Israël - Musée - Ventes publiques

Israël, la vente d’œuvres du Musée d’art islamique fait polémique 

Par Alice Fiedler · lejournaldesarts.fr

Le 28 octobre 2020 - 712 mots

JÉRUSALEM / ISRAËL

Sotheby’s Londres a suspendu la vente des 190 objets que le musée compte disperser pour renflouer ses caisses.

Le Mayer Museum of Islamic Art de Jerusalem. © Adiel Io, 2008, CC BY-SA 3.0
Le Mayer Museum of Islamic Art de Jerusalem.
Photo Adiel Io, 2008

Après les Etats-Unis, c’est au tour d’un musée israélien de vendre des œuvres de sa collection. Le L.A. Mayer Museum for Islamic Art à Jérusalem compte se séparer de 190 objets d’art islamique et 68 montres et horloges anciennes, soit pas moins de 5 % de sa collection. Le joyau de la vente est un casque turban de l’époque ottomane estimé à 600 000 livres sterling (660 000 €). La vente comprend également des tapis turcs brodés, de la céramique égyptienne et perse et des scripts calligraphiques. L’ensemble est estimé rapporter jusqu’à 7,3 millions livres sterling (8 M €).

Les vacations devaient se tenir le 27 et 28 octobre 2020 chez Sotheby’s à Londres, mais ont été reportées en novembre à la suite de la polémique provoquée par cette vente. 

D’un côté le musée se justifie par la crise provoquée par le Covid. En Israël, après une courte réouverture, les musées sont de nouveau fermés, au moins jusqu’à fin décembre. Le directeur du musée, Nabim Sheiban, a expliqué au Times of Israel qu'il avait déjà envisagé de vendre des objets de la collection du musée durant la crise financière de 2017 qui avait réduit les ressources de la Fondation Hermann de Stern, le principal donateur de l'institution. Aujourd’hui, la situation est encore plus préoccupante : « Si nous n'agissons pas maintenant, nous devrons fermer dans cinq à sept ans. Nous avons décidé de ne pas attendre la faillite du musée. »

De l’autre côté, la présidente en Israël de l'ICOM (Conseil International des musées), Nava Kessler, se dit choquée. « Le rôle du musée est de préserver les œuvres d'art pour les générations futures et pour le bien de la société », a-t-elle dit au Jerusalem Post. Selon elle, le musée a enfreint les règles éthiques de la profession. « Le musée devrait essayer de vendre à un autre musée, plutôt que de vendre à un collectionneur privé, car cela signifie retirer l'œuvre de l'accès public. » 

Le président israélien Reuven Rivlin souhaite une intervention par l’Etat pour empêcher la vente en déclarant que les musées « sont les dépositaires d'énormes biens spirituels et matériels pour l'État d'Israël et le Moyen-Orient, et nous devons faire tout notre possible pour les garder en Israël. »

Face à la polémique, Lundi, Sotheby’s a donc suspendu la vente. Le ministère de la Culture a demandé au musée de lui transmettre tous les documents relatifs à la propriété des objets. Le report est destiné à permettre de finaliser les échanges entre la fondation et le gouvernement. Les deux parties espèrent trouver un accord. 

Le musée soutient que la collection étant privée, la vente est autorisée par la loi. Nabim Sheiban explique que les objets vendus ne sont pas considérés comme un trésor national car la majorité des objets proviennent du monde entier et n’ont pas été trouvés en Israël ou Palestine. Cette distinction permet leur vente, vu que l'Autorité israélienne des antiquités doit accorder une autorisation pour tout objet ancien qui quitte le pays.

Le président du conseil d’administration du musée, Herbert Winter, ajoute de son côté : « Nous avons pris soin de sélectionner des œuvres qui, pour la plupart, existent soit en double dans la collection, soit étaient conservées en dépôt. » 

Le L.A. Mayer Museum for Islamic Art s'efforce d’être un pont entre les cultures arabe et juive. Il a ouvert ses portes en 1974 à l’initiative de Vera Bryce Salomons (1888-1969) qui regrettait l’absence de lieux permettant au public israélien de voir des œuvres d'art islamique. Le musée porte le nom de son ami Leo Aryeh Mayer, spécialiste israélien de l'art islamique. Le musée conserve aujourd’hui plus de 5 500 artefacts datant du VIIe au XIXe siècle, témoignant du rayonnement technique et culturel de la civilisation musulmane.

Un étage du musée est dédié à une importante collection de montres et d’horloges réunies par le père de Vera Salomons. L’ingénieur et scientifique britannique Sir David Lionel Salomons (1851-1925), était passionné d’horloges faites par Abraham-Louis Breguet (1747-1823). Le bijou de sa collection, la célèbre montre Marie-Antoinette restera dans l'exposition permanente.

Vera Salomons tenait à ce que le musée reste financièrement indépendant, sans financement public, et créa la Fondation Hermann de Stern, responsable des acquisitions et des dépenses opérationnelles.
 

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