Dimanche 16 décembre 2018

De la diversité pour le Prix Duchamp

Le 24 octobre sera remis pour la neuvième fois le Prix Marcel-Duchamp dans le cadre de la Foire internationale d’art contemporain, à Paris n Qui succèdera à Laurent Grasso ?

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 13 octobre 2009 - 714 mots

Pour sa neuvième édition, le Prix Marcel-Duchamp joue la carte de la diversité avec une sélection de tempéraments et pratiques variés. L’annonce du lauréat sera faite le samedi 24 octobre à la FIAC, où chaque artiste dispose d’un espace. De Saâdane Afif, Damien Deroubaix, Nicolas Moulin ou Philippe Perrot, on saura alors qui succédera au palmarès à Laurent Grasso.

Saâdane Afif
Passé maître dans l’art du contre-pied visuel et sémantique qu’il manie à la perfection et tout en délicatesse, Saâdane Afif prend à revers les règles du jeu du Prix Marcel-Duchamp dans le temps aussi bien que dans l’espace. À l’invitation faite de composer une œuvre spécifique, présentée sur le stand qui lui est dévolu, l’artiste s’est exécuté en élaborant un dispositif particulier qui brouille les limites traditionnellement admises de cette intervention. Ce, dans le sens où sa proposition s’inscrit dans un projet d’ensemble, consistant en quelque sorte en une porte d’entrée, une étape inaugurale, un « sas d’invitation » à son exposition personnelle qui ouvrira ses portes le soir du 22 octobre à la galerie Michel Rein, à Paris. Avec Vice de forme, Saâdane Afif renoue avec ses interrogations du champ musical en ayant fait mettre en musique douze chansons par le compositeur Louis-Philippe Scoufaras. Lesquelles seront jouées à la galerie dans une sorte de concert permanent, autour d’une énigmatique sculpture.


Damien Deroubaix
L’homme n’est pas adepte de la demi-mesure ou de la mièvre parole. Chez lui, le verbe se porte haut et le regard se pose sans concession ni condescendance aucunes sur les dérives du monde comme il va. En témoignent ses compositions picturales arides, à plusieurs degrés de lecture, généralement de grande ampleur, stridentes, dissonantes parfois, qui associent en un vaste maelström des références visuelles empruntées à des cultures et sous-cultures d’époques et de contextes variés. La gravure sur bois fait aussi partie du vocabulaire plastique de Damien Deroubaix, de même que la sculpture, souvent totémique. Ces deux modes d’expression ont été privilégiés pour le Prix Marcel-Duchamp par l’artiste, qui prend ainsi le parti de se situer là où on l’attend le moins. Aux côtés de peintures à l’encre noire sur des planches de bois gravé, il présente quelques sculptures, brutes, où semblent converger les questions qui le taraudent, en particulier celles de la surveillance généralisée et de la bestialité humaine.

Nicolas Moulin
pLa grande habileté de Nicolas Moulin à brouiller contextes et époques afin d’immerger le spectateur dans une temporalité bouleversée, futuriste quelque part, tout en n’utilisant que des images et des objets du présent n’est plus à démontrer. Dans le cadre du Prix Marcel-Duchamp, il génère de nouveau une de ces atmosphères particulières, de ces étranges réalités dont il a le secret, avec une installation centrée autour d’une sculpture à l’aspect brut et minimal réalisée à partir de sections de gaines carrées en fibro-ciment, mêlant ainsi des références directes à l’architecture brutaliste. Le dispositif est complété par une rampe en néon et une image élaborée numériquement, manière de renforcer l’aspect ambivalent de la proposition. Entretenant toujours une relation très singulière avec l’architecture, le paysage urbain et le pouvoir politique qui les façonne, l’artiste a été très inspiré par sa récente résidence à l’université de Sheffield (Royaume-Uni), cité au fort passé industriel, dont des pans entiers en attente de reconversion donnent l’effet d’une ville fantôme.

Philippe Perrot
Un monde désenchanté, peuplé de personnages étranges, où un certain clinquant de surface fait vite peur à voir dans les détails. Une sorte de boîte à fantasmes dont l’impossible assouvissement confine à l’expérience qui a mal tourné, lorsque la dimension régressive a pris l’ascendant… C’est ainsi que se donne à voir la peinture de Philippe Perrot, dont les titres suggestifs amorcent les bribes d’une narration aussi foisonnante qu’improbable, faisant de lui un artiste inclassable et singulier dans le paysage artistique français. À travers ses figures presque déliquescentes, car plus tout à fait contenues dans leurs formes, s’anime un univers curieux et « intranquille », où une forme d’inquiétude semble se distiller insidieusement, car par petites touches, comme autant de piqûres de rappel de sa « peinture à l’huile et antiseptique ». Pénétrer ses toiles revient à se lancer dans un étrange parcours sans que jamais ne soit accordée la garantie d’y trouver une issue. Pour le Prix Marcel-Duchamp, Philippe Perrot présente une nouvelle série de tableaux.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°311 du 16 octobre 2009, avec le titre suivant : De la diversité pour le Prix Duchamp

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