Lundi 10 décembre 2018

Hauts et bas

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 6 mai 2013 - 853 mots

François Morellet boulimique. Les mouvements sont plus amples en milieu et fin de classement.

Nous avions relevé en 2012 la présence de cinq artistes français dans le palmarès international Artindex monde (lire p. 22) : Christian Boltanski, Pierre Huyghe, Daniel Buren, Sophie Calle, et François Morellet qui occupaient des positions assez basses dans le classement. Les choses ont peu changé en un an et l’explosion des artistes français sur la scène internationale, annoncée maintenant de longue date, tarde à venir. Christian Boltanski maintient presque son rang (de la 37e à la 42e place), de même que Sophie Calle (de la 77e à la 76e place). Daniel Buren connaît une nette chute (de la 62e à la 70e place), comme Pierre Huyghe (de 68e en 2012, il devient 77e). Deux notes d’espoir cependant, qu’il convient de moduler toutes deux : François Morellet fait un bond remarquable, de la 70e à la 64e place et Anri Sala qui, en 2012, émargeait à la 53e place, se propulse à la 35e, doublant Boltanski !

En 2012, Anri Sala, bien que vivant en France depuis de nombreuses années, était encore considéré comme Albanais par l’Artindex. Cette année, le voilà donc devenu français… Mais aussi allemand, puisqu’il s’est désormais également installé à Berlin. Artiste certes devenu très français, le voici donc happé par la scène berlinoise. En marche vers la gloire ? Pas forcément. Comme Pierre Huyghe naguère, son aîné d’une douzaine d’années, Anri Sala bénéficie actuellement d’un très fort soutien des institutions – notamment françaises –, se voyant confier, très jeune, le pavillon français à la Biennale de Venise, mais sa présence sur le marché est cependant très en retrait. Comme Pierre Huyghe avant lui, qui s’est installé à New York, Anri Sala a choisi de s’installer sur une scène étrangère des plus dynamiques, Berlin dans son cas. La force d’Anri Sala est sa présence internationale, sa faiblesse, comme Pierre Huyghe avant lui, sa présence discrète en galeries. Pierre Huyghe n’a toutefois pas – encore ? — réussi à s’imposer aussi fortement que son début de carrière internationale fulgurant pouvait le laisser espérer ; la chute de cette année en rend compte. Anri Sala, dont la trajectoire est actuellement très proche, ne risque-t-il pas de suivre, à terme, le même chemin ? Quant à François Morellet, c’est bien simple, on le voit partout ! Mais sa progression arrive tard, à 87 ans.

Artindex France
Au-delà des artistes français, ou vivant en France, qui accèdent à la scène internationale et sont en concurrence avec les créateurs de tous les pays, il existe également de très nombreux artistes pour lesquels les enjeux sont davantage nationaux. En 2013, l’Artindex recense 2770 artistes plasticiens pour la scène française. Il nous a semblé utile de focaliser ici notre attention sur les 150 premiers d’entre eux. Fait le plus marquant de l’année écoulée au sommet de la scène nationale, le jeune Anri Sala (il est né en 1974) devance désormais Christian Boltanski, de 30 ans son aîné et qui semblait, depuis de très nombreuses années, indétrônable. Vient ensuite François Morellet (87 ans), mais dont le travail est de plus en plus apprécié depuis quelques années. François Morellet est, de tous les artistes français, celui qui présente le plus grand nombre d’expositions. De tous les « grands », il est nettement le plus présent en galeries. Suivent Daniel Buren, Sophie Calle, Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Mircea Cantor, Claire Fontaine puis Annette Messager.
Dans ce top 10 du classement, les mouvements sont de très faible amplitude, quand ils existent. Cela se retrouve d’ailleurs plus bas dans le palmarès : Bertrand Lavier (-2), Adel Abdessemed ( 3), Pierre Bismuth (-1), Dominique Gonzalez-Foerster (0), Bernard Frize (-2). Même le tout jeune Cyprien Gaillard (il est né en 1980) qui avait connu une percée soudaine l’an dernier n’évolue guère et se stabilise presque en 17e position.

Les plus belles progressions ? Parmi celles-ci figurent Yto Barrada qui ne gagne pas moins de 18 places, après en avoir gagné 25 l’année précédente et qui accède au 27e rang du classement et le collectif Société Réaliste qui, les deux dernières années, a grimpé de 35, puis de 33 places et figure désormais au 71e rang, Kader Attia monte de 8 places jusqu’à la 23e position, Aurélien Froment (55e) de 16 places. Les artistes qui ont percé de longue date ne sont pas toujours en reste : très belle actualité oblige, Julio LeParc (56e) gagne 12 places, Jean-Michel Alberola (65e) en gravit 10, Valerio Adami (79e) 22 et Jean-Michel Othoniel (82e) 45 ! Plus bas encore dans le classement, connaissent de très belles progressions Luc Delahaye, Raphaël Zarka, Alexandre Singh (à surveiller), Jean-Luc Verna, Lili Reynaud Dewar, Nicolas Chardon, Etienne Chambaud, Julien Prévieux, Pablo Pijnappel, Isabelle Cornaro, Mohamed Bourouissa ou Neil Beloufa (142e mais qui progresse de… 91 places). Parmi les plus fortes chutes figurent, dans le haut du classement Matthieu Laurette (45e, -11 places), plus bas, Ange Leccia (94e, -11 places), Sophie Ristelhueber (95e, -15), Natacha Lesueur (96e, -11) ou encore Marie-Ange Guilleminot (143e, -25 places). Les artistes en fin de palmarès apparaissent globalement plus exposés aux reculs les plus sévères.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°391 du 10 mai 2013, avec le titre suivant : Hauts et bas

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