Des loups dans la bergerie ?

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 19 juillet 2007

L’achat par Sotheby’s de la galerie Robert Noortman (Maastricht) en juin 2006 avait suscité une « bronca » de la part du négoce. Les marchands redoutaient alors la présence déguisée de l’auctioneer sur Tefaf. Une sanction à l’encontre du fondateur de la foire étant impensable, la direction dut composer avec cette situation délicate. En acceptant la présence de Noortman, les organisateurs n’imaginaient pas que Christie’s revendiquerait elle aussi un stand. « Nous craignions que Christie’s organise des événements parallèles à la foire, ce qui nous aurait été préjudiciable, indique le marchand Ben Janssens. C’est préférable de l’avoir à l’intérieur de la foire, avec nos règles. »

Alors que la galerie Noortman existe depuis trente ans, la société écran baptisée King Street Fine Art est sortie de la pochette-surprise de Christie’s en octobre dernier. Le marchand Konrad Bernheimer précise que ces deux sociétés « ne pourront pas montrer de catalogues de ventes, ni d’objets devant passer en vente. Elles ne doivent pas non plus avoir une équipe issue de la salle de ventes. » Première entorse, puisque l’écurie de François Pinault missionne deux de ses employés, Jennifer Vorbach, représentante de la maison à Genève, et Alan Wintermute, responsable des ventes privées de Christie’s pour les tableaux anciens. « Nous ne pouvons pas attendre d’eux qu’ils engagent des gens juste pour la durée de la foire, module Ben Janssens. Ils peuvent avoir des employés de la maison de vente, du moment qu’ils n’ont pas leurs chefs de départements ou des experts renommés. » Ces deux exposants d’un nouveau genre seront installés en vis-à-vis dans un couloir parallèle à l’artère centrale. Noortman, qui cède son emplacement très convoité à Richard Green (Londres), occupera le stand échu l’an dernier à Matthiesen Gallery (Londres).

Pour Konrad Bernheimer, la présence de King Street Fine Art sera rediscutée chaque année au même titre que celle de tous les autres candidats. Mais, soyons réalistes, tant que Noortman sera de la fête, Christie’s le sera aussi. Reste d’ailleurs à voir si Sotheby’s maintiendra son contrat avec la galerie néerlandaise avec le décès en janvier de son fondateur. Selon les termes de l’accord, le marchand devait être employé de la maison de ventes pour une durée de sept ans. Enfin, l’arrivée à Tefaf des auctioneers pourrait conduire d’autres maisons, comme Phillips de Pury & Company, à exiger le même sésame. Une fois la brèche ouverte, difficile d’endiguer le mouvement.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°254 du 2 mars 2007, avec le titre suivant : Des loups dans la bergerie ?

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