Mardi 17 septembre 2019

Arte povera

La disparition de Boetti

Par Alain Cueff · Le Journal des Arts

Le 1 mai 1994 - 355 mots

Alighiero e Boetti est décédé à Rome le 24 avril. Né en 1940 à Turin, il s’était vu associé dès le début à l’Arte Povera et exposa pour la première fois en 1967 à la galerie Christian Stein.

Jean-Christophe Amann soulignait récemment la place originale qu’occupe Boetti. Son œuvre, dominée par le jeu et la logique est résolument inclassable. Ses premières pièces, comme Rien à voir, rien à cacher ou Lampe annuelle, sont empreintes d’une ironie bienveillante et déstabilisent la notion d’œuvre conventionnelle. Rien de commun, précisément, avec les systèmes fermés et contraignants qu’affectionnaient à la même époque les artistes américains. Le projet des Mille fleuves les plus longs du monde avait donné lieu quant à lui à un livre d’apparence scientifique et à plusieurs tapisseries, réalisées en Afghanistan. Le désordre inhérent à toute classification et à tout ordre était l’une des failles de la rationalité qu’il explorait avec le plus de jubilation. Jamais il ne tentait de fixer dans des structures rigides les métamorphoses des phénomènes observés, mais les laissait au contraire fluctuer de la simplicité à la complexité la plus extrême.

On avait pu voir au Magasin de Grenoble cet hiver, une série de kilims dessinés par les écoles d’art et réalisés au Pakistan, et De bouche à oreille, exposée au Musée de la Poste. Il s’agit d’un ensemble de panneaux où des enveloppes sont organisées selon des considérations géographiques et une progression numérique. Le temps, l’espace, la couleur, les chiffres sont les instruments de cette fresque aussi ludique qu’énigmatique à laquelle ont collaboré à leur insu 506 postiers. Depuis "When attitudes become forms" (Berne, 1969), Boetti a participé à Documenta 7 en 1982, aux rétrospectives de l’art pauvre à Turin en 1984 et à New York en 1985, aux "Magiciens de la terre" au centre Pompidou en 1989, à la Biennale de Venise en 1990 (Grand Prix de Sculpture), et à la dernière Biennale de Lyon. Une première rétrospective de son œuvre avait eu lieu en 1986 (Villeurbanne, Eindhoven, Nice), une seconde en 1992 (Bonn, Munster, Lucerne).

De bouche à oreille, Musée de la Poste, 34 boulevard de Vaugirard, jusqu’au 18 juin.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : La disparition de Boetti

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