Jeudi 13 décembre 2018

Jean de Loisy : « La Beauté » fatale à la Mission 2000 en France (part I)

\"Une fête gâchée\" pour Jean de Loisy

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2001 - 568 mots

Commissaire général de « La Beauté », Jean de Loisy revient sur les causes du déficit budgétaire de la manifestation. Une situation, dont il se dit solidaire, mais dans laquelle les torts sont, selon lui, partagés entre la Mission 2000 en France et la municipalité avignonnaise.

Le déficit de “La Beauté” dont vous avez assuré le commissariat, a été chiffré à plus de 30 millions de francs. Quelle est votre réaction ?
Je souhaitais que cet ensemble d’expositions qui constituait “La Beauté” ait un coût équivalent à celui du Festival d’Avignon, soit 55 millions de francs. Mais des dérives – un manque d’analyse technique, budgétaire, et, probablement, politique – ont amené ce déficit considérable. En tant que commissaire général, j’étais chargé de la conception du projet, de son suivi artistique, d’une partie de la communication et aussi du mécénat. Mais je n’avais aucune capacité d’engagement financier, bien entendu. À chacun son métier. Le pilotage et le contrôle politique et économique du projet revenaient à l’administration de la Mission 2000 en France. Je suis solidaire de cette situation, car on a toujours les moyens de se faire entendre. Mais je me sens d’abord solidaire des artistes qui, à cause d’une mauvaise gestion, n’ont pas vu leur projet aboutir, à l’instar de Takeshi Kitano, de Hou Hsiao-Hsien, de Starck ou encore de la compagnie Dumb Type. S’ajoutent à cela le pavillon de Gaetano Pesce et le Skate-park de Vito Acconci, pour lesquels la ville s’est désengagée, et les projets mal réalisés comme celui de Christian Lacroix.

Mais, vous avez pourtant eu conscience que le projet dépassait son budget initial ?
Dès le mois de juillet 1999, j’avais réclamé la présence d’un superviseur pour l’ensemble des travaux afin d’être certain de la maîtrise technique. Cela été obtenu en février 2000. Cela a permis, mais bien trop tard de découvrir les erreurs d’évaluation. Les premiers déficits sont alors apparus et nous ont amené à supprimer nombre de projets. Il était malheureusement trop tard pour que cela soit sans répercussion sur les artistes et les recettes.

Au dépassement budgétaire de 20 millions de francs sont venus s’ajouter plus de 10 millions de recettes non faites. Est-ce dû à une fréquentation insuffisante ?
185 000 visiteurs pour une exposition en région, c’est tout de même une fréquentation extraordinaire. Toutefois, des gens ne sont certainement pas venus à cause de l’absence de ces grands noms. Et, à la suite d’un désaccord interne, les affichages et publicités ont été bloqués un mois avant l’ouverture. Ils n’ont été mis en place qu’au mois de juin, et les produits dérivés se sont retrouvés avec une image différente de celle de la campagne de communication. Enfin, deux points de vente sur les six initialement prévus ont finalement été ouverts. Quant au catalogue, il a été épuisé dès le 15 août. Après un conflit entre la Mission 2000 et Flammarion, il n’a pas été réédité.

Qu’en est-il du versant artistique ?
Le projet avait pour vocation d’apporter la création contemporaine à un public non initié, et, de ce point de vue, ça a marché. L’exposition laissera des traces : nous avons tout de même passé de nombreuses commandes qui ont permis de réaliser des chefs-d’œuvre comme l’installation de Penone qui devrait être donnée au Centre Georges-Pompidou.
La rencontre entre les arts et les époques a été enrichissante... Il y avait tout pour que ce soit une fête, mais, malheureusement, elle a été gâchée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°118 du 5 janvier 2001, avec le titre suivant : Jean de Loisy : « La Beauté » fatale à la Mission 2000 en France (part I)

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