Lundi 10 décembre 2018

Huang Yong Ping veilleur du monde

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 14 janvier 2013 - 591 mots

En 1989, il est l’un des trois artistes chinois invités par Jean-Hubert Martin à participer à l’exposition des « Magiciens de la terre », organisée au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette.

C’est sa première apparition sur la scène artistique occidentale. Dix ans plus tard, il représente la France avec Jean-Pierre Bertrand lors de la 48e Biennale de Venise. Huang Yong Ping, qui s’est installé à Paris dès 1989, est né à Xiamen dans le Fujian en 1954. Il appartient à cette génération d’artistes chinois qui ont compté parmi les têtes brûlées des lendemains de la Révolution culturelle, refusant de rentrer dans le rang et toujours prompts au débat et à la polémique.

Fondateur du mouvement d’avant-garde Xiamen Dada, il entraîna ses camarades à en commettre l’action la plus mémorable : brûler toutes leurs œuvres après une exposition devant le lieu même où elles avaient été présentées. Pour Huang Yong Ping, le processus vaut bien plus que la matière figée parce qu’il n’y a que des mutations, de l’histoire, des pensées mobiles. Rien ne l’horrifie plus que les identités fixes, les clôtures. À ce propos, il cultive volontiers le paradoxe en multipliant les propositions les plus antinomiques qui soient. En 1989, il présentait notamment à Paris une œuvre intitulée L’histoire de l’art chinois et l’histoire de l’art moderne occidental sont mises dans la machine à laver pendant deux minutes : un tas de pâte à papier délavée débordant d’une caisse en bois. En 2004, il installait sur le toit du Musée d’art contemporain de Lyon une sculpture-pagode, reproduction à l’or fin d’un pavillon de la dynastie Song. Au Centre d’art de Vassivière, deux ans plus tard, il présentait une statue éveillée du Bouddha dont les intestins en soie faisaient le régal de cinq vautours charognards empaillés.

L’ordinaire, source d’inspiration
Au jeu subtil de la métaphore et du symbolisme, Huang Yong Ping n’a jamais cessé de décliner toutes sortes de situations plus ou moins explicites, exploitant les ressources plastiques d’objets du quotidien. « Vers 1983, raconte-t-il, se rappelant ses souvenirs d’étudiant aux beaux-arts, j’ai eu entre les mains la photocopie d’un livre de Marcel Duchamp, des interviews des années 1960 accompagnées de très mauvaises reproductions. Avec Duchamp, j’ai appris à « redécouvrir » les objets quotidiens, à regarder différemment ce qui me semblait auparavant « habituel ». « L’ordinaire » est tout à coup devenu source d’inspiration pour moi. Duchamp m’a fait redécouvrir l’art. » En 2007, l’installation de son Marché de Punya à la galerie Kamel Mennour en est une cinglante illustration : il y avait organisé la confrontation entre un éléphant mort étendu au sol et un étal de bimbeloteries en tout genre, d’objets rituels et d’articles ménagers triviaux.

Attentif à ce que « la conception de la culture [soit] toujours relavée et resséchée », Huang Yong Ping œuvre à nous dessiller les yeux, à nous faire prendre conscience des mécanismes de construction et d’homogénéisation des champs culturels. En fait, c’est un veilleur du monde qui s’applique à nous en faire voir le théâtre dans des compositions singulières et critiques qui ne manquent pas de poésie.

Biographie

1954 Naissance à Xiamen, dans la région du Fujian, en Chine.

1989 Il s’installe en France après sa participation à l’exposition « Magiciens de la terre ».

1999 Il représente la France à la 48e Biennale de Venise.

2004 Son œuvre Tête d’or, une sculpture-pagode, est installée sur le toit du Musée d’art contemporain de Lyon.

2012 Quatre œuvres de l’artiste sont exposées à l’Hospice Comtesse pour Fantastic Lille 3000.

« Huang Yong Ping. Amoy/Xiamen »

Du 15 février au 14 avril 2013. Musée d’art contemporain de Lyon. Ouvert du mercredi au dimanche de 11 h à 18 h. Tarifs : 6 et 4 €. www.mac-lyon.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°654 du 1 février 2013, avec le titre suivant : Huang Yong Ping veilleur du monde

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