Mercredi 24 octobre 2018

Économie des musées, deux salons pour un marché bien établi

La bonne santé du Sitem et de Museum Connections, qui réunissent chaque année depuis
le milieu des années 1990 les prestataires de musées, témoigne d’un marché en croissance.

PARIS - « Ils sont tous passés ! » Selon les organisateurs du Sitem (Salon international des musées, des lieux de culture et de tourisme) et de Museum Connections, les deux principaux salons réunissant les prestataires de services aux musées en France, toutes les grandes institutions ont envoyé au moins un représentant pour en sillonner les allées. Aux Docks, Cité de la mode et du design du 10 au 12 janvier (Sitem) comme porte de Versailles deux semaines plus tard (Museum Connections), entre 2 500 et 3 000 visiteurs ont été comptabilisés, tous professionnels de musées, parcs et lieux touristiques.

Chacun des salons accueillait entre 150 et  250 exposants (*), proposant tous les services et produits concourant au fonctionnement quotidien des musées, de la fabrication des éléments de scénographie aux dernières applications d’aide à la visite. Des conférences ont animé ces événements, sur des thématiques comparables : modèle économique des musées, nouvelles formes de médiation, perfectionnement de l’étude des publics. Avec une fréquentation en hausse en 2017, les deux salons ont déjà annoncé leur tenue en 2018.

Le tournant technologique
De quand date la naissance de ce marché apparemment bien portant ? Museum Connections, créé en 1994, a longtemps été exclusivement dévolu aux boutiques de musées. C’était alors un salon des produits dérivés de musées, dont le poids économique a crû régulièrement (lire le JdA no 436, 22 mai 2015). En 2015, il a amorcé un virage stratégique : si la moitié du salon de la porte de Versailles reste consacrée aux articles de boutiques de musée (textile, vaisselle, affiches, jeux), l’autre moitié s’est tournée vers les entreprises liées au cœur de métier du musée, celles que le Sitem a réuni depuis 2000. Le Sitem a d’abord concerné les techniciens (scénographes, concepteurs de vitrines ou de lumières) et spécialistes de la médiation en milieu muséal. Il a été le seul, durant une quinzaine d’années, à rassembler dans un même lieu les ébénistes, les grands fabricants étrangers de vitres antireflet ou les détecteurs d’insectes ou d’humidité dans les réserves, mais aussi les agences de communication spécialistes du champ culturel et touristique. Puis il s’est étendu à certaines entreprises clés du marché de l’art (les transporteurs) ou des métiers scientifiques, quand le tournant technologique a incité les conservateurs à intégrer des nouveaux logiciels d’archivage et de conservation.

Les deux salons ont pour point commun de proposer aujourd’hui un grand nombre de prestations liées aux nouvelles technologies : réalité augmentée, lunettes 3D, et tous outils de médiation et de fidélisation liés aux téléphones et aux tablettes, des audioguides géolocalisés aux animations à destination du jeune public.

Aux États-Unis, c’est le salon nord-américain itinérant « Museum and the Web » qui fait figure de référence sur le plan mondial pour l’innovation technologique au service des lieux culturels. Néanmoins, les exposants étrangers (15 % à 40 % selon les éditions des dernières années) restent plus nombreux que les visiteurs étrangers (10 % à 30 %), confirmant que le marché hexagonal alimente à lui seul une économie significative.

Note - Mise à jour 16 février 2017

(*) Lors de la parution de l'article, il était précisé par erreur que seuls 150 exposants étaient accueillis.

Un marché difficile à chiffrer

Dans la comptabilité des grands établissements, les marchés passés avec les start-up et PME du secteur apparaissent dans les lignes des concessions (achats pour les boutiques) et des investissements (travaux d’aménagement, logiciels d’étude des publics) autant que dans celles du fonctionnement (fabrication de scénographies et médiations propres à chaque exposition). Tout juste peut-on déduire des rapports d’activité que les achats se comptent en millions d’euros pour les grands opérateurs, un budget nettement inférieur pour les centaines de petits parcs et musées de France. À titre d’exemple, Paris Musées a réalisé près de 350 appels d’offres publics en 2015 pour ses 14 sites, chiffre qui n’inclut pas tous les marchés à bon de commande (un appel d’offres public en bonne et due forme est nécessaire pour toute commande supérieure à 25 000 euros). La Réunion des musées nationaux — notamment pour ses boutiques — et d’autres grands musées affichent des chiffres comparables ou supérieurs. L’expansion de ce marché est notamment due à l’externalisation de plusieurs métiers, dans une logique de rationalisation des coûts.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°473 du 17 février 2017, avec le titre suivant : Économie des musées, deux salons pour un marché bien établi

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