Déclic photo à Orsay

Le Musée ouvre une galerie permanente de photographie

Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2008

Faisant œuvre de précurseur en France,
le Musée d’Orsay, qui conserve un fonds exceptionnel de plus de 50 000 images, vient d’inaugurer une galerie permanente consacrée à la photographie de 1839 aux années 1920. Se déployant sur 130 m2, cet espace permet de montrer, par le biais d’expositions temporaires, certains artistes ou fleurons de la collection. Pour sa première présentation, Orsay a choisi de dévoiler quatre-vingts de ses chefs-d’œuvre.

PARIS. Une galerie permanente de photographie dans un musée des beaux-arts ? “C’est un événement à la fois pour le Musée d’Orsay et pour les musées français, où il n’existait jusqu’à présent aucun espace permanent dédié à la photographie”, souligne Serge Lemoine, directeur du Musée d’Orsay. “L’idée, développée dès la transformation de la gare en musée, dans les années 1970, était très audacieuse et originale pour l’époque. Contrairement aux États-Unis, où plusieurs musées d’art avaient ouvert des départements photographiques, la France ne considérait pas encore ce médium comme une discipline artistique à part entière”, précise Quentin Bajac, conservateur à Orsay et commissaire de l’exposition inaugurale de la galerie. Commencée ex nihilo en 1979, la collection du musée compte aujourd’hui plus de 50 000 images comprenant épreuves, négatifs, albums... Reflétant les innovations formelles de la photographie, des premiers daguerréotypes (1839) aux œuvres pionnières des années 1915-1920 (Steichen, Stieglitz, Atget), ce fonds s’est essentiellement constitué par le biais de dépôts – notamment ceux de la bibliothèque de la Manufacture nationale de Sèvres et du département des Antiquités égyptiennes du Louvre – et d’acquisitions (complétés par des dons, des affectations, des dations). “Le musée a disposé jusqu’en 1987 de crédits spéciaux à cet effet, enrichis à l’occasion par le fonds du Patrimoine. À partir de 1989, l’aide de la Commission nationale de la photographie lui a permis de maintenir dans ce domaine, et aujourd’hui encore, une politique active d’acquisitions”, écrit Françoise Heilbrun – conservateur en chef à l’origine de la création de la collection –, dans Orsay, la photographie (éd. Scala, avril 2000). Dernièrement, lors de la seconde dispersion de la collection Jammes (Sotheby’s Paris, 21-22 mars 2002, lire le JdA n° 146, 5 avril 2002), où sept lots de Charles Nègre ont été préemptés pour le compte d’Orsay, ou encore lors de la vente du 9 mai 2002 à Londres (Sotheby’s), le musée s’est porté acquéreur de deux rares daguerréotypes immortalisant la révolution de 1848. Figurant les barricades de la rue Saint-Maur (Paris) avant et après l’assaut des troupes du général Lamoricière, ces images uniques ouvrent la présentation inaugurale de la galerie, qui renouvellera son accrochage trois fois par an, conformément aux impératifs de conservation des photographies. Constitué d’une sélection de quatre-vingts pièces parmi les plus marquantes de la collection, l’actuel parcours couvre en grande partie l’histoire du premier siècle de cette technique, en mettant l’accent sur les acquisitions récentes : le premier portrait photographique d’Alexandre Dumas (un daguerréotype de 1851-1852), le célèbre Stryge de Charles Nègre, deux marines emblématiques de Gustave Le Gray, un tirage unique de Nadar représentant Charles Baudelaire, un autoportrait d’Edgar Degas, ou encore un impressionnant nu d’Edward Steichen. De l’invention française du daguerréotype aux premiers tirages papier de l’Anglais Fox Talbot, des “primitifs” français (Baldus, Le Gray, Charles Nègre...) des années 1845-1855 aux pictorialistes actifs au tournant du XXe siècle (Steichen, Burty Haviland, Stieglitz), en passant par la révolution du Kodak (vers 1880) qui permit à peintres et écrivains (Zola, Degas, Bonnard) de s’adonner à la photographie en amateurs, l’évolution technique et formelle de ce médium est mise en relief. “J’espère que la galerie du Musée d’Orsay va contribuer à faire évoluer au sein des musées la place de la photographie, partie intégrante des arts visuels”, confie Serge Lemoine, qui travaille actuellement à la constitution d’un centre de ressources pour la photographie et à une grande exposition sur “Le daguerréotype français” pour le printemps 2003.

CHEFS-D’ŒUVRE DE LA COLLECTION PHOTOGRAPHIQUE DU MUSÉE D’ORSAY, PRÉSENTATION DE LA NOUVELLE GALERIE PERMANENTE DE PHOTOGRAPHIE

Jusqu’au 23 février 2003, Musée d’Orsay, galerie au rez-de-chaussée, côté Lille, accès quai Anatole-France pour les individuels et rue de Lille pour les groupes, 75007 Paris, tél. 01 40 49 48 48, tlj sauf lundi, 10h-18h, jeudi 10h-21h45, dimanche 9h-18h, www.musee-orsay.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°159 du 22 novembre 2002, avec le titre suivant : Déclic photo à Orsay

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