Dimanche 25 février 2018

Fête aux Tuileries

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2008

La FIAC poursuit son développement « hors les murs » en installant des œuvres dans le jardin des Tuileries.

Attention ! La Favela (2008) détonnante de l’Atelier Van Lieshout, construction précaire en matériaux organiques, prend place dans le très chic jardin des Tuileries. Au-delà du décalage entre les atmosphères et les univers, cette installation, présentée par la galerie Jousse Entreprise (Paris), annonce le retour de la sculpture contemporaine dans le parc pendant la FIAC, à quelques encablures de la Cour carrée du Louvre. À défaut de fête foraine en cette période automnale, c’est un autre type d’attraction qui captera les regards des amateurs, des promeneurs et des curieux.
Choisis par les commissaires de la FIAC ainsi que par Henri Loyrette, président-directeur du Louvre, et Marie-Laure Bernadac, chargée de l’art contemporain au musée, les dix-sept projets conçus par dix-huit artistes, dont certains spécifiquement pour l’occasion, offrent un parcours inattendu et tonique où prévaut une grande diversité. Un tel contexte est propice à l’insertion de sculptures de grande dimension. À ce jeu-là, Richard Deacon sait se montrer agile. Par l’entremise de la galerie Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg), il installe deux sculptures monumentales mais nullement écrasantes, de la série des Infinity (#17 et #29, 2006). Des œuvres qui procèdent de l’assemblage de pièces en acier inoxydable martelé et présentent des formes très organiques, mêlant propriétés artisanales et industrielles.

Brume mystérieuse
Alors que la Galerie Lelong (Paris) convie sur une pelouse une femme allongée en bronze de Kiki Smith qui semble défier la gravité (Reclining Nude, 2005), Étienne Bossut invite les vaches, ou quiconque le souhaite, à venir s’abreuver dans un moulage de baignoire (Pour les Vaches (2008) ; galerie Chez Valentin, Paris).
Étonnant, Vincent Beaurin, via la galerie Frédéric Giroux (Paris), s’est inspiré des Chevaux de Marly de la place de la Concorde pour composer deux sculptures posées sur un socle dont la hauteur totalise 5 mètres (Marlydes, 2008). Ses formes hybrides et étranges, a priori animales mais dénuées d’orifices, jouent avec le regard et la réception. Quant à l’Allemande Katja Strunz, c’est à un imposant pliage en acier laqué de couleurs vives (Trauma, 2008) – proposé par la galerie Almine Rech (Paris, Bruxelles) –, qu’elle confronte le passant.
Les questions d’espace public et de sphère privée préoccupent beaucoup d’artistes, notamment ceux que l’on peut qualifier d’« historiques ». Grâce à Hauser & Wirth (Zurich, Londres), Dan Graham pose dans le jardin un nouveau pavillon en verre. Alors que Michelangelo Pistoletto réinstalle Spazio Libero (1999), une cage monumentale et dépourvue d’entrée (galeries Luhring Augustine [New York], Christian Stein [Milan] et Simon Lee [Londres]). Accoutumé aux actions dans l’espace public, le jeune Allemand Leopold Kessler, avec Lombard-Freid Projects (New York), présente une machine à faire briller les chaussures d’un nouveau genre (Volks-shoeshinemachine, 2008). Ludique, la Maison, Tableau (2008) de Véronique Joumard propose une belle forme d’interaction avec le public. Son pavillon couvert de peinture à tableau noir permet à chacun, muni de craies, de venir écrire, dessiner et effacer sur les murs et le toit de la bâtisse (galerie cent8-serge le borgne, Paris). Marqué par un contexte politique tendu, le Jardin suspendu (2008) de Mona Hatoum, sous la houlette de la galerie Chantal Crousel (Paris), est formé de sacs de jute remplis de terre et entassés à la façon d’une barricade, sur lesquels poussent de l’herbe et des fleurs.
Fragile et éphémère est le brouillard de l’artiste belge Leo Copers (Mist, 1977-2007), présenté par la galerie Nadja Vilenne (Liège). Sa brume mystérieuse est empreinte d’une forme de poésie belge aux accents « surréels ». Une proposition qui s’accomode bien de celle de Tadashi Kawamata, lequel parsème le jardin de sept cabanes en bois de récupération, à la fois solides et fragiles, accrochées aux arbres (Tree Huts, 2008 ; galerie Kamel Mennour [Paris] et Annely Juda Fine Arts [Londres]). Suspendu également est l’avion gonflé à l’hélium d’Aleksandra Mir, que sa faible distance par rapport au sol laisse imaginer en phase d’atterrissage (Plane Landing, 2008 ; galerie Laurent Godin, Paris). Véhicule irréel, le Mason Massacre (2008) de Dewar & Gicquel, exposé par la galerie Loevenbruck (Paris), voit un bloc de marbre constitué telle la collision potentielle d’une Ferrari et d’une palourde géante, finement taillées d’un côté et laissées brutes de l’autre : irrésistible !
Enfin, spectaculaire est la serre en acier et verre style XIXe siècle de Mark Dion. Proposée par In Situ-Fabienne Leclerc (Paris), elle contient des présentoirs où sont posés des gâteaux en résine colorée attirant des insectes (Confectionary Conservatory for Tuileries Garden, 2008). L’artiste manie ici des préoccupations écologiques actuelles en tenant compte avec acuité du cadre dans lequel s’insère sa réflexion.

Sculptures contemporaines

Présentées du 23 au 26 octobre au jardin des Tuileries ; ouvert tous les jours de 7h30 à 19h30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°289 du 17 octobre 2008, avec le titre suivant : Fête aux Tuileries

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