Vendredi 24 janvier 2020

France

La création artistique écoresponsable ?

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 28 février 2012 - 714 mots

PARIS [02.03.12] - L’agence Community livre les résultats de son enquête sur la création artistique comme moteur de solutions innovantes pour le développement durable.PAR MAUREEN MAROZEAU

C’est à partir du constat « électrochoc » selon lequel la culture est le domaine le plus touché dans la chute drastique des chiffres du mécénat en 2010, que l’agence Community s’est donnée une mission dont elle n’a pas forcément la spécialité. Pour contrecarrer les effets néfastes de la baisse du mécénat culturel, l’agence parisienne d’ingénierie et de communication pluridisciplinaire (intérêt général, culture, sport) a réuni ses propres – et modestes – moyens pour mener l’enquête et ouvrir le débat. Précisons que cette tendance à la baisse l’affecte directement, ses missions comportant le conseil et la mise en place de partenariats et de politique de mécénat. Elle est, par exemple, à l’origine du Prix Maif pour la sculpture. Aussi le sondage mené auprès d’un panel représentatif d’acteurs de la vie culturelle française (arts plastiques, musique, cinéma, patrimoine, spectacles vivants…) et ses conclusions – encourageantes pour une première mouture – représentent-ils un outil supplémentaire pour l’agence Community de convaincre ses clients « d’investir » dans la culture. Sur 550 personnes sollicitées (artistes, opérateurs culturels, collectivités territoriales, figures tutélaires, entreprises), près de 130 ont répondu avec plus ou moins d’assiduité à un questionnaire déclaratif construit autour d’une interrogation centrale : « Considérez-vous la création artistique comme un levier d’innovation pour le développement durable ? » En d’autres termes, la création artistique (mais aussi sa production, sa diffusion, sa communication et le soutien qui lui est apporté) est-elle susceptible de proposer des modèles innovants sur le plan économique, sociétal ou environnemental ? Selon les interrogés, la réponse est un « oui » enthousiaste (82 %). Mais entre les paroles et les actes,seuls 57 % disent avoir franchi le pas, et les exemples d’actions innovantes sont variés : production d’opéras en plein air, utilisation d’un éclairage 100 % renouvelable, récupération de matériaux par un artiste contemporain… Mais il peut aussi s’agir d’une politique à plus long terme comme le passage au « tout numérique » ou la réalisation en interne de tâches souvent externalisées comme la communication. Les abstentionnistes se justifient en accusant un manque de temps et de moyens. La volonté, cependant, est bien là. Et comme en témoignent les chiffres, cet élan résulte d’un désir personnel ou d’une stratégie globale, et ne correspond à aucune obligation ou incitation officielle. C’est ce que l’on appelle l’air du temps. Pour beaucoup, la question du développement durable est donc encore un vœu pieux, qui tarde à passer au rang des priorités. Au final, le besoin de pédagogie et d’information serait la clé pour encourager ces acteurs à s’engager sur la voie du développement durable.

Paroles d’expert
Outre l’enquête, une dizaine d’intervenants ont été invités à livrer leur analyse sur la question, et offrir de nouvelles pistes de réflexion. C’est le cas de Jean Musitelli, ancien directeur de l’Institut national du patrimoine, et actuel président de Diversum, association qui propose un système de notation sociale et de labellisation des placements financiers qui soutiennent la diversité culturelle. Ou encore Olivier Tcherniak, président de l’Admical qui se veut plus critique sur l’évolution du modèle économique du mécénat d’entreprise voué, selon lui, à se substituer à l’État pour soutenir des niches de création artistique pointue au public restreint. Enfin, l’architecte Dominique Jakob de Jakob McFarlane, dont le métier porte le mieux l’idée de développement durable dans sa globalité : si l’architecture est communément reconnue capable d’être innovante sur le plan environnemental (grâce au label HQE par exemple), elle peut aussi créer du lien social (à la faveur de son esthétisme et de sa fonctionnalité) et pousser à prendre des solutions à long terme, bénéfiques sur un plan économique. Forte des résultats de cette première édition, l’agence compte bien réaliser ce sondage à un rythme régulier avec l’appui du ministère de la Culture, pour pouvoir dresser un bilan sur la durée et analyser les évolutions notables du secteur. Cette fois en élargissant le panel de consultants, en rendant le questionnaire plus spécifique et plus complet. Car l’un des écueils visibles de l’enquête est la notion même de développement durable, qui a pour particularité d’être encore très « élastique ». Un projet d’exposition photo sur des problématiques sociales difficiles est-il, par exemple, si intéressant sur le plan du développement durable s’il résulte d’une mise en œuvre polluante ?

Légende photo :

La Cité de la mode et du design, à Paris, architectes : Jakob MacFarlane. © Photo : N. Borel.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°364 du 2 mars 2012, avec le titre suivant : La création artistique écoresponsable ?

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