Lundi 16 septembre 2019

La FIAC s’internationalise encore

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 6 octobre 2010 - 1432 mots

Cette année, la foire d’art contemporain accueille, à Paris, d’importants acteurs internationaux, séduits par un événement dont la réputation ne fait que croître.

En quelques années, la FIAC a fait du chemin, d’abord à petits pas, puis en chaussant des bottes de sept lieues. L’enjambée est de taille pour l’édition 2010, marqué par une internationalisation accrue. « Les marchands étrangers savent que les Français ne sont pas d’un abord difficile, qu’ils sont curieux, informés, avec un niveau de connaissance supérieur au public moyen, souligne Jennifer Flay, directrice de la foire. Paris a aussi quelque chose de rassurant, mesuré, solide, qui correspond au désir actuel pour les choses denses et réelles. » C’est dire si de l’eau a coulé sous les ponts depuis la dernière participation de la galerie Lehmann Maupin (New York) en 1989. « Je me rappelle ne pas avoir entendu, pendant une semaine, la moindre question intéressante, se remémore Rachel Lehmann, de retour après vingt ans d’absence. Mais, depuis deux ans, nous avons eu de très bons échos de la part de nos confrères. Paris a fait des efforts sur le plan contemporain. » Des efforts que la galerie saluera en montrant une grande installation de Tracey Emin, des photographies de Juergen Teller et des peintures de Mickalene Thomas. Lehmann Maupin est rejoint par des impétrants de choix comme Gagosian (Los Angeles, New York, Paris), Max Hetzler (Berlin), Victoria Miro (Londres), Regen Projects (Los Angeles), Kurimanzutto (Mexico) ou Peter Kilchmann (Zurich). Des enseignes qui, voilà encore trois ans, auraient plutôt opté pour la foire londonienne Frieze (lire p. 32). Or, l’identité des deux événements est désormais mieux différenciée. Londres reste le fief prospectif, tandis que Paris, plus généraliste, permet de montrer des œuvres de plus grand calibre. De fait, des galeries comme Victoria Miro ou Gagosian (lire p. 34) ne se sentent plus obligées de choisir entre l’une ou l’autre foire, et participent cette année aux deux. D’autres, à l’instar de Blum & Poe (Los Angeles) et Metro Pictures (New York), se sont même retirés depuis quelque temps de Frieze, préférant tenter leur chance à la FIAC. « C’est la foire qui monte, confie Janelle Reiring, codirectrice de Metro Pictures, qui montrera notamment Isaac Julien, Louis Lawler et Cindy Sherman. J’aime que la manifestation soit petite, à la différence de Frieze où il y a trop d’exposants et pas assez de concentration. Je sais qu’on prétend qu’en France il y a peu de collectionneurs, mais nous en avons de très actifs depuis longtemps. » Même si les affaires ont redémarré outre-Atlantique, les participants américains ont bien retenu la leçon de la crise : diversifier leur marché. Nombres d’entre eux sont passés entre les gouttes grâce au public de ce côté-ci de l’Atlantique. Les enseignes européennes situées dans des pays fragilisés économiquement savent aussi que le salut passe par le continent. « L’Espagne n’est pas au mieux de sa forme et c’est important de bouger. La FIAC me semble être le bon endroit pour cela », observe Elvira Mignoni, directrice d’Elvira González (Madrid). 

Nombreux retours
2010 marque aussi le retour d’Eva Presenhuber (Zurich) et d’Esther Schipper (Berlin). Toutes deux avaient pris indirectement la température parisienne en exposant, en 2009, l’une chez Patrick Seguin (Paris), l’autre au Temple. Esther Schipper revient avec un projet spécifique autour du collectif canadien General Idea, en partenariat avec ses confrères Frédéric Giroux (Paris) et Mai 36 (Zurich). Barbara Gladstone (New York, Bruxelles) effectue son retour avec une exposition personnelle d’Alighiero e Boetti. Après avoir passé son tour l’an dernier, David Zwirner (New York) revient, quant à lui, avec une exposition consacrée à Adel Abdessemed. « La FIAC n’est pas une foire prévisible en termes commerciaux, comme peut l’être Art Basel ou Frieze. On ne va pas à Paris en se disant qu’on va tout vendre, confie David Zwirner. Nous avons choisi de montrer Adel, car il est retourné vivre à Paris et, pour l’instant, il ne souhaite pas être représenté par une galerie française. La plupart de ses nouvelles œuvres ont été vues aux États-Unis, et nous voulons donner une chance aux collectionneurs européens qui le suivent de voir des pièces récentes. » Du côté des jeunes galeries, Gregor Podnar (Berlin) retente l’aventure malgré le piètre résultat de sa dernière participation voilà deux ans. « Beaucoup de nos artistes bénéficient d’un très bon accueil institutionnel en France, explique-t-il. Je sais que Paris n’est pas un marché facile, mais la foire a plus d’énergie qu’avant. » Pour faire de la place à ce beau monde, les organisateurs ont délogé du Grand Palais de très bonnes galeries parisiennes, comme Laurent Godin ou Xippas, vers la Cour carrée du Louvre. Un choix qui laisse d’autant plus perplexe que les exposants de la Cour carrée ne cèdent pas forcément au jeunisme. Dominique Fiat (Paris) organise ainsi un one-man-show de Noël Dolla, l’accrochage variant chaque jour sous la houlette d’artistes comme Philippe Mayaux, Pascal Pinaud ou Philippe Ramette. Bernard Ceysson (Paris) prévoit des œuvres historiques du mouvement Support-Surface. De même, Martine et Thibaut de la Châtre (Paris) mettent en dialogue les œuvres d’Olivier Mosset et de François Morellet, deux créateurs qui, pour être jeunes dans leur tête, méritent amplement de siéger au Grand Palais… Difficile enfin de ne pas s’insurger contre l’éviction injustifiée d’Anne Barrault (Paris), Catherine Issert (Saint-Paul-de-Vence) ou Éric Dupont (Paris), trois galeries sérieuses, réputées pour leur travail de fond. Ce, alors même que l’événement courtise désormais toutes les très jeunes structures bellevilloises et quelques anciens de la foire off Slick (lire p. 25). 

Le design à la trappe
Autre regret, l’abandon du projet « Moderne » qui avait donné l’an dernier un lustre et une singularité à la manifestation avec la réunion de dix galeries, pour la plupart étrangères, au sein d’une exposition commune. « Nous avons été pris par le temps, admet le marchand parisien Daniel Malingue, grand ordonnateur de ce secteur l’an dernier. Quelques Américains ont préféré prendre des stands. Peut-être n’avaient-ils pas de chefs-d’œuvre. » Celui-ci espère toutefois réitérer l’expérience en 2011, en élargissant ce club aux galeries, notamment françaises, exposant à la FIAC. La section « Design », qui fut l’une des particularités de l’événement, passe également à la trappe. La messe semblait déjà être dite l’an dernier, vu les emplacements inconfortables, voire invisibles, alloués aux marchands. « Les espaces sont aujourd’hui saturés, reconnaît Jennifer Flay. Je tiens au design, mais je ne veux pas qu’il ait une place périphérique. Depuis dix-huit mois, nous constatons un non-renouvellement de l’offre. Quand on va à Londres, Bâle ou Miami, on voit souvent les mêmes galeries avec des stands qui se ressemblent. Cette répétition commençait à ne plus nous satisfaire. Il faut renouveler le regard sur ces objets. » La Maison Ferembal de Jean Prouvé, installée par Patrick Seguin dans le jardin des Tuileries, sera donc l’unique touche design d’un salon qui joue désormais dans la cour des grands.

2011, l’année de la réunification La réunification du salon sur un seul site, au Grand Palais, sera le grand défi de la FIAC en 2011. Le processus de restauration du Grand Palais permettra à la foire de bénéficier de 1 700 mètres carrés supplémentaires grâce à l’annexion des galeries Sud et Courbe. Sauf qu’avec ces nouveaux espaces, seuls 75 % des exposants actuels de la Cour carrée pourront y loger. Le couperet risque d’être brutal. « 25 % des exposants pourraient disparaître, ou nous imposerons une taille maximale de 25 mètres carrés pour les galeries exposant dans le jeune secteur », confie Jennifer Flay, directrice de la FIAC. Les organisateurs ont-ils eu raison d’accueillir autant de nouvelles galeries cette année à la Cour carrée, prenant le risque de les refouler l’an prochain ?

Les jeunes galeries bichonnées Les organisateurs de la FIAC n’ont pas lésiné sur l’aide aux jeunes galeries, en subventionnant largement le séjour des exposants non-parisiens de la Cour carrée du Louvre. Des tarifs préférentiels à l’hôtel Adiago leur ont ainsi été proposés. « C’est toujours difficile financièrement quand on a des artistes qui se vendent à 3 000 ou 4 000 euros », souligne Jennifer Flay, directrice de la FIAC. Les Galeries Lafayette ont également élargi leur mécénat en sponsorisant seize galeries contre quatorze en 2009. La taille des stands a aussi été revue à la hausse. La plupart des galeries du secteur « Lafayette » misent sur des expositions personnelles. Sultana (Paris) présentera Bettina Samson, tandis que Charlotte Moth sera à l’honneur chez Marcelle Alix (Paris). D’autres préfèrent le face-à-face. Neue Alte Brücke (Francfort) expose Morag Keil et Simon Fujiwara, alors que Gaudel de Stampa (Paris) met à l’affiche Jessica Warboys et Dove Allouche.

FIAC

Du 21 au 24 octobre, Grand Palais, Cour carrée du Louvre et jardin des Tuileries, www.fiac.com, Grand Palais 12h-20h, Cour carrée 12h-21h, jardin des Tuileries 7h30-19h30

Direction : Jennifer Flay
Nombre d’exposants : 174
Tarif des stands : 455 euros le mètre carré au Grand Palais, 325 euros le mètre carré à la Cour carrée du Louvre
Nombre de visiteurs en 2009 : 80 750

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°332 du 8 octobre 2010, avec le titre suivant : La FIAC s’internationalise encore

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