Guides-conférenciers : un avenir incertain

Le gouvernement veut supprimer la carte professionnelle des guides-conférenciers et la remplacer par l’inscription sur un registre. Ces derniers craignent que cela n’ouvre l’accès à des personnes non qualifiées.

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 10 février 2015 - 1143 mots

Un effet indirect de la récente loi de simplification de la vie des entreprises va entraîner le remplacement de la carte professionnelle des guides-conférenciers par une simple inscription sur un registre. Ces derniers, qui n’ont pas le monopole du guidage et opèrent dans un milieu très concurrentiel, craignent un abaissement de la qualification requise pour figurer sur ce registre.

PARIS - Selon le Code du tourisme, les personnes titulaires de la carte de guide-conférencier constituent le «  personnel qualifié  » habilité à mener des visites commentées dans les musées de France et les monuments historiques dans le cadre d’une opération commerciale avec un opérateur de voyages, sans avoir pour autant le monopole du guidage. Depuis la réforme de 2011 qui a rassemblé au sein de la même réglementation quatre professions du guidage, cette carte est obtenue sous condition d’une licence professionnelle ou d’unités d’enseignement intégré à un cursus de master. Ces deux formations dispensent un enseignement théorique et pratique en histoire de l’art, en langues étrangères et en guidage. C’est cette carte professionnelle (qui offre en outre la gratuité dans les musées) que le projet de loi Macron afin de «  permettre à un plus grand nombre de diplômés de l’enseignement supérieur d’entrer dans la profession  ». Des dispositions disparues depuis en tant que telles de la loi Macron, mais qui peuvent revenir par le biais de la loi de simplification de la vie des entreprises, depuis sa promulgation en décembre. Celle-ci autorise en effet «  le gouvernement à prendre par ordonnance toute mesure relevant du domaine de la loi aux fins de […] remplacer certains de ces régimes d’autorisation préalable par des régimes déclaratifs  ». La Direction générale des entreprises – tutelle des guides-conférenciers au ministère de Finances — l’a confirmé : la carte devrait être remplacée par un registre où les guides seraient invités à s’inscrire. Mais sur quels critères ? Ces derniers mois, les guides-conférenciers ont manifesté dans plusieurs villes de France afin d’exprimer leur crainte de voir leur profession s’ouvrir à des personnes non qualifiées, dans un secteur qu’ils jugent «  déjà saturé et très concurrentiel  ».

Les conservateurs, maîtres chez eux
«  Nombreux sont les opérateurs de voyages, en particulier étrangers, à confier directement l’ensemble de leur guidage à leurs accompagnateurs pour réduire les frais  », déplore Sophie Bigogne, présidente du collectif «  Sauvons la profession de guide-conférencier  ». Si les accompagnateurs (chargés d’encadrer quotidiennement un groupe de voyageurs pour le compte d’un opérateur de voyages) ont le droit d’effectuer des visites commentées sur la voie publique (les guides ayant perdu le monopole de la rue avec l’évolution du Code du tourisme en 1992), ils sont censés être relayés au sein des musées et des monuments par les guides-conférenciers. Ces derniers exercent sous le statut de salarié, d’auto-entrepreneur ou d’indépendant, souvent auprès de multiples employeurs, au premier rang desquels les offices de tourisme ou les agences de voyages.

Les grands musées nationaux s’assurent régulièrement que les visites menées dans les salles le sont par des professionnels encartés (afin aussi de ne pas encombrer un établissement très fréquenté), mais beaucoup d’institutions n’effectuent aucune vérification. C’est le cas du château de Chantilly (Oise). «  Certains guides, employés par des opérateurs de voyages, ont la carte de guide-conférencier, mais d’autres sont simplement des accompagnateurs qui ont préparé leur visite, explique la direction du château. Nous formons même exceptionnellement le personnel de certains opérateurs avec qui nous entretenons une relation privilégiée et qui nous envoient hebdomadairement des groupes, afin d’assurer la meilleure visite qui soit pour des groupes récurrents.  » «  Nous n’avons pas de législation particulière en termes de droit de parole  », précise l’institution. C’est là que le bât blesse pour les guides-conférenciers.

«  Les conservateurs sont maîtres chez eux et peuvent accorder le droit de parole à qui leur semble compétent  », rappelle le ministère de la Culture, dans l’étude portant sur l’exercice des métiers du guidage effectuée en 2008-2009 par le cabinet Richard Lewy Consultant. Au château des ducs de Bretagne, à Nantes, les guides-conférenciers encartés – qui doivent le plus souvent se déplacer d’un site touristique à l’autre dans le cadre de leurs visites – ne sont pas nécessairement les bienvenus. Alors que leur carte est censée agir comme un sésame à l’entrée de l’institution, les guides doivent recevoir l’autorisation de la direction pour travailler dans les salles d’exposition. «  Nous considérons les guides-conférenciers comme des généralistes, pertinents pour brosser un panorama général d’un lieu mais moins pour rentrer dans les détails de nos collections  », explique Claire Mandin, responsable des publics d’un musée-château qui a fait le choix d’employer douze médiateurs culturels en CDI «  participant à temps plein au développement de la pédagogie des lieux  ».

Les guides-conférenciers ne manquent pourtant pas de compétences. Les opérateurs de voyages et institutions culturelles sont nombreux à vanter leurs qualités d’adaptabilité à tous les publics. «  Mais les attentes touristiques sont de plus en plus diversifiées. Des prestations intellectuelles plus ou moins fortes sont demandées, même au sein des musées et monuments, auxquelles nous devons répondre  », explique Anne Yannic, directrice de l’entreprise CityVision, leader dans l’accueil de visiteurs étrangers à Paris. D’autant que l’offre proposée par les guides-conférenciers semble comporter quelques lacunes. «  La France manque de guides en langue chinoise  », soufflent ainsi plusieurs prestataires. Ce que conteste Yun-Ju Commère, présidente de l’association des guides-interprètes en langue chinoise : «  Les guides encartés exerçant en chinois n’ont jamais été aussi nombreux, mais, en dépit de l’explosion du marché touristique chinois en France, la demande de guidage dans les lieux culturels reste très limitée.  » «  Les groupes chinois arrivent en France accompagnés d’un “tour leader” chinois qui organise le voyage de A à Z et fait rarement appel à un guide officiel, et les musées ferment souvent les yeux  », confirme Anne Yannic. Qui précise toutefois que cet «  état de fait  » est appelé à évoluer dans les années à venir : «  On devrait assister au développement d’un tourisme chinois individuel. Le touriste restera de plus en plus longtemps en France et aura besoin d’une offre plus riche en guidage.  »

Vers une ouverture aux bac 5 tous cursus confondus
Aujourd’hui, les guides-conférenciers militent pour qu’un «  haut niveau de qualification  » soit exigé lors de l’inscription sur le futur registre des guides-conférenciers. À l’heure où nous mettons sous presse, quelques orientations sur la réforme du métier, orchestrée par le gouvernement, ont été communiquées. L’inscription sur le registre des guides-conférenciers resterait fermée aux professionnels du tourisme extraeuropéens pour éviter une sous-traitance massive des emplois par les opérateurs de voyages étrangers. Et la profession s’ouvrirait à toute personne titulaire d’un bac 5, tous cursus confondus et maîtrisant au moins deux langues. Cette dernière mesure entre en contradiction avec le rapport Lewy, qui avait plaidé en 2008-2009 pour une harmonisation des parcours de guide-conférencier. Le débat se poursuit.

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Guides conférenciers manifestant sur la place du Palais Royal, le 17 décembre 2014 © Photo : Margot Boutges

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°429 du 13 février 2015, avec le titre suivant : Guides-conférenciers : un avenir incertain

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