Des journées attendues

Les métiers d’art au centre de toutes les attentions

Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2008

Destinée à mieux faire connaître les métiers d’art, en particulier auprès des jeunes, la première édition des Journées
des métiers d’art (JMA) propose de
multiples manifestations à Paris et en régions, du 29 novembre au 1er décembre. Organisées par le secrétariat d’État aux PME, au Commerce, à l’Artisanat et aux Professions libérales, ces Journées mettront en lumière quelque deux cent cinquante métiers répartis en trois grands secteurs : tradition, création et conservation du patrimoine.

PARIS. Durant trois jours, à Paris et dans une vingtaine de régions, plus de 3 000 artisans d’art ouvriront les portes de leurs ateliers et dévoileront, à travers expositions et démonstrations, l’excellence de savoir-faire parfois séculaires (lire encadré). Organisée à l’initiative du secrétariat d’État aux PME (Petites et Moyennes entreprises), en collaboration avec les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, la délégation à l’Aménagement du territoire et à l’Action régionale (Datar), ainsi que le Fonds national de promotion et de communication de l’artisanat (FNPCA), et coordonnée par la Société d’encouragement aux métiers d’art (Sema), cette manifestation vise à montrer la richesse et la diversité de ces métiers, dont la sauvegarde apparaît à certains égards menacée. En France comme dans nombre de pays européens, plusieurs facteurs viennent en effet fragiliser la conservation de ces savoirs : image anachronique du travail manuel en ce début du XXIe siècle, débouchés économiques fragiles, coût de la main-d’œuvre, délocalisation de certaines productions, standardisation à outrance… “Nous souffrons par ailleurs d’un manque de visibilité, dû notamment au fait que les métiers d’art ne sont pas répertoriés à l’Insee de manière précise”, souligne Bernard Poncin, directeur de la chambre syndicale des céramistes et ateliers d’art de France. En l’absence de nomenclature établie, comment définir les métiers d’art ? Trois critères sont habituellement retenus pour caractériser ce secteur : un ensemble de savoir-faire complexes, souvent longs à acquérir, fondés sur une transformation de la matière ; une production d’objets uniques, ou du moins de petite série, qui présentent un caractère artistique. Enfin, une maîtrise du métier dans sa globalité (ce qui exclut une trop grande parcellisation des tâches). D’autres éléments peuvent également être pris en compte, comme la nature juridique ou la dimension de l’entreprise, laquelle est généralement de statut artisanal et de très petite taille (TPE de moins de dix salariés). Toutefois, des professionnels exerçant sous d’autres statuts (en particulier les artistes), ou des PME, à l’image des “industries du luxe”, relèvent également des métiers d’art. La complexité de leur délimitation pose problème dès lors qu’on tente d’évaluer le poids économique de ces métiers. Pour y parvenir, le ministère de l’Économie et des Finances a choisi d’analyser en 2001 un “noyau central” regroupant, selon des critères reconnus parfois arbitraires, 147 professions dans les familles de la bijouterie-orfèvrerie-joaillerie, de la facture instrumentale, des arts graphiques, du bois, cuir, métal, verre, textile, ainsi que des métiers de tradition. Si ce premier bilan chiffré souffre de manques (les activités liées au bâtiment, notamment, n’ont pas été prises en compte), il fournit néanmoins des indications précieuses : les métiers d’art comptent ainsi quelque 18 000 entreprises et plus de 30 000 actifs (pour trois quarts des d’hommes) – un nombre en nette progression depuis 1982 ( 36 % pour les artisans d’art) –, essentiellement présents en Île-de-France (un quart des métiers d’art), Provence-Alpes-Côte d’Azur (12,6 %) et Rhône-Alpes (10 %). Représentant un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros pour le seul “noyau central” (et plus de 17 milliards pour les métiers d’art au sens large), ce secteur est particulièrement prospère dans les domaines de la bijouterie-orfèvrerie-joaillerie (avec plus d’un tiers des recettes totales), des arts graphiques, du bois et du cuir, qui sont aussi ceux qui regroupent le plus grand nombre d’entreprises. La vitalité des métiers d’art transparaît également dans leur fort potentiel à l’exportation : en 1999, les entreprises concernées ont exporté pour 321 millions d’euros, soit 10 % de leur chiffre d’affaires (cette part à l’export atteint notamment 34 % pour les métiers de la tradition).

Les jeunes, cible des JMA
Cette étude a aussi le mérite de montrer le dynamisme économique et l’attractivité des métiers d’art, à l’heure où ce secteur souffre d’un déficit d’image, en particulier auprès des jeunes. “Nos métiers, considérés à tort comme exclusivement manuels alors que ce sont des métiers de l’intelligence de la main, pâtissent d’un manque de valorisation, lequel peut à son tour générer une pénurie de main-d’œuvre”, commente Jean-Jacques Marquis, ferronnier d’art près de Lille. L’artisan, qui connaît des difficultés de recrutement, parle en connaissance de cause. L’un des premiers objectifs des Journées coordonnées par la Sema est d’ailleurs la sensibilisation des scolaires, qui méconnaissent trop souvent les possibilités offertes par les filières de formation aux métiers d’art. Le premier jour de la manifestation, qui s’accompagne d’opérations Portes ouvertes en lycées professionnels et écoles d’art, leur est plus particulièrement dédié. Expositions, colloques et animations mettront pour leur part en lumière la diversité de l’artisanat d’art, la richesse de ses traditions locales, de ses créations et de ses innovations.

Les Journées des métiers d’art, 29 novembre au 1er décembre, tél. 01 49 28 02 02, www.metiersdart-artisanat.com

Un florilège de manifestations

Durant les Journées des métiers d’art, dix-huit régions proposent de multiples expositions et animations, dont nous vous proposons une sélection. ALSACE : exposition d’artisans d’art spécialisés en facture instrumentale (Mulhouse). AQUITAINE : découverte du métier de “relieur doreur”? (Périgueux). AUVERGNE : exposition de costumes datant du Moyen Âge à nos jours (Moulins) ; Yves Guyot, créateur de cadrans solaires (Thiers). BASSE-NORMANDIE : les techniques du vitrail et les métiers du verre (Saint-James). CENTRE : Catherine Grimaldi, designer et sculpteur (Bourges) ; rencontre d’artisans spécialisés en ferronnerie traditionnelle (Dun-sur-Auron). CHAMPAGNE-ARDENNE : démonstrations de taille de pierre et de travail de la poterie (Marolles-sous-Lignières). FRANCHE-COMTÉ : Geneviève Cailleteau, spécialisée dans les parures de perles (Besançon). HAUTE-NORMANDIE : ferronnerie contemporaine au Musée Le-Secq-des-Tournelles (Rouen). ÎLE-DE-FRANCE : Assises départementales des métiers d’art (Saint-Maur) ; expositions “L’art de la soie”? et “Lumière de laque”? au Musée Carnavalet (Paris) ; ouverture d’une centaine d’ateliers (Paris). LANGUEDOC-ROUSSILLON : exposition de céramiques du pourtour méditerranéen (Saint-Quentin-la-Poterie). LIMOUSIN : visite du Centre de recherche sur les Arts du feu et de la terre (Limoges). LORRAINE : les “Trésors de Baccarat”? au Musée Baccarat ; Yves Pagart, créateur de meubles-sculptures en acier (Commercy). MIDI-PYRÉNÉES : visite d’une fabrique de peignes en corne (Olmes). NORD-PAS-DE-CALAIS : animations autour d’anciens métiers à tisser à la Manufacture des Flandres-Musée du Jacquard (Roubaix) ; céramiques contemporaines à la Maison de la faïence (Desvres). PAYS-DE-LA-LOIRE : visite de l’Institut supérieur de l’enluminure et du manuscrit d’Angers ; Atelier de la girouetterie du Coudray-Macouard. PICARDIE : Mme Valette, peintre en décors à la chapelle Saint-Romain (Poix-de-Picardie). POITOU-CHARENTES : colloque “Sites, métiers d’art et développement territorial”? (Celles-sur-Belle) ; “Les Fil’amantes”?, premier salon régional des métiers d’art du textile (Niort). PROVENCE-ALPES-CÔTE D’AZUR : “L’art santonnier”? à Marseille. RHÔNE-ALPES : salon Artisa, réunissant 250 artisans (Grenoble) ; le “Design de mode des années 1980 à nos jours”? (Saint-Étienne).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°159 du 22 novembre 2002, avec le titre suivant : Des journées attendues

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