un réel parti d’exposition collective dont la liste des artistes pourrait faire rougir plus d’une grande biennale ou autre manifestation internationale. Pour en assurer la cohérence et la mise en espace, l’organisation de la Foire s’est d’ailleurs attaché les services de professionnels, avec Simon Lamunière, du Centre pour l’image contemporaine (Saint-Gervais Genève), et Martin Schwander, l’ancien directeur du Musée des beaux-arts de Lucerne (lire le débat p. 23). L’édition 2001 de ce secteur réunit environ soixante projets sélectionnés par un comité artistique composé des galeristes Victor Gisler, Wolfgang Günther, Pierre Huber, Esther Schipper, Micheline Szwajcer et Gianfranco Verna. Ainsi, l’Atelier van Lieshout, présenté par la galerie Fons Welters (Amsterdam), a édifié deux bâtiments en polystyrène clair et en bois brut, un WC-compost à deux étages et une hutte qui tient à la fois de la cabane du pêcheur et de celle de l’ermite. Karin Sander (galerie Nächst St. Stephan, Vienne) propose une expérience tout à fait saisissante. Pour son projet 3D-Bodyscans, l’artiste va passer des visiteurs au scanner. Les données recueillies permettront en quelques heures de réaliser des sculptures-portraits que les gens pourront emporter avec eux. De son côté, Erwin Wurm (galerie Krinzinger, Vienne) présente une automobile dont la structure est variable. Art Unlimited réunit également des travaux de nombreux artistes établis. Une installation lumineuse de James Turrel (galerie Beyeler, Bâle) côtoie une projection de Michel Verjux (galerie Durand-Dessert, Paris), ou le grand néon NOENDNEON de François Morellet (galerie Gisèle Linder, Bâle, et galerie Mark Müller, Zurich) qui s’étire sur 25 mètres. Cette section comprend également une œuvre de Richard Serra (m Bochum, Bochum) constituée de cinq plaques d’acier adossées les unes aux autres, de nouvelles sculptures de Tony Cragg (Marian Goodman Gallery, New York) ou une pièce d’Ilya Kabakov qui transforme le visiteur en voyeur (galerie Thaddaeus Ropac, Paris et Salzbourg). Mario Merz présente La Maison du Jardinier (Sperone Westwater Gallery, New York), tandis que la galerie Luhring Augustine (New York) propose Tee-Pee and Indian de Paul McCarthy. Art Unlimited est également le secteur de la Foire dans lequel les projets vidéo sont les mieux présentés. Cette année, il est par exemple possible d’y retrouver des œuvres de Pipilotti Rist (galerie Hauser & Wirth, Zurich), Vanessa Beecroft (Gagosian Gallery, New York), ou Uri Tzaig (galerie Erna Hécey, Luxembourg). Brice Dellsperger y présente également son remake de L’Important, c’est d’aimer (Air de Paris, Paris) et Ann-Sofi Sidén expose une installation comprenant cinq moniteurs vidéo montrant des images filmées dans des hôtels français et américains (galerie Nordenhake, Stockholm et Berlin). Enfin, Hans Hemmert décline un travail vidéo dans quatre voitures (Galerie Gebauer, Berlin). Ce secteur est également l’endroit qu’a choisi le Suisse Fabrice Gigy (galerie Chantal Crousel, Paris) pour installer la structure de présentation de son programme vidéo.

Comme dans le reste de la Foire, la photographie est très présente dans Art Unlimited. Ainsi, la galerie Anne de Villepoix (Paris) propose des images de sommets alpins de Walter Niedermayr, et Paul Andriesse (Amsterdam) une grande installation de vingt-quatre photographies de Johan van der Keuken.

Cette forte présence d’une photographie que l’on dit plasticienne dans ce secteur, mais aussi dans tous ceux de la Foire, a amené les organisateurs de la manifestation à redéfinir, non sans heurts, le périmètre intitulé Art Photography. Cette partie, née à l’occasion d’une exposition spéciale organisée par l’Aipad (Association of International Photography Art Dealers) pour célébrer les cent cinquante ans de son invention, a été la première réservée spécifiquement à ce médium dans une foire d’art contemporain. Aujourd’hui, “Art Basel” a décidé de restreindre cette section à la seule photographie classique. Le marchand parisien Alain Paviot en a sélectionné les neuf galeries : A Gallery for Fine Art (La Nouvelle Orléans), Faber (Vienne), Eric Franck (Londres), Hamiltons (Londres), Hans P. Kraus jr. (New York), Paviot (Paris), Baudoin Lebon (Paris), Clairefontaine (Luxembourg) et Zur Stockeregg (Zurich). En revanche, le secteur réservé à l’édition connaît une belle continuité et accueille de nouvelles galeries : Art of this Century (Paris), Crown Point Press (San Francisco) et Item (Paris).

Dans les secteurs traditionnels de la Foire, près de 99 % des exposants de l’année dernière ont renouvelé leur candidature. D’importantes galeries d’art moderne participent pour la première fois à la manifestation, à l’image d’Acquavella et Sonnabend (New York) ou Kenze et Ketterer (Wichtrach/Berne). Pour l’art contemporain, la Foire assiste à l’arrivée de Sean Kelly et Anton Kern (New York), Patrick Painter (Los Angeles), Koyanagi et Koyama (Tokyo), Shanghart (Shanghaï), OMR (Mexico), Oliviera (Porto), Neu (Berlin), Maubrie (Paris), Kargl (Vienne) et Kilchmann (Zurich). Parmi les 260 galeries de la foire, 33 sont installées en France, notamment Canus, Denise René, Di Meo, Galerie 1900-2000, Galerie de France, Greve, Hilger, Hoss, Hussenot, Item, Lahumière, Lelong, Nelson, Pailhas, Putman, Sollertis, Templon, Vallois et Woolworth.

De son côté, le secteur Art Statements (lire pages 20 à 21) réunit cette année seize projets spécifiques réalisés par de jeunes artistes.

Enfin, le Collectors’ Loundge, réservé aux galeries et à leurs clients, est dorénavant doté d’un restaurant gastronomique qui rend également hommage au “restaurant Stücki”, un haut lieu de l’art culinaire bâlois qui a récemment changé de mains. Collectionneurs et marchands pourront découvrir une cuisine imaginée par Pierre Buess, du restaurant Bruderholz (deux étoiles au Michelin), associé à Evelyne et Werner Martin du restaurant Martin (une étoile au Michelin) à Flüh, dans la banlieue de Bâle.

Dans un tout autre style, plus volontiers rustique, le restaurant “Don Camillo”, à l’intérieur de la jeune foire “Liste 01”, a pour lui ses horaires d’ouverture, puisque des plats y sont servis jusqu’à minuit. Aussi, la “Petite Foire”, après cinq ans d’existence, se présente vraiment comme l’anti-chambre de Art Basel. Depuis son lancement, un tiers des galeries qui y ont participé ont intégré la prestigieuse doyenne. Cette année, la Liste 01 accueille quarante-trois galeries venant de quinze pays. Parmi celles-ci se trouvent Catherine Bastide (Bruxelles), Stella Lohaus (Anvers), The Modern Institute (Glasgow), Laura Pecci (Milan), Foksal Foundation (Varsovie), Francesca Pia (Berne) ou Spencer Brownstone (New York). Du côté des marchands français, Chez Valentin (Paris) présentera une exposition personnelle de Franck David, Romain Larivière (Paris) des œuvres d’Eylen Aladogan, Mark Bain, Majida Khattari, Mark Morrisroe, Pavel Pepperstein et Fernando Sanchez Castillo. La galerie Françoise Vigna (Nice) fera découvrir au public international de la Foire des pièces de Bruno Peinado, Arnaud Maguet et Muriel Toulemonde. La Liste accueillera également deux structures invitées, [plug in], un projet pilote à Bâle tournés vers les nouveaux médias, et Kaskadenkondensator, un lieu croisement entre musique, performance et art contemporain.

- Art 32 Basel, du 13 au 18 juin, Messeplatz, Bâle, tél. 41 61 686 20 20, tlj 11h-19h, lundi 11h-18h ; vernissage mardi 12 ; catalogue 45 francs suisses (194 francs) ; visites guidées organisées par Jeannette Sctöcklin, tél. 41 61 645 97 17 Liste 01, du 12 au 17 juin, Im Werkraum Warteckpp, Brugweg 15, Bâle, tél, 41 61 693 03 47, tlj 13h-21h ; catalogue 10 francs suisses (43 francs).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°129 du 8 juin 2001, avec le titre suivant : La Foire de Bâle joue la carte de l’exposition collective

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