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François Schneider : « Décliner le concept des quatre éléments en Europe »

Président de la Fondation François Schneider

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 4 juin 2013 - 1394 mots

L’ex-chef d’entreprise François Schneider met sa fondation et son nouveau centre d’art au service des jeunes artistes.

Après une carrière dans la publicité, François Schneider (né en 1938) acquiert et développe plusieurs entreprises de niche qu’il cède progressivement à partir de 1995. La Fondation qui porte son nom vient d’ouvrir un centre d’art contemporain à Wattwiller (Haut-Rhin).

Quelle est l’histoire de votre jeune fondation ?
La Fondation a été créée en 2000 et elle a été reconnue d’utilité publique en 2005 ; entre-temps nous étions hébergés par la Fondation de France. Dès l’origine de la Fondation, nous nous sommes intéressés à la fois aux étudiants et aux artistes contemporains. Nous essayons d’aider les jeunes qui ont peu de moyens à faire des études, et des artistes inconnus, à l’être un peu moins. Cependant, alors que nous distribuons des bourses depuis une quinzaine d’années, et que j’ai commencé à acheter de l’art contemporain à la même époque, ce n’est que récemment que nous avons organisé notre prix, dénommé « Talents contemporains » (1).

Êtes-vous collectionneur d’art contemporain ?
J’achète uniquement les œuvres des artistes que je connais, mais je ne peux pas dire que je suis un collectionneur. J’achète aussi des œuvres à des artistes qui ont besoin d’un « coup de main ». C’est difficile d’être artiste et de vivre de son art. Beaucoup ont besoin d’avoir une activité rémunératrice à côté. Toutes ces œuvres étaient en réserve et c’est maintenant que l’on peut les voir.

Justement, vous venez d’inaugurer le centre d’art de la Fondation, est-ce un projet récent ?
Non ! Les premiers plans du centre d’art datent de 1995. Nous avons rencontré plusieurs difficultés pour réaliser ce projet. Par exemple, nous avons découvert les restes d’une tour dans le parc. Cela nous a fait perdre plusieurs mois. Avec la présence d’un monument historique, vous ne pouvez pas toucher une motte de terre dans un rayon de 500 mètres sans autorisation préalable ! Le premier coup de pioche date de 2005, cela fait donc huit ans. Nous pensions ouvrir en 2008 ou 2009. On est toujours trop optimiste…

Pourquoi vous êtes-vous installé à Wattviller ?

D’abord parce que je suis originaire de cette région, mon grand-père habitait à 1 km d’ici. Et puis parce que j’ai créé les Grandes Sources de Wattviller. En effet, en 1992, j’ai réhabilité les sources d’eau minérale et construit l’usine d’embouteillage. Avant la guerre de 1914, c’était un centre thermal connu ; tout a été dévasté par les trous d’obus, d’ailleurs personne n’a retrouvé les griffons d’origine des anciennes sources thermales. J’ai cédé toutes mes affaires à partir de 1995, la dernière étant les Grandes Sources de Wattviller, vendues en 2004 à un groupe belge. Mais cela fait vingt ans que j’ai en tête un centre d’art.

Cela a-t-il un sens d’ouvrir un nouveau centre d’art dans un endroit isolé ?
Je ne veux évidemment pas rivaliser avec les grands centres d’art contemporain d’Europe. Mais quand vous êtes seul de votre genre, cela commence à avoir du sens. Or, en tant que centre d’art contemporain intégralement dédié au thème de l’eau, nous sommes les seuls. Mon objectif est de décliner le concept des quatre éléments en Europe. Par exemple, un centre d’art consacré à la terre à Sienne (Italie), ou un centre dédié au vent sur les côtes de Hollande, et pourquoi pas au feu en Islande. Personne n’a bâti un tel projet aussi fou autour des quatre éléments.
Ce serait formidable d’offrir aux artistes contemporains la possibilité de nous inventer leur vision du monde d’aujourd’hui à partir des quatre éléments. Quatre fois sept Talents contemporains, chaque année. Les expositions circuleraient d’un lieu à l’autre. C’est une grande utopie. J’ai toujours pensé que s’il n’y avait pas d’utopie, la vie serait ennuyeuse. Je vais tout faire pour trouver un mécène à Sienne qui pourrait créer un centre d’art contemporain sur le thème de la terre.

Quelles sont vos prévisions sur le plan de la fréquentation ?
Nous verrons. J’ai bon espoir que cela donne envie. Nous sommes complètement atypiques. Venir découvrir les artistes de demain, c’est une promesse forte. Mais nous devons d’abord affiner le « produit » afin d’en faire la promotion. Reprenons rendez-vous dans un an !

Quelle est la programmation ?
Il y aura trois expositions par an : l’une consacrée aux Talents de l’année précédente, la monographie d’un artiste connu qui a œuvré dans le monde de l’eau – il y en a des centaines –, et une exposition thématique collective, par exemple sur la vapeur d’eau, avec là aussi des artistes connus. Il n’y a pas encore de directeur artistique, nous nous posons la question. Faut-il un directeur différent chaque année, ou un directeur permanent ? Pour l’instant, nous travaillons avec des commissaires d’exposition indépendants.

Pourquoi inaugurer les lieux en mai pour les fermer juste après et les rouvrir à l’automne ?

Parce que nous n’avons pas terminé nos travaux. Nous voulions fixer une date pour que les choses avancent. Nous nous servirons de tout ce que nous aurons appris au cours de l’inauguration pour que l’exposition de septembre sur les lauréats 2011 soit parfaite. C’est en quelque sorte un galop d’essai. Nous n’avons aucune expérience dans ce domaine. Certes on rate la saison estivale, mais nous nous inscrivons dans le temps, et puis nous ne sommes pas à trois mois près.

Pourquoi avoir créé les « Talents contemporains » alors qu’il existe déjà quantité de prix ?
Existe-t-il beaucoup de prix pour des artistes inconnus dotés de 300 000 euros, dont 150 000 pour le plus richement doté ? Je ne crois pas qu’il y en ait d’autres. S’il est vrai que nous ne sommes pas du tout connus, je constate que nous avons reçu 3 200 dossiers de candidature venant de 104 pays différents, sans aucune communication ; tout est passé sur Internet. Cela veut sans doute dire que nous répondons à une attente. Ce qui m’inquiète, c’est que, si nous étions plus reconnus, nous recevrions 10 000 dossiers que nous ne pourrions alors plus gérer. C’est une organisation colossale. Nous voulons faire les choses de manière professionnelle, ainsi notre jury, de qualité, est présidé par Jean-Noël Jeanneney [universitaire, historien et homme de radio] et comprend des personnalités telles que [le galeriste] Daniel Lelong.

Quelles sont les ressources de la Fondation ?
J’ai doté la Fondation en ressources financières et en immeubles. Une partie de l’argent a servi à construire le centre d’art et une autre est placée. C’est une condition pour qu’elle soit reconnue d’utilité publique. Nous avons démontré que les ressources de la Fondation étaient suffisantes pour rendre ses objectifs pérennes, aider les artistes contemporains à devenir connus et aider les jeunes démunis à faire des études supérieures. Nous distribuons entre 200 000 et 250 000 euros de bourses chaque année dans les départements de l’Yonne et du Haut-Rhin. Nous ne recevons aucune subvention de l’État et je n’en ai jamais demandée. D’une certaine façon, en France c’est pénalisant. Si j’avais obtenu des fonds des collectivités territoriales ou de l’État, j’aurais rencontré infiniment moins de problèmes administratifs.

Avez-vous un modèle en tête ?
Je n’ai aucun modèle, je n’ai pas rencontré les responsables des autres fondations d’art contemporain. Je suis en dehors du circuit. Je ne fais pas partie de ce milieu. Mon juge de paix, c’est le nombre de visiteurs, de scolaires. Ou nous connaissons un certain succès et nous serons reconnus, ou bien c’est un échec et l’on verra passer une personne par jour. Je construis le seul centre d’art dont on comprend le sens de ce que l’on va voir (en l’occurrence le thème de l’eau) avant d’y entrer. Cela aide beaucoup la démarche pédagogique. La reconnaissance du milieu institutionnel viendra toute seule. A contrario, à quoi sert d’être reconnu si vous n’intéressez pas le public ?

Note

(1) Les lauréats des « Talents contemporains 2012 » : catégorie dessin, Jessie Brennan pour son œuvre The Cut ; catégorie installation, Hicham Berrada pour Arche de Miller-Urey ; catégorie peinture, Claire Chesnier pour Diptyque CCIX-CCVIII ; catégorie photographie, Rahshia Linendoll-Sawyer pour We Are Not Made of Wood ; catégorie sculpture, Valère Costes pour Dark Rain ; catégorie vidéo, Nour Awada pour son œuvre Les Ruisselantes. Le « Talent d’eau 2012 » a été attribué à Mehdi Meddacci pour son œuvre Murs.

Fondation François Schneider, Centre d’art contemporain

Ouverture en septembre, 27, rue de la Première-Armée, 68700 Wattwiller.

Consulter la fiche biographique de François Schneider

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°393 du 7 juin 2013, avec le titre suivant : François Schneider : « Décliner le concept des quatre éléments en Europe »

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