Dimanche 21 octobre 2018

Denise René

Galeriste

Le Journal des Arts

Le 27 avril 2001 - 826 mots

Figure incontournable de la scène artistique française, Denise René exerce le métier de galeriste depuis 1946. Elle consacre son activité à la défense de l’Art construit, et a fait connaître le Cinétisme en France lors de la célèbre exposition « Le mouvement » en 1955. Le Centre Georges-Pompidou rend actuellement hommage à son engagement en faveur des arts plastiques dans une exposition intitulée « Denise René, l’intrépide – une galerie dans l’aventure de l’art abstrait ». Denise René commente l’actualité.

Parallèlement à l’exposition du Centre Georges-Pompidou sur le Pop’Art, vous présentez dans une de vos deux galeries parisiennes Robert Indiana. Que pensez-vous de l’engouement suscité par le Pop’Art ?
Cela me paraît tout à fait naturel : c’est un mouvement ludique, très vivant, et comme son nom l’indique très “populaire”. Les gens s’y reconnaissent facilement. Il a eu surtout beaucoup d’impact aux États-Unis, mais a été plus long à arriver en France. Il est représentatif d’une époque, alors que l’Art construit s’inscrit au contraire dans la durée et qu’il continue son chemin sans jamais disparaître complètement. Quant à Robert Indiana, je m’y suis intéressée dès l’installation de ma galerie à New York. J’ai trouvé dans son travail sur les lettres et les chiffres une certaine parenté avec les œuvres d’Auguste Herbin : une rigueur commune dans la composition et dans l’utilisation des couleurs primaires.

Au sujet de l’invitation qui vous a été faite par le Centre Georges-Pompidou, certains s’interrogent sur la légitimité des rapprochements croissants qui s’opèrent entre le secteur public et le secteur privé. Comment réagissez-vous face à ces critiques ?
Nous essaierons de consoler les esprits chagrins ! Plus sérieusement : sans le travail et la vitalité des galeries parisiennes, le Musée national d’art moderne n’aurait sans doute jamais vu le jour. Avant la création du Centre Georges-Pompidou, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris était la seule institution culturelle d’envergure. Le taux de fréquentation était ridiculement bas pour un musée implanté au cœur d’une capitale. Je me souviens avoir parcouru l’exposition consacrée à Fernand Léger, artiste majeur, sans avoir croisé plus de trois visiteurs. L’institution paraissait endormie, transformée en véritable mausolée. Les galeries ont dynamisé la scène artistique parisienne. Leur rôle a été très bénéfique de ce point de vue. Maintenant, les visiteurs font la queue devant l’entrée des expositions.

Les relations entre les institutions publiques et les galeries privées ont-elles évolué ?
Pas réellement. La collaboration entre les galeries et les institutions ne date pas d’hier. Que ce soit en Autriche, en Scandinavie ou aux États-Unis, j’ai toujours eu de bons contacts avec les conservateurs. À l’étranger, ces échanges paraissent tout à fait naturels, alors qu’en France, on déteste le mélange des genres. Cela dépend en fait de la personnalité des responsables et de leur volonté plus ou moins affirmée de s’ouvrir aux propositions extérieures.

Sybil Albers-Barrier et Gottfried Honegger viennent de faire don de leur collection au Fonds national d’art contemporain. Cette donation, mise en dépôt à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), a pourtant été particulièrement longue à aboutir.
Je sais que c’est un problème très complexe, qui nécessite des mises de fonds importantes. La donation me paraît cependant la solution la plus efficace. Dommage que cette initiative ne soit pas plus favorisée.

Le président Jacques Chirac vient à nouveau d’évoquer la possible création d’un Loto dont les bénéfices serviraient à financer la restauration des œuvres d’art. Qu’en pensez-vous ?
J’y suis pour ma part très favorable et je regrette que cela n’ait pas été fait plus tôt.

La seconde édition de la Biennale de Berlin cet automne, Art Cologne prochainement... Comment voyez-vous le marché allemand aujourd’hui ?
Toujours très actif. La décentralisation a toujours existé en Allemagne, on y trouve un musée dans presque chaque ville. Dans ce pays, berceau du Bauhaus et de l’Art construit, les collectionneurs sont plus nombreux qu’en France. Ils me sont fidèles depuis de longues années. J’ai d’ailleurs ouvert avec Hans Mayer une galerie à Krefeld en 1967, et une autre à Düsseldorf en 1969. Je n’ai jamais eu en France plus d’une dizaine de collectionneurs par génération. Les Français préfèrent généralement le patrimoine à l’art vivant. Berlin est une ville en pleine mutation qui va certainement devenir une capitale européenne de premier plan, même si la foire de Bâle et la Fiac restent encore pour moi les événements les plus importants.

Une exposition vous a-t-elle particulièrement intéressée dernièrement ?
J’ai beaucoup aimé l’exposition “Alberto Giacometti : l’œuvre dessiné”. J’ai rencontré cet artiste pendant la guerre alors qu’il fréquentait quotidiennement le café de Flore. Le Surréalisme m’intéressait ainsi que la sculpture, qui était considérée comme un parent pauvre de la création artistique. C’était un perfectionniste, un être inquiet et lumineux. Cette exposition permet de découvrir un aspect assez méconnu de son œuvre.

Quels sont les autres artistes que vous aimeriez voir consacrés ?
Herbin et Vasarely méritent qu’on leur rende justice. Il serait intéressant qu’une grande exposition monographique leur soit consacrée afin qu’un travail de relecture de leur œuvre puisse être entrepris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°126 du 27 avril 2001, avec le titre suivant : Denise René

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque