Samedi 21 septembre 2019

Mécénat

Des métiers de la culture pour tous

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 28 février 2012 - 714 mots

PARIS [02.03.12] - Depuis cinq ans, la Fondation Culture et Diversité facilite l’entrée des élèves des zones prioritaires dans les grandes écoles culturelles.

Comme tous les ans pendant les vacances d’hiver, du 20 au 25 février, 25 lycéens venus des quatre coins de la France ont essuyé les bancs de la prestigieuse École nationale supérieure de création industrielle (Ensci). Dans quel but ? Suivre une semaine de stage intensif, alternant cours d’écriture, de projet, de dessin d’après le modèle vivant mais aussi de culture générale, le tout ponctué de visites de musées ; cela afin d’être prêts à passer, au printemps prochain, leur concours d’entrée dans une école d’art. D’autres lycéens auront pris place, de la même manière, dans les amphithéâtres de l’École du Louvre, de la Fémis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son) ou encore de l’École nationale supérieure d’architecture de Marne-la Vallée. Depuis 2006, la Fondation Culture et Diversité poursuit en effet une mission bien spécifique : donner la possibilité à des lycéens scolarisés dans des établissements classés en zone d’éducation prioritaire d’accéder aux études supérieures formant aux métiers du secteur culturel. Avec quelques ramifications récentes, comme ce programme développé pour aider des étudiants méritants à intégrer l’Institut national du patrimoine (INP), ou cet autre, destiné à permettre à de jeunes diplômés des écoles d’arts appliqués d’acquérir une expérience professionnelle dans le secteur des métiers d’art à l’étranger.

La méthode, désormais bien rodée, est toujours similaire. Les impétrants sont repérés, via les enseignants des lycées partenaires, en fonction de leurs résultats scolaires mais aussi de leur motivation. Un jury se charge ensuite de la sélection pour l’accès aux stages. Cette action en faveur de « l’égalité des chances », inspirée de la politique mise en œuvre à Sciences Po dès 2003, constitue l’un des deux axes de la Fondation Culture et Diversité qui promeut par ailleurs des programmes de sensibilisation artistique dans les écoles, menés en partenariat avec des institutions culturelles comme La Source de Gérard Garouste, le Théâtre du Rond-Point, le Bal ou encore l’Orchestre Colonne. Créée en 2006 par Marc Ladreit de Lacharrière, PDG de la holding financière Fimalac, Grand mécène du Louvre et président du conseil d’administration de l’agence France Museums, cette structure opératrice a été confortablement dotée, avec un capital de près de 15 millions d’euros, abondés tous les ans par la part variable de la rémunération de son fondateur – soit, bon an mal an, près de 1 million d’euros. De quoi permettre à la Fondation de bénéficier d’un budget annuel d’environ 1,4 million d’euros.

Un bilan prometteur
Cinq années après son lancement, un premier bilan peut d’ores et déjà être établi. Quatorze programmes ont ainsi été lancés, en partenariat avec les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture pour des résultats plus que satisfaisants. En 2010, le taux de réussite des stagiaires au concours de l’École de Louvre a atteint 19,5 %, contre 16,4 % de moyenne nationale, atteignant jusqu’à 55 % à l’entrée dans les écoles d’architecture quand le taux moyen d’admission est de 11 %. Cela alors que plus de 4 600 élèves ont été sensibilisés à ces formations, car « la première des discriminations est l’accès à l’information » relève Éléonore de Lacharrière, déléguée générale de la Fondation – et fille du président de Fimalac. Au-delà des chiffres, celle-ci se réjouit déjà de cette possibilité de « réajuster les préjugés », la plupart des écoles, notamment l’École du Louvre, étant auparavant totalement inconnues des lycéens sensibilisés. La fondation ne se satisfait toutefois pas de cette réussite aux concours. Une fois admis dans les écoles, les élèves bénéficient d’un environnement spécifique, par le biais de bourses – 180 000 euros ont déjà été distribués – mais aussi d’aides à l’achat de matériel ou à l’obtention d’un logement, des places ayant notamment été négociées dans la très prisée Cité internationale universitaire de Paris. La fondation organise également tutorat et monitorat, distribue des places de spectacles mais aide aussi à décrocher stages et jobs d’étudiants, grâce notamment à des établissements partenaires, tels que le Musée Orsay. Demeure encore une seule inconnue, qui ne se mesurera que dans quelques années : l’insertion professionnelle de ces anciens stagiaires. Mais, en œuvrant au renouvellement du profil des étudiants d’écoles où se trouvaient auparavant une grande majorité d’enfants de cadres supérieurs, le pari n’est-il pas déjà réussi ?

Légende photo :

Stage égalité des chances en Écoles nationales supérieures d'architecture (Ensa) 2009-2010, à l'Ensa de Paris Val-de-Seine. © Photo : Antoine Chapuisat.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°364 du 2 mars 2012, avec le titre suivant : Des métiers de la culture pour tous

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