Dimanche 25 février 2018

La Cité de l’architecture et du patrimoine à pas comptés (part I)

Le Musée d’architecture se dessine en partie

Le Journal des Arts

Le 25 janvier 2008

Alors que certains s’interrogent encore
sur la pertinence de créer au Palais de Chaillot une Cité de l’architecture et du patrimoine, sa réalisation suit tranquillement son cours et se précise. Le mois dernier, le projet muséographique pour les galeries historiques
du Musée d’architecture a été finalisé.

Les grands projets culturels sont ainsi faits qu’ils restent soumis aux aléas politiques et ne sont pas à l’abri d’alternances électorales. L’ex-Musée des monuments français (MMF) en a déjà fait l’expérience, lorsque le Centre national du patrimoine qui devait lui succéder a été abandonné. Mission avait alors été confiée à l’historien Jean-Louis Cohen d’imaginer les contours d’une nouvelle institution, la Cité de l’architecture et du patrimoine, intégrant les dimensions historiques et contemporaines de l’art de bâtir (lire le JdA n° 93, 19 novembre 1999). Les 20 000 m2 de l’aile de Paris du Palais de Chaillot abriteront un Musée d’architecture, regroupant le MMF et une galerie moderne et contemporaine, mais aussi l’Agence d’action architecturale (intégrant l’Institut français d’architecture), une bibliothèque, un centre d’archives, le Centre des hautes études de Chaillot ainsi que divers organismes de défense et de protection du patrimoine (Fondation du patrimoine, Société française d’archéologie...). C’est peu dire que la Cité n’a pas été portée par une volonté politique déterminée et inflexible, comme a pu l’être le Musée du quai Branly en cours de réalisation. Beaucoup se sont attachés au coût de sa réalisation, sans voir que la plus grande partie du budget (près de 30 millions d’euros sur 44) est destinée aux travaux de rénovation du bâtiment, victime non seulement de l’incendie de 1997, mais aussi de faiblesses structurelles.

Il n’est pas inutile à quelques jours d’échéances électorales décisives de rappeler le chemin parcouru par ce projet qui entre, ce printemps, dans une phase décisive. Alors que les appels d’offre pour les travaux seront examinés ce mois-ci, les contours du futur Musée d’architecture se dessinent avec plus de précision. En attendant les propositions définitives pour la galerie moderne et contemporaine, confiées à l’agence barcelonaise Gao (Fernando Marzà, Josep Subirós et Eulalia Bosch), sous la responsabilité de Corinne Bélier, le projet muséographique pour la partie historique correspondant au MMF a été présenté au conseil scientifique de la Cité. La maquette permet déjà de se représenter le nouveau visage de ces espaces, dont la scénographie sera assurée par Jean-François Bodin. Pour Dominique de Font-Réaulx, conservatrice en charge des moulages, il s’agit de “renforcer l’idée d’accumulation et de comparaison que permet le moulage”. Cette dimension fondamentale dans le Musée de sculpture comparée des origines avait été un peu perdue dans le Musée des monuments français conçu par Paul Deschamps à partir de 1938 : les plâtres y étaient plutôt considérés comme des œuvres originales, et accrochées comme telles. Pour favoriser cette comparaison, de véritables tableaux architecturaux occuperont les cimaises dont la hauteur a été accrue par le dégagement des fermes métalliques.

Le réaménagement du musée donnera également une plus grande cohérence au parcours, en regroupant autant que possible les moulages par monument (de Chartres à Reims). Dans la salle consacrée à Notre-Dame de Paris, il sera par ailleurs mis en évidence le double intérêt de cette cathédrale, à la fois lieu exemplaire de l’architecture gothique et champ d’expérience de la restauration au XIXe siècle, sur lequel est intervenu Geoffroy-Dechaume, premier conservateur du Musée de sculpture comparée. L’accent mis sur la construction permettra de réintégrer toutes les maquettes de la collection, monuments en réduction ou modèles de charpente, qui faisaient partie intégrante du Musée de sculpture comparée. Leur présentation participe de l’effort didactique prévu pour aider le visiteur à situer le fragment dans l’édifice. La photographie, dont la complémentarité avec le moulage était au cœur du projet imaginé par Viollet-le-Duc, y aura aussi sa place. Même si, selon Dominique de Font-Réaulx, “le substrat reste français”, chaque fois que c’est pertinent, une comparaison avec l’étranger est introduite, grâce notamment à des moulages exhumés des réserves.

Une promenade architecturale
Comme l’explique Jean-François Bodin dans Une cité à Chaillot, “il y a deux lectures des Monuments français” : “il y a la lecture du savant ou de l’étudiant et de l’écolier avec tous les moyens d’explication de texte que l’on pourra faire ; mais je pense qu’il y a aussi une visite tout à fait romantique de ces lieux, qui est une déambulation dans des ruines”. C’est l’un des axes de la future muséographie : créer une promenade architecturale, dans laquelle est ménagée une grande variété de points de vue, notamment en accroissant les ouvertures entre les deux galeries, Davioud et Carlu. Dans la première, le rythme des portails sera renforcé, tandis que dans la seconde, les cimaises transversales qui compartimentaient le parcours seront placées parallèlement aux fenêtres, avec des espaces didactiques au revers. Une imposante structure comprenant un escalier, un monte-charge et une mezzanine sera en outre intégrée au milieu de la galerie Carlu.

Naturellement, l’ensemble reste dominé par l’évocation de l’art roman et gothique. Si on avait voulu rééquilibrer la collection et la compléter, il aurait fallu supprimer des moulages d’éléments médiévaux réalisés dans les années 1870 pour les remplacer par des épreuves modernes. Judicieusement, il a été décidé de conserver le parti pris originel et d’offrir des approches différentes pour les époques postérieures au Moyen Âge. Ainsi, la Renaissance sera vue à travers le regard de Jacques Androuet du Cerceau, auteur au XVIe siècle du célèbre recueil de gravures représentant Les Plus Excellents Bastiments de France. Dans le cadre de l’exposition qui lui sera consacrée en 2004, des maquettes des monuments évoqués dans son ouvrage seront réalisées puis intégrées dans les collections permanentes. Le Muet et Perrault pour le XVIIe siècle et Blondel pour le XVIIIe assureront cette fonction d’intermédiaire.

Beaucoup d’interrogations subsistaient par ailleurs sur le sort des moulages non exposés dans la future configuration. Près de 1 000 plâtres seront tout de même présentés. Pour le reste, une partie sera entreposée dans les modestes réserves prévues à Chaillot, tandis qu’un site extérieur, accessible aux chercheurs, accueillerait les pièces restantes. La sculpture funéraire pourrait faire l’objet d’une présentation hors les murs dans un lieu à déterminer. En revanche, le destin des copies de peintures murales, installées dans les étages du pavillon de tête, est longtemps resté incertain. Dans le petit livre publié l’an dernier, Une cité à Chaillot, qui présentait les différentes dimensions du projet, il n’en était quasiment pas question. Sous la houlette de Robert Duleau, une place leur a été faite dans le musée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°146 du 5 avril 2002, avec le titre suivant : La Cité de l’architecture et du patrimoine à pas comptés (part I)

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