Giacometti, le legs s’amincit

Le Journal des Arts

Le 14 juin 2002

En demandant à Christie’s de vendre de nouvelles œuvres, l’administrateur de
la succession Giacometti ouvre un nouvel épisode dans la pénible gestation de la fondation dédiée à l’artiste.

PARIS - Le 28 septembre, Christie’s mettra aux enchères, à Paris, 38 sculptures et un livre d’Alberto Giacometti, à la demande de Me Hélène da Camara, administrateur judiciaire de la succession d’Annette Giacometti. Destinée à couvrir divers frais (garde-meubles, assurances, procédures judiciaires), cette vente, dont le produit attendu est compris entre 4 et 6 millions d’euros, fait suite à celle de 18 œuvres en 1994, qui avait rapporté 42,7 millions de francs. Par précaution, François de Ricqlès, vice-président de Christie’s France, précise que ne seront vendus que “des bronzes posthumes dont la succession conserve encore, pour chacun d’entre eux, au moins un exemplaire”. Au même moment, une nouvelle décision de justice a été rendue dans la procédure consécutive à la vente de 1994. La cour d’appel de Paris a donné quitus à Me Jacques Tajan, à qui il était reproché d’avoir tardé à reverser aux héritiers leur quote-part.

Réagissant à l’annonce de Christie’s, l’Association Alberto et Annette Giacometti, qui œuvre à la création d’une fondation pour l’artiste suisse, a fait savoir “sa plus totale stupéfaction devant l’énormité de ses dépenses dont elle ignore tout”, et a élevé “la plus vive protestation pour ce qui concerne tant les conditions de cette nouvelle vente que la quantité d’œuvres arbitrairement soustraites au patrimoine de la future fondation”. Sa directrice, Mary Lisa Palmer, nous a indiqué que l’éventualité d’un recours contre cette décision était à l’étude.

Cela ne ferait qu’ajouter un nouveau contentieux à une affaire qui tend à les multiplier. En octobre dernier en effet, Me da Camara, après avoir obtenu la saisie des archives jusque-là conservées par l’association, a demandé la dissolution de cette dernière. Cette assignation souligne le caractère pour le moins conflictuel des relations entre l’association et l’administrateur, dont la mission était pourtant de favoriser la création de la fondation. Comment aujourd’hui sortir de l’impasse ? “Il faut une volonté politique”, estime Mary Lisa Palmer, rappelant que le testament d’Annette Giacometti doit être respecté. Soupçonné de préférer une succession au profit des héritiers d’Annette, avec dation à la clé pour les musées nationaux, le ministère de la Culture a longtemps traîné les pieds pour donner un avis au ministère de l’Intérieur qui délivre l’agrément. Les statuts de la fondation lui avaient pourtant été soumis dès 1991, du vivant d’Annette Giacometti.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°151 du 14 juin 2002, avec le titre suivant : Giacometti, le legs s’amincit

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