Dimanche 25 février 2018

Lille

Graphisme et grabuge

Halte aux Graphistes Associés

Le Journal des Arts

Le 8 avril 2010

Selon le souhait de l’architecte hollandais Rem Koolhaas, les Graphistes Associés ont conçu une signalétique en parfaite adéquation au nouveau Palais des Congrès de Lille. L’exploitant du bâtiment ne l’entend pas de cette oreille, pratiquant sur place la censure directe d’un travail resté en majeure partie inachevé, et dont la lecture vire aujourd’hui au plus complet cafouillage. Une occasion ratée de faire valoir, pour une fois, le graphisme en France.

LILLE - La ville de Lille s’est lancée dans la construction d’un grand complexe architectural baptisé Euralille, regroupant notamment des bâtiments de Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Claude Vasconi et Rem Koolhaas. O. M. A., le cabinet de ce dernier, s’est vu attribuer la construction du nouveau Palais des Congrès, bâtiment multifonctionnel incluant notamment une salle de spectacle de type "Zénith".

L’architecte hollandais a confié la signalétique de son bâtiment aux Graphistes Associés, agence basée à Paris, regroupant cinq graphistes de générations et de sensibilités différentes. Ils entendent préserver une certaine idée du graphisme, à l’heure où la diffusion et le commerce des images produisent davantage d’effets pervers que de sens.

En juin dernier, on demande aux Graphistes Associés de terminer en hâte les grands axes de leur projet pour l’inauguration du Grand Palais. Rem Koolhaas est convaincu du résultat, mais du côté de l’exploitation du bâtiment, on prétend la réalisation illisible. Certaines lettres ont beau compter jusqu’à trois et six mètres de hauteur, les gestionnaires n’y voient rien qui vaille pour leur clientèle. La signalétique en question n’a rien de révolutionnaire.

Elle répond par contre subtilement aux formes et aux matériaux du bâtiment. Les indications sont peintes directement sur le béton laissé brut par l’architecte, vernies quand il s’agit de panneaux de bois, dépolies sur le verre. Flèches, signes et lettres s’impriment donc à même le bâtiment dont ils suivent les arêtes, épousant les angles.

Les signes jouent comme l’architecture sur des perspectives décalées, des matériaux adaptés, mais le visiteur peut toujours se référer à la constance des piliers de béton sur lesquels sont systématiquement détaillés les divers accès. Le différend, qui oppose aujourd’hui graphistes et gérant, conduit à une surenchère d’informations provisoires rajoutées à la va-vite, qui défigurent l’ensemble du bâtiment. À commencer par de grands drapeaux marqués d’un logo réalisé par Graphèmes, une agence locale, suspendus dans le hall. Et des tapis rouges et des rangées de thuyas, dignes du Département des Aigles de Broodthaers mais qui manquent ici singulièrement d’humour.

Autant de niveaux de lecture qui se superposent à une signalétique qui avait su s’accorder aux espaces du bâtiment, et désormais mise au rancart. Il est encore temps d’aller lire le reste de ces signes avant que les murs ne deviennent palimpsestes. Toujours en rapport avec la ville, mais peut-être plus durable, les Graphistes Associés travaillent actuellement à Charlotte dans la ville, un CD-Rom produit par le Centre Georges Pompidou.

Lille, Grand Palais, 1 bd des Cités Unies, 59777 Euralille, tél. : 20 14 15 16
\"O. M. A. at MoMA\", rétrospective Rem Koolhaas au Musée d’Art Moderne de New York, jusqu’au 31 janvier 1995.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°10 du 1 janvier 1995, avec le titre suivant : Graphisme et grabuge

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