Vendredi 27 novembre 2020

Galeries françaises : les barons

Par Léa Bismuth · Le Journal des Arts

Le 3 octobre 2012 - 822 mots

Résolument internationale, la Fiac accueille cependant un fort contingent de galeries françaises, 62 exactement, dont les habituels « poids lourds » de la profession.

Les galeries françaises bien installées sur leur marché forment le noyau dur des exposants à la Fiac. Elles s’appuient sur leurs artistes historiques pour promouvoir les plus jeunes. Ainsi la galerie Georges & Philippe Vallois qui représente désormais le couple-phare du Nouveau réalisme, expose Le Frigo de Jean Tinguely – une très importante sculpture de 1960 révélant dans son « ventre » toute une machinerie de roues – et un Tir monumental de Niki de Saint Phalle (1962) qui est mis en vente pour 1,5 million d’euros. Ces pièces dialoguent avec celles des artistes vivants habituels de la galerie tels qu’Alain Bublex, Gilles Barbier, Henrique Oliveira ou encore Martin Kersels dont la sculpture Throne (Rocker) (2012) – une chaise-trône-rocking chair – déroute le regard avec ironie. La Galerie Nathalie Obadia présente une œuvre de Martin Barré de 1965 acquise récemment dans une collection privée et jamais montrée au public – une toile carrée et dépouillée comme on lui en connaît, seulement altérée par une virgule à la bombe aux contours flous, à 65 000 euros.

Autre pièce rare pour collectionneur averti, à la Galerie Loevenbruck voici Autoportrait II (1966), une sculpture en bronze de l’artiste franco-polonaise Alina Szapocznikow, pas encore reconnue à sa juste valeur, mais qu’une grande rétrospective au MoMA cet automne devrait enfin asseoir comme l’une des grandes artistes du XXe siècle. Cette sculpture aux deux visages, malgré ses petites dimensions, frappe par sa force expressive et est proposée à 250 000 euros. Toujours dans les années 1970 la Galerie Bernard Ceysson expose de manière attendue le groupe Supports/Surfaces, dans une ambiance scénographique rejouant celle des expositions historiques. « Nous avons privilégié des œuvres rarement ou jamais montrées attestant de la force et de la présence toujours efficaces des inventions formelles et plastiques de ce moment », explique la galerie qui cherche à redonner de la « fraîcheur » à ce courant en le mettant en perspective avec l’art d’aujourd’hui.

Savant mélange d’artistes émergents et confirmés
De nombreux exposants font également cohabiter sur leur stand les classiques reconnus et coûteux avec la jeune création plus abordable économiquement. Ainsi, la Galerie Templon montre ses artistes majeurs comme Tunga ou Anthony Caro, tout en mettant en avant les plus jeunes, Oda Jaune par exemple, avec une grande huile sur toile – Male Birth, 2012, offerte à 23 000 euros. Daniel Templon profite aussi de la Fiac pour « lancer » un artiste jamais montré en France : l’Américain Kehinde Wiley. Mais il faudra approcher les 100 000 euros pour acquérir un portrait de ce jeune peintre qui se réfère constamment à l’histoire de l’art afin de questionner l’identité sexuelle et raciale.

Même dispositif pour la Galerie Obadia qui veut sensibiliser le public au collectif chinois MadeIn Company ou au jeune artiste américain Michael DeLucia. Moins jeune mais peu exposé en France, l’artiste espagnol Juan Uslé (né en 1954) présente une toile à la Galerie Lelong pour 25 000 euros. Mais qui mieux que la galerie Jaeger Bucher incarne ce grand écart entre les classiques et les contemporains ? Véronique Jaeger présente ainsi un florilège des artistes historiques, Dubuffet (avec une sculpture de 1,80 m, Le Mage, proposée à 700 000 euros), Viera Da Silva ou Bissières et des artistes plus actuels que sont Paul Wallach, Fabienne Verdier ou Susumu Shingu.

Les sculptures et installations d’envergure sont souvent des moyens privilégiés d’attirer les regards. La Galerie Kamel Mennour a ainsi confié un projet spécial à l’artiste japonais Tadashi Kawamata : « La proposition Windows Installation consiste en une structure en demi-dôme faite d’un assemblage de fenêtres blanches d’appartements haussmanniens mises au rebut, et collectées dans les Emmaüs de l’Île-de-France. Cette architecture précaire fait également office de seuil : pénétrable, elle seule donne et permet l’accès au stand de la galerie ». Ambitieux programme pour un stand qui devient lui-même une installation abritant, entre autres, des œuvres de Claude Lévêque, François Morellet ou Mohamed Bourouissa. Et il faudra s’attendre à des sculptures importantes dans le cadre de la programmation « Hors les murs », à l’exemple de David Nash (Galerie Lelong), et son imposante sculpture en bronze Three Humps installée dans le Jardin des plantes, devant la Grande Galerie de l’Évolution, au prix de 110 000 euros. Dans un autre registre, mais tout aussi tapageur: les sculptures hyperréalistes grandeur nature de Daniel Firman ou un grand Suppo en bronze doré de Wim Delvoye (tous deux chez Emmanuel Perrotin). Il faut frapper fort pour convaincre les collectionneurs refroidis par le contexte économique et fiscal.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°376 du 5 octobre 2012, avec le titre suivant : Galeries françaises : les barons

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