Paris

Églises en danger

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2013 - 554 mots

Le World Monuments Fund a inscrit deux lieux de culte parisiens dans la liste du patrimoine culturel mondial menacé pour l’année 2014.

PARIS.   Le 8 octobre 2013, l’ONG états-unienne World Monuments Fund (WMF, Fonds mondial pour les monuments) a dévoilé, comme tous les deux ans, une sélection de sites à protéger en raison des cataclysmes naturels, des conflits politiques, des manques de financement ou des pressions économiques. Sur les 67 monuments composant la liste « 2014 World Monuments Watch » – qui a vocation à sensibiliser responsables, médias et public à la protection du patrimoine en péril – apparaissent deux églises appartenant à la Ville de Paris, ornées de peintures murales du XIXe siècle et classées monument historique. Il s’agit de la néoclassique Notre-Dame-de-Lorette (dans le 9e arrondissement), construite entre 1824 et 1836, et de la gothique flamboyante Saint-Merri (4e arr.), bâtie au XVIe siècle et restaurée au XIXe siècle.

« Ces deux bâtiments sont dans une situation de conservation extrêmement critique », déclare Bertrand du Vignaud, président du WMF Europe basé à Paris. Depuis plusieurs années, la façade de la très touristique église Saint-Merri, qui jouxte le Centre Pompidou, est recouverte d’un filet destiné à protéger les passants des chutes de pierres. À l’intérieur, les peintures, très détériorées par des infiltrations et l’encrassement, se détruisent progressivement.

Malgré une réfection des toitures – qui n’a pas été faite à Saint-Merri –, l’église Notre-Dame-de-Lorette cumule les dégradations : humidité, soutien par le biais d’étais en raison d’un vieil incendie, fissures créées par les mouvements du bâtiment liées aux vibrations du métro… Depuis plusieurs années, des pansements de papier japon empêchent çà et là la matière picturale des peintures de tomber. Les deux églises ont bénéficié de restauration à dose homéopathique concernant : la partie haute de la façade en 2005 et deux vitraux pour Saint-Merri en 2012 et le cul-de-four du chœur de Notre-Dame-de-Lorette représentant Le Couronnement de la Vierge de François Picot en juillet 2013.

Pré-études de restauration
Selon Marie Monfort, directrice de la conservation des œuvres d’art religieuses et civiles de la Ville, la restauration de la façade de Saint-Merri débutera en novembre. À Notre-Dame-de-Lorette, une pré-étude pour la restauration de deux chapelles commencera en janvier 2014, tandis qu’une étude sur la stabilité du bâtiment devrait être rendue en 2014. La restauration de la coupole, elle, est prête à commencer, dans la poursuite de la restauration du chœur. Un chantier que la Ville, propriétaire de 96 édifices affectés au culte, n’a pourtant pas l’intention de financer.

Les crédits sont en effet à la baisse : « 90 millions durant la première mandature Delanoë, 55 millions durant la seconde jusqu’à aujourd’hui », selon Catherine Hubault, sous-directrice du patrimoine et de l’histoire à la direction des affaires culturelles de la Ville, qui évoque un budget annuel de 10 à 11 millions d’euros pour l’entretien des lieux de culte parisiens depuis 2008. La restauration de la seule tour Nord de Saint-Sulpice a nécessité 28 millions d’euros.

Aussi la municipalité a-t-elle soutenu discrètement la candidature – déposée par l’association de sauvegarde de l’église créée en 2012 – de Notre-Dame-de-Lorette à la « 2014 World Monument Watch ». Si l’ONG le décide lors d’une prochaine délibération, la restauration de la coupole et de deux chapelles, estimée à 800 000 euros, pourra bénéficier d’une levée de fonds privés internationaux.

Légende photo

Église Notre-Dame de Lorette - © Photo Benchaum - ANNEE - Licence CC BY-SA 3.0 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°399 du 18 octobre 2013, avec le titre suivant : Églises en danger

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