Jeudi 13 décembre 2018

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François Bauchet, le paradoxal

L'ŒIL

Le 1 décembre 2000 - 747 mots

L’exposition de François Bauchet au Musée des Arts décoratifs de Paris va enfin faire découvrir un designer qui, très estimé de ses pairs, n’en est pas moins méconnu du grand public. On a trop tendance à le croire à cheval entre sculpture, art décoratif et design pur parce qu’il fait partie de ces Français qui ont émergé dans les années 80 lorsque Ron Arad faisait une entrée fracassante sur la scène internationale et Szekely pointait le bout de son nez chez Neotu. Bauchet apparaît alors en catimini, sans l’exubérance primitive puis baroque de Garouste et Bonetti
par exemple.

L’exposition de François Bauchet au Musée des Arts décoratifs de Paris va enfin faire découvrir un designer qui, très estimé de ses pairs, n’en est pas moins méconnu du grand public. On a trop tendance à le croire à cheval entre sculpture, art décoratif et design pur parce qu’il fait partie de ces Français qui ont émergé dans les années 80 lorsque Ron Arad faisait une entrée fracassante sur la scène internationale et Szekely pointait le bout de son nez chez Neotu. Bauchet apparaît alors en catimini, sans l’exubérance primitive puis baroque de Garouste et Bonetti par exemple.
Dès ses débuts, Bauchet adopte une démarche pleine de paradoxes qui ne cesse d’étonner. Son premier mobilier, nourri des volumes des minimalistes américains, n’en a ni la conceptualité à tout crin, ni l’indifférente glacialité. On peut tout dire de Bauchet sauf qu’il est froid ! Ce n’est donc pas un hasard si après avoir été d’abord artiste lui-même et très lié au groupe Support/Surface, il intitule sa première chaise en bois laqué en 1981 C’est aussi une chaise. Comment ne pas se référer à l’œuvre de 1965 de Joseph Kossuth One and three chairs où l’artiste américain se livre à une réflexion sur les définitions et les rôles des mots ? Bauchet vient de passer du mot art au mot objet. Cette chaise minimaliste en diable est proche de celle d’un Donald Judd ou d’une chaise hypothétique qu’aurait imaginé Sol LeWitt dans sa période des cubes ouverts des années 60, lui qui disait : « L’œuvre d’art est la manifestation d’une idée. C’est une idée et pas un objet. » Cette chaise de Bauchet, aussi raide qu’elle soit dans sa structure, est néanmoins déjà « enveloppée », policée, sans doute par la « couverture » de ses couches de laque, et délivre une impression de pureté et de douceur. Dans cette période de son travail, Bauchet est déjà attentif à ce que son mobilier en appelle au désir et à l’émotion de l’usager, ce que les Italiens de l’époque nommaient les objets « affectifs ». Son premier paradoxe consiste donc en ce que son meuble est un objet qui pourrait être une sculpture. Ses volumes sont pleins, massifs. Certains ressemblent à des blocs creusés dans la masse (Zénith, 1982). Des meubles sans ornements mais imposants comme un mobilier rituel, comme l’écritoire de 1986 qui se dresse tel un prie-Dieu. Des meubles peu gracieux, qui pourtant ont la grâce : nouveau paradoxe ! La légèreté vient d’une volonté d’ôter le superflu. Denses, ils sont légers. De cette période date le mobilier en granit fait pour le parc du Centre d’Art contemporain de Vassivière. Plus tard, dans les années 90, ses formes semblent se compliquer, les chaises deviennent pour le coup presque graciles. Fines, elles se plissent ou ondulent sur des piètements comme des fils. Parfois il joue avec leurs pieds, pointant sur le déséquilibre, juchant ses chaises comme le corps des anciennes chinoises perchées sur leurs petits pieds bandés comme des sabots. Ou bien il travaille la transparence, comme pour le vase à iris tripode créé au CIRVA. Il renonce à l’épaisseur et introduit la couleur. Plus tard encore, il s’amuse à arrondir ses meubles, à les gonfler, les tapisser, donnant beaucoup dans la volupté des sofas et des poufs, comme en 1997 lors de son exposition chez Neotu qui l’édite depuis le début. Il les humanise encore, leur ajoute des oreilles qui se transforment en poignées, en repose-pieds ou en anses pour le service à café pour Vallauris (1999) d’un jaune ensoleillé. L’invitation à l’utilisation et à l’interprétation devient de plus en plus naturelle, la complicité avec l’usager aussi. François Bauchet est aujourd’hui à la croisée des chemins : son travail est mûr pour être édité pour le plus grand nombre, pour quitter le statut de pièce presque unique, devenu ambigu et obsolète.

PARIS, Musée des Arts décoratifs, 7 décembre-28 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°522 du 1 décembre 2000, avec le titre suivant : François Bauchet, le paradoxal

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