La deuxième mort des Tuileries ?

Le château de la Punta attend un projet

Le Journal des Arts

Le 31 août 2001 - 670 mots

Construit à la fin du XIXe siècle grâce aux vestiges du palais des Tuileries, le château de la Punta, près d’Ajaccio, attend depuis plus de vingt ans une véritable restauration et un projet susceptible de lui redonner vie. Le temps presse pour ce chef-d’œuvre méconnu.

Sur les hauteurs d’Ajaccio, au terme d’une route étroite et tortueuse gravissant la colline de la Punta, apparaît un monument pour le moins inattendu : un pavillon du palais des Tuileries. Et il ne s’agit pas d’un quelconque pastiche historiciste, puisque tous les éléments architecturaux proviennent de la résidence de Catherine de Médicis, qui fut aussi celle des Napoléon. Par quelle fantaisie du destin une partie de ce chef-d’œuvre, démoli à la fin du XIXe siècle, s’est-elle retrouvée si loin de Paris ? L’histoire commence en 1882, onze ans après l’incendie des Tuileries par la Commune. À l’issue de longues tergiversations, il est décidé que ce symbole de l’absolutisme ne serait pas restauré ou reconstruit. Les façades restées debout sont donc démantelées, et les pierres, sculptures et grilles vendues à l’encan. Le comte Charles Pozzo di Borgo décide alors d’acquérir un lot de pierres en vue d’édifier un château près d’Ajaccio. Ce sont 180 caisses qui seront convoyées par train, par bateau puis par charrettes, jusqu’à la Punta.

Par nécessité, l’architecte chargé de la construction par Pozzo di Borgo a travaillé avec des éléments provenant de différentes parties des Tuileries. Ainsi, la façade sud est fidèle au dessein de Philibert de l’Orme, tandis que la façade nord est l’œuvre de Jean Bullant, son successeur. L’une donnait sur le jardin, l’autre sur la place du Carrousel. Cette résurrection miraculeuse permet d’admirer la perfection et l’élégance de la sculpture, et rappelle la perte irréparable qu’a constituée la destruction de ce jalon essentiel de l’architecture française.

Las, en 1978, un an après avoir été classé monument historique, il est victime d’un incendie (une fois de plus), et, dès le lendemain, vidé de tout son mobilier. Privé de toiture, il restera à ciel ouvert jusqu’en 1995, quand le conseil général de Corse-du-Sud, qui s’en est rendu propriétaire en 1991, entreprend des travaux de mise hors d’eau. Depuis, l’humidité continue à corroder les éléments métalliques ayant servi à assembler les pierres, qui se disjoignent. “Les linteaux ploient, les corniches sont au bord de la destruction, se désole Claude Ruault, président de l’association Les amis de la Punta. Et cela s’aggrave.” Avant l’automne, une intervention minimum est tout de même prévue pour sécuriser le bâtiment (étayer les linteaux, etc.).

Quant à une restauration d’envergure, elle risque de se faire attendre. “Les chiffres avancés pour la restauration [100 millions de francs !] sont fantaisistes, dénonce Jacques Moulin, l’architecte en chef des monuments historiques (ACMH) pour la Corse. Aucun ACMH n’a été consulté. C’est le meilleur moyen de saboter le projet.” En effet, si on se contentait de restaurer les façades et les ouvertures, le prix serait largement inférieur, considère Claude Ruault. Grâce à l’action de son association, ce dernier se félicite d’avoir contribué à sensibiliser non seulement les élus mais aussi le public. “Mais nous ne pourrons mobiliser les fonds que si nous avons un projet derrière”, admet-il. Et c’est là que le bât blesse, car l’ouverture au public et l’organisation d’expositions ou de concerts dans le château se heurtent à la difficulté d’accès. Élargir la route ou alors aménager une autre voie pour créer un circuit pourrait constituer une solution, un peu coûteuse il est vrai. D’ores et déjà, un projet tourné vers les nouvelles technologies en relation avec l’art, inspiré du Métafort d’Aubervilliers, a été envisagé avec la complicité de Pascal Santoni, son directeur. Mais deux étages suffiraient, alors qu’il y en a six du sous-sol aux combles. L’organisation d’un colloque international au printemps prochain pourrait permettre d’avancer d’autres idées. Le temps presse pour éviter une deuxième mort au palais des Tuileries.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°131 du 31 août 2001, avec le titre suivant : La deuxième mort des Tuileries ?

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