Versailles

Jean-Jacques Aillagon conforté au château

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 9 juin 2010

Malgré les assauts, l’ancien ministre de la Culture est reconduit à la présidence
de l’Établissement public du musée et du domaine national de Versailles.

PARIS - À l’heure où nous mettons sous presse, le décret n’est pas encore paru au Journal officiel, mais, à moins d’un coup de théâtre, l’affaire est entendue : Jean-Jacques Aillagon est reconduit à la présidence de l’Établissement public du musée et du domaine national de Versailles. L’ancien ministre de la Culture a bataillé dur pour conserver ce poste convoité par Xavier Darcos, au lendemain de son éviction du ministère du Travail suite à la déconfiture de la majorité aux élections régionales. Dès février, lors d’une conférence de presse organisée pour faire le bilan de ses trois années passées à la tête de l’établissement public, et, surtout, occuper le terrain en donnant les grandes lignes de ses projets à venir, Jean-Jacques Aillagon avait annoncé son souhait de poursuivre son travail à Versailles. Le 25 mars, il avait réitéré son intention de rester, de manière officielle cette fois, pour parer l’offensive « Darcos ». Malgré ses nombreux appuis dans le milieu culturel, Aillagon n’était alors pas donné gagnant, d’autant plus que son ancienne inimitié avec l’actuel ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand (celui-ci n’aurait pas digéré d’être évincé de TV5 lors du bref passage d’Aillagon à la présidence de la chaîne) refaisait surface.

Bilan « positif »
Mais l’idée de confier la tête d’un grand établissement culturel comme lot de consolation à un ministre désavoué par les électeurs a sans doute pesé lourd dans la balance. Jean-Jacques Aillagon a, par ailleurs, fait valoir un bilan « positif », mettant en exergue les bons scores de la fréquentation du site et les grandes opérations de mécénat mises en place, à l’exemple de la restauration du Belvédère de Marie-Antoinette, situé dans le domaine du Petit Trianon. Financés par Vinci et le World Monument Fund, les travaux devraient démarrer prochainement. Décidés avant même son renouvellement à la présidence de l’établissement, les programmes d’art contemporain, qui ont constitué pour le château une formidable opération de communication, verront se succéder à Versailles des artistes comme Takashi Murakami, Maurizio Cattelan ou Philippe Cognée. Autre projet dans les tuyaux : la refonte des statuts de l’établissement public dont s’était ému le site www.latribunedelart.com après en avoir pris connaissance. Le texte prévoit de prolonger le premier mandat du président de trois à cinq ans (un délai plus adapté à ce type de fonction), mais aussi de transformer le poste de directeur général (réservé à un conservateur du patrimoine) en poste de directeur de musée, ce qui revient à minimiser ses prérogatives au profit du président et de le « rétrograder » au même niveau que les autres directions de l’établissement.

Pour Jean-Jacques Aillagon, l’affaire n’a rien d’alarmant : « Il s’agit de mettre en conformité les statuts du château avec son fonctionnement tel qu’il a été décidé depuis 1995. Il y avait une ambiguïté autour du titre de directeur général, dont les compétences relèvent en réalité de la gestion d’un établissement et concernent donc plus l’administrateur général. Dans les faits, le directeur du musée demeure le numéro deux de l’établissement public, et l’administrateur général, le numéro trois. Le projet culturel et scientifique de Versailles demeure primordial, il n’y a aucune inquiétude à avoir sur ce point. » Et de préciser : « Ces mesures ne me profiteront pas, c’est le propre de nos fonctions ; on prend des décisions pour ses successeurs, dans la continuité du service public. » Aujourd’hui agé de 63 ans, Jean-Jacques Aillagon sera atteint par la limite d’âge en octobre 2011, bien avant la fin de son mandat. À moins qu’un décret présidentiel ne lui permette de l’achever, comme cela avait été le cas de Jean-François Jarrige reconduit par Jacques Chirac à la tête du Musée Guimet. « Tout est possible, répond l’intéressé. Je peux aussi disparaître ou décider d’arrêter, ou être appelé à d’autres fonctions. » Dans tous les cas, il lui reste au minimum dix-sept mois pour assouvir ses ambitions versaillaises.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°327 du 11 juin 2010, avec le titre suivant : Jean-Jacques Aillagon conforté au château

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