Francfort ville ouverte

Quatrième édition de la biennale Manifesta

Le Journal des Arts

Le 22 janvier 2008

Pour sa quatrième édition, Manifesta investit Francfort. Volontairement qualifiée d’expérimentale, la biennale regroupe une soixantaine d’artistes dans les lieux attendus et inattendus de la ville. La haute place financière devrait pendant deux mois se transformer en laboratoire à ciel ouvert.

Après Rotterdam (1996), Luxembourg (1998) et Ljubljana (2000), la biennale d’art contemporain européenne Manifesta s’est installée dans la ville de Francfort. Avec la complicité des artistes invités, Manifesta 4 entend “employer Francfort comme une sorte de cour de récréation et jouer avec la géographie des lieux”. Dans quelle mesure la manifestation parviendra-t-elle à rendre attrayant ce haut lieu de la finance ? “Manifesta 4 doit être perçue comme un projet dépourvu de frontières thématiques”, précisent Iara Boubnova (fondatrice et directrice de l’Institut d’art contemporain de Sofia), Nuria Enguita Mayo, commissaire en chef de la Fondation Tàpies à Barcelone, et Stéphanie Moisdon Trembley (commissaire indépendante et cofondatrice du Bureau des vidéos à Paris), les trois commissaires en charge de la manifestation. “Nous avons cherché, au cours de nos voyages, à instaurer le plus de contacts possibles avec des gens, des situations et des contextes différents. Grâce à ses nombreux participants, Manifesta 4 se développe tel un processus complexe. Les artistes, les commissaires – en tant que liens – et la ville de Francfort sont les trois vecteurs de la manifestation. Manifesta 4 exprime davantage les différences et les subjectivités qu’elle ne les neutralise.” Une soixantaine d’artistes ont été invités, et, ces derniers mois, s’est déroulée une série de conférences auxquelles ont pris part artistes et critiques d’art. “La première édition de Manifesta en 1996 m’avait plu, surtout parce qu’elle était consacrée exclusivement aux jeunes artistes. De fait, le marché de l’art exerce une pression mineure car les artistes sélectionnés sont en dehors des circuits habituels. La dimension expérimentale (forums et conférences) fait également partie intégrante du projet... Manifesta implique une approche expérimentale”, explique Iara Boubnova.

Pour sa quatrième édition, Manifesta conserve son objectif premier : l’Europe et les jeunes artistes. Un territoire déjà suffisamment vaste, d’autant qu’il est complété cette année par la tenue simultanée de la Documenta de Cassel. “Le fait que les deux événements aient lieu simultanément représente pour le public l’opportunité d’avoir un panorama complet de l’art contemporain, estime Martin Fritz, directeur de Manifesta. Alors que la Documenta fait le point sur le monde de l’art contemporain tous les cinq ans, Manifesta se limite plus modestement à l’Europe, de Porto à Moscou, en passant par Istanbul et Reykjavik.” Mais en choisissant Francfort, alors que Varsovie était sur les rangs, nul doute que Manifesta a fait le choix d’un confort géographique et financier pour une biennale encore jeune. Raisonnable, le budget de la manifestation atteint 2,1 millions d’euros, dont 1,6 a été attribué par la ville et des partenaires privés. Mais Francfort fournit aussi l’espace physique de l’exposition : “Manifesta 4, poursuivent les commissaires, veut laisser des traces et des parcours dans la ville, de sorte à révéler les contradictions présentes, à travers les tentatives des artistes, à redéfinir les relations classiques avec l’espace, dans l’habitat, dans le voyage ou la mobilité, dans l’exil, le langage, la traduction, la conscience et la mémoire.” La topographie de l’exposition se mêle à celle de la ville et suggère une déambulation du Portikus à la Städelschule, en passant par la Frankfurter Kunstverein et le Frankensteiner Hof. Dans cet édifice industriel, qui abritait autrefois une installation de drainage des eaux, une vingtaine d’artistes occupe l’espace au hasard des machines abandonnées. Là figurent Massimo Bartolini, le groupe Finger, Monika Sosnowska et Sancho Silva.

Que ce soit à l’extérieur de la Schirn Kunsthalle ou dans divers lieux historiques de Francfort, les espaces publics se transforment également en lieux d’expérimentation. Dans le port, objet de nombreux débats urbanistiques, Gianni Motti et Jasper van den Brink mettent en place leurs installations, tandis que Takehito Koganezawa et Jon Mikel Euba se sont approprié quelques stations du métro. Mais pendant Manifesta, même la vénérable Kunstverein se transforme en laboratoire. Recueillis par les commissaires lors de leurs recherches, près de 700 “books” d’artistes seront mis à la disposition du public. En outre y seront exposés les travaux de Christoph Fink, Bleda & Rosa, Olivier Bardin, Pia Rönicke et Jeanne Faust. Les plus assidus pourront, eux, se brancher sur les ondes. Pendant la durée de la manifestation, Hr 2 Radio et Hr Tv ouvriront leurs grilles de programmes à Davide Grassi, Pia Greschner, Lyudmila Gorlova, Liga Marcinkevica, Olivier Nottellet, Ivan Moudov, Erzen Shkololli ou encore Artur Zmijewski.

- MANIFESTA, BIENNALE EUROPÉENNE D’ART CONTEMPORAIN, du 25 mai au 25 août, Francfort, tél. 49 69 40 58 95-800, tlj de 11h à 19h, www.manifesta.de

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°150 du 31 mai 2002, avec le titre suivant : Francfort ville ouverte

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