Maîtres d’art

Interrogations sur la désignation des 12 nouveaux maîtres d’art

La procédure de désignation des nouveaux maîtres d’art a été perturbée par la réforme de la politique des métiers d’art

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 16 novembre 2010 - 625 mots

PARIS - Le 24 novembre, douze nouveaux maîtres d’art seront nommés par le ministre de la Culture dans les salons de la Rue de Valois, à Paris (lire l’encadré). Le nombre total des détenteurs de ce titre d’excellence sera ainsi porté à cent un.

Créé en 1994 par Jacques Toubon, alors ministre de la Culture, ce dispositif, librement inspiré des « Trésors vivants » japonais, vise à préserver les grands savoir-faire français en désignant des professionnels reconnus pour la rareté de leur métier artisanal.  L’obtention de ce diplôme requiert aussi l’engagement de former pendant trois ans un élève afin d’éviter la disparition de métiers hautement qualifiés et de préserver des techniques d’excellence. À cet effet, l’État verse une allocation annuelle d’un montant de 16 000 euros par maître d’art. Or ce dispositif, qui n’a jamais fait l’unanimité chez les professionnels, est devenu l’un des maillons de la réforme de la politique en faveur des métiers d’art mise en place – un peu à son corps défendant – par Frédéric Mitterrand. Le processus a en effet été lancé en octobre 2009 lors de la remise du rapport de la sénatrice de Paris, Catherine Dumas (UMP), au Premier ministre, document fustigeant au passage l’inaction du ministère de la Culture dans ce domaine.  

Promotions annualisées
À la suite des préconisations du rapport, la Mission des métiers d’art, qui avait vu fondre ses crédits au fil des ans, a été dissoute, tout comme la Société d’encouragement des métiers d’art (SEMA) – dépendante du secrétariat d’État à l’artisanat. Ceci pour laisser place à une structure interministérielle, l’« Institut national des métiers d’art » (INMA), censé porter la nouvelle politique. Le conseil d’administration de l’INMA n’a toutefois été formé qu’à la fin du mois de juin.

Soucieux d’occuper le terrain dans l’intervalle, Frédéric Mitterrand a annoncé, en mars 2010, son souhait de lancer une réforme de la politique pilotée par son ministère. Le projet concerne principalement le dispositif des maîtres d’art. Auparavant biennales, les promotions seront désormais annualisées. Et, pour continuer à grossir les rangs, les portes sont aujourd’hui ouvertes aux 217 métiers recensés dans la nomenclature des métiers d’art établie, en 2003, par le ministère des Petites et Moyennes Entreprises. Or cette liste a adopté une conception très extensive des métiers d’art – en incluant par exemple les santonniers et les sabotiers aux côtés des ébénistes ou des facteurs d’orgue –, tandis que le ministère de la Culture avait jusque-là privilégié l’excellence. Un autre volet de la réforme a par ailleurs consisté à revoir l’organisation du Conseil des métiers d’art, créé en 1994 pour favoriser la concertation avec les professionnels et conseiller le ministre de la Culture. L’organisme doit ainsi passer de trente à quinze membres. Mais à ce jour, aucun texte officiel n’a été publié concernant la composition de cette nouvelle instance. Or le décret du 3 août 2004, relatif au Conseil des métiers d’art et à la Mission des métiers d’art, est très clair sur un point : « Le Conseil des métiers d’art établit la liste des professionnels des métiers d’art, parmi lesquels le ministre de la Culture et de la Communication désigne les maîtres d’art. » Reste une interrogation : alors que l’INMA n’a pas été associé au processus de nomination et que le Conseil des métiers d’art n’a pas été nommé, qui donc a désigné ces douze nouveaux maîtres d’art ? 

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Serge Amoruso, maroquinier designer

Jean-Pierre Baquere, verrier flaconneur

Emmanuel Barrois, verrier d’architecture

Stéphane Bonneau, modeleur sur porcelaine, société Bernardaud (au titre du Comité Colbert)

Pierre Bonnefille, peintre en décor

Sylvie Deschamps, brodeuse au fil d’or

Jean-Christophe Fouchier, joaillier créateur

Fabrice Gohard, doreur ornemaniste

Stéphane Guilbaud, lithographe

Franck Sorbier, tailleur couturier

Yves Thôle, facteur et restaurateur de percussions et tambours guadeloupéens

Ludwig Vogelgesang, ébéniste

Légende photo

Jean-Christophe Fouchier, maître d'art joaillier, travaillant sur une bague Jumanji, or blanc rhodié et tourmalines © Photo : Marc-Antoine Mouterde

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°335 du 19 novembre 2010, avec le titre suivant : Interrogations sur la désignation des 12 nouveaux maîtres d’art

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