Des commandes olympiques

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 30 juin 2000

Le monde entier aura les yeux tournés vers Sydney du 15 septembre au 1er octobre pour les XXVIIe Jeux olympiques. La majeure partie des disciplines aura lieu au Sydney Olympic Park situé à 14 kilomètres à l’ouest du centre de la ville, à Homebush Bay. Pour l’occasion, douze œuvres ont été commandées à des artistes et réparties sur cet espace de 420 hectares.

Le site des Jeux olympiques de Sydney sera le plus grand jamais réalisé, puisqu’il regroupera aussi bien les installations sportives (stade olympique de 110 000 places, centre aquatique, Sydney SuperDome…) que le village olympique. Face au coût total du projet (4 milliards de dollars australiens, soit 16,3 milliards de francs), des commandes publiques passées à des artistes ont bénéficié d’un budget de 7,5 millions (30,6 millions de francs) apportés par l’Autorité de coordination olympique, et complétés par une contribution du gouvernement pour des grandes pièces destinées au Stadium Australia et au Sydney SuperDome.

Douze œuvres sont ou seront installées sur le site, en privilégiant des projets in situ plutôt que l’installation d’œuvres “ready made”, comme aime à le souligner Anne Loxley, directrice du programme d’art public. Pour chacun des sites, quatre à six artistes ont été invités à proposer des projets, avec une répartition d’environ un tiers d’étrangers et deux tiers d’Australiens, avant qu’un jury présidé par Leon Paroissien, ancien directeur du Musée d’art contemporain de Sydney et commissaire de la Biennale de Sydney 1984, ne choisisse les lauréats. Daniel Buren et Vito Acconci ont ainsi réfléchi à un aménagement des abords du Stadium Australia, même si ce sont finalement les Australiens David Chesworth et Sonia Leber qui y ont réalisé une remarquable œuvre sonore, 5,000 Calls, conçue à partir de bruits émis par le corps humain pendant l’effort. Au-dessus de deux entrées du stade, le Néo-Zélandais Neil Dawson, qui avait par exemple participé en 1989 à l’exposition “les Magiciens de la Terre”, a installé Feathers and Skies, deux sculptures de 21 mètres de diamètre inspirées des oiseaux vivant à Homebush Bay. Le New-Yorkais James Carpenter a conçu pour le nord du site Luminous Threshold, un ensemble de mâts qui enregistrent les activités du vent et du soleil. Le long de l’Olympic Boulevard, l’un des deux principaux axes du site, se déploie Relay, collection de mots colorés gravés dans le granit, œuvre évoquant des exploits olympiques et signées par les Australiens Paul Carter et Ruark Lewis.

En visitant le parc olympique, les œuvres frappent par leur discrétion, résultat évident d’une volonté d’intégration des créations dans leur contexte paysager et architectural, mais aussi du refus évident de “faire monument”. “Il n’y a pas de longue tradition de sculptures dans l’espace public de ce pays, nous a ainsi déclaré Leon Paroissien. Les Australiens ont un rejet pour les célébrations. Nous n’avons pas cette tradition d’aduler les héros.” Même si Sydney a développé depuis quelques années un programme de commandes d’œuvres pour son centre ville, peu d’artistes sont familiers des interventions dans un contexte urbain. Beaucoup n’avaient ainsi jamais travaillé dans l’espace public avant Homebush Bay.

Plus loin, à Liverpool, le Centre international de tir de Sydney fera quant à lui référence aux Aborigènes, traditionnels propriétaires du terrain. Issu de leurs rangs, l’artiste Brook Andrew y créera la pièce Seven Spears représentant les sept clans du peuple Gandangara. “Le projet développé par Brook Andrew reflète à la fois les discussions étroites avec la communauté et les recherches des clans, langues et pratiques traditionnels des Aborigènes de cette région”, souligne encore Leon Paroissien.
Enfin, l’artiste de Melbourne Robert Owen va réaliser à Homebush Bay Discobolus, un disque ayant l’aspect d’un cédérom qui souligne les origines grecques des Jeux olympiques. Ce projet spécifique, estimé à 435 000 dollars australiens (1,7 million de francs), est financé par la communauté hellénique australienne.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°108 du 30 juin 2000, avec le titre suivant : Des commandes olympiques

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