Dimanche 23 février 2020

Décès - Un Noël sans trêve

Ellsworth Kelly, Alain Jouffroy et les autres

Funeste, la fin d’année 2015 a enregistré la mort de nombreuses figures majeures du monde de l’art

Par Colin Lemoine · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2016 - 500 mots

La fin de l’année 2015 a été endeuillée par la disparition de nombreuses figures de l’art. Les artistes Eugène Dodeigne (92 ans), Ellsworth Kelly (92 ans), Jean-Luc Vilmouth (63 ans) et Piet Moget (87 ans) se sont éteints. Le critique d’art Alain Jouffroy, qui avait donné l’un de ses premiers articles à L’œil a également disparu à l’âge de 87 ans.

Né en 1952, le sculpteur Jean-Luc Vilmouth (1) est mort dans son sommeil. Ses installations, qui consistent à « augmenter le réel » par des changements d’échelle, des détournements du sens et autres altérations de la valeur d’usage, bousculaient nos représentations, mentales et spatiales, et avaient conquis les plus grandes institutions internationales, du Centre Pompidou – où son Café Little Boy accueille les visiteurs depuis 2004 – au MoMA en passant par le Palais de Tokyo. Le professeur engagé de l’École des beaux-arts de Grenoble, puis de Paris, forma quantité d’élèves, parmi lesquels Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Joseph (2) et Philippe Parreno.

Autre sculpteur, Eugène Dodeigne, s’est éteint à l’âge de 92 ans. Héritier du fauteuil d’Étienne Martin à l’Académie des beaux-arts, il commença sa carrière auprès de Gimond et la poursuivit sous le signe de Brancusi et de Richier. Ses œuvres, comme arrachées à la pierre, peuplent les plus grands musées du monde, à l’image de celles de son exact contemporain, Ellsworth Kelly, né comme lui en 1923 et décédé trois jours plus tard. Peintre et sculpteur américain, Kelly admirait Matisse, fréquenta Arp et approcha Brancusi : cette triade justifie seule son amour de la couleur, sa passion pour la forme pure et son exploration des surfaces. Héraut du minimalisme, il fut un « ami fidèle de la France », ce que rappellent Fleur Pellerin dans son communiqué ainsi que sa dernière œuvre d’envergure (Spectrum VIII, 2014), réservée à l’auditorium de la Fondation Louis Vuitton.

Il s’en fallut de peu, assurément, pour que Kelly ne fût exposé, avec ses compatriotes Carl Andre et Sol LeWitt, au Lieu d’art contemporain (LAC), cette belle institution culturelle fondée à Sigean, près de Narbonne, par Piet Moget, disparu le 13 décembre à l’âge de 87 ans. Peintre hollandais, sorte d’« impressionniste abstrait », Piet Moget avait confié à l’Aude ses obsessions artistiques et spirituelles ainsi que sa collection, tout à la fois prestigieuse et inspirée.

Également venu au monde en 1928, Alain Jouffroy était l’un des derniers poètes, surréalistes et enragés. Proche de Breton, de Brauner et de Michaux, admirateur de Duchamp et de Matta, il avait consacré à ceux-ci des textes admirables, publiés notamment dans L’œil ou les Lettres françaises. Réalisateur, Jouffroy savait se souvenir de Nietzsche et de Rimbaud, ses idoles crépusculaires. Avec sa mort, survenue dans sa quatre-vingt-huitième année, s’éteint une époque, laquelle se distinguait par sa haine des genres, des hiérarchies et des étiquettes.

Erratum

(1) Dans la version papier du JdA, nous avions par inadvertance écrit qu'il s'agissait de Jean-Michel au lieu de Jean-Luc Vilmouth.
(2) Et c'est Pierre Joseph et non Pierre Huyghe qui fut un de ses élèves.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°448 du 8 janvier 2016, avec le titre suivant : Ellsworth Kelly, Alain Jouffroy et les autres

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