Dimanche 21 octobre 2018

Polémique

La Cité interdite

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 23 octobre 2007 - 627 mots

Privée d’inauguration officielle, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration a ouvert ses portes dans un contexte houleux.

PARIS - Une kyrielle d’associations et de personnalités politiques, essentiellement de sensibilité de gauche (de François Hollande à Bertrand Delanoë), ont assisté le 10 octobre à l’ouverture de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI), installée au Palais de la Porte-Dorée, dans le 12e arrondissement de Paris. Pas de cérémonie officielle donc, mais une « inauguration citoyenne », selon les termes de la Ligue des droits de l’homme (LDH) et du Réseau Éducation sans frontières (RESF), avec un accès libre pendant cinq jours pour le public. La nouvelle institution avait reçu la visite en catimini, deux jours auparavant, de Brice Hortefeux, à la tête du très controversé ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, tandis que Christine Albanel, ministre de la Culture, était attendue dans la soirée, après fermeture des portes. L’ancien président de la République Jacques Chirac, qui avait rendu possible la création de la Cité de l’immigration en nommant Jacques Toubon responsable d’une mission de préfiguration, a, pour sa part, reporté sa visite à la semaine suivante. Cette ouverture a été loin des fastes déployés lors de l’inauguration quelques semaines plus tôt de la Cité de l’architecture au Palais de Chaillot (lire le JdA no 265, 21 septembre 2007, p. 7). Et pour cause, la CNHI se situe à contre-courant de la politique actuelle du gouvernement en matière d’immigration. À l’heure où la polémique enfle autour de l’instauration de tests ADN pour les migrants dans le cadre du regroupement familial et des quotas d’expulsions de sans-papiers à respecter d’ici à la fin de l’année, la Cité de la Porte-Dorée entend rappeler l’apport et l’importance de l’immigration en France depuis deux siècles. Déjà, juste après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence, en mai, huit historiens parmi lesquels Gérard Noiriel et Patrick Weil avaient donné leur démission des instances officielles de la CNHI afin de protester contre la création d’un ministère associant les termes d’immigration et d’identité nationale. Ces mêmes historiens viennent de lancer une pétition exprimant leur inquiétude après l’annonce de la création d’un institut concurrent de la Cité, dépendant du Haut Conseil à l’intégration (lire l’encadré). Évitant les sujets qui fâchent, Patricia Sitruk, la directrice de la CNHI, et Jacques Toubon, le président de son comité d’orientation, ont promis une inauguration officielle d’ici à la fin de l’année. Ce qu’a confirmé le 11 octobre le porte-parole du gouvernement, sans toutefois en préciser la date.
Après quinze années de gestation, grâce au travail des historiens précités, auxquels s’ajoute Pierre Milza, et au concours des milieux associatifs, la CNHI voit enfin le jour, et ce dans l’ancien Palais des colonies. Transformée par le cabinet d’architectes Patrick Bouchain et Loïc Julienne, l’architecture intérieure des années 1930 a cédé la place à un parcours permanent baptisé « Repères ». Archives, photographies, panneaux pédagogiques, projection multimédia, installations, œuvres d’art, dessins, objets du quotidien, documents visuels et sonores témoignent de deux siècles d’immigration en France. Et ce, sans oublier les questions épineuses, comme la situation des sans-papiers ou la politique de répression d’une France parfois hostile. Les 1 100 mètres carrés de ce vaste espace se structurent en trois parties : « Émigrer » ; « Vivre en France » et « Diversités » – diversités des cultures qui ont enrichi socialement, culturellement et économiquement la civilisation française. Au rez-de-chaussée, un vaste forum permet la tenue de rencontres et débats. Au sous-sol, immuable, l’aquarium reste ouvert. L’espace d’exposition temporaire devrait être inauguré courant novembre, l’auditorium en 2008, et la médiathèque, en 2009. La réussite de la Cité de l’immigration tiendra pour beaucoup à sa capacité à fédérer universitaires et spécialistes de l’histoire de l’immigration, milieux associatifs et grand public.

CITÉ NATIONALE DE L’HISTOIRE DE L’IMMIGRATION

293, av. Dausmenil, 75012 Paris, tél. 01 53 59 58 60, tlj sauf lundi 10h-17h30, sam.-dim. 10h-19h, www.histoire-immigration.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°267 du 19 octobre 2007, avec le titre suivant : La Cité interdite

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