De Courbet aux impressionnistes, toute la modernité du XIXe

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 janvier 2006 - 535 mots

L’ensemble exceptionnel d’œuvres de Gustave Courbet conservé au Petit Palais est à l’écho d’une collection essentiellement XIXe qui se partage entre réalisme et modernité.

Le fonds Courbet initialement constitué par l’achat lors de la vente Courbet, en 1881, de La Sieste pendant la saison des foins et, en 1900, du Portrait de Pierre Joseph Proudhon en 1853, a été ensuite enrichi par les dons de Juliette Courbet, la fille du peintre, et du critique Théodore Duret.
Le Petit Palais doit notamment à celle-ci de posséder Les demoiselles du bord de la Seine (1856-1857), le Portrait de l’artiste dit Courbet au chien noir (1844) et son propre portrait daté de la même année.
Deux chefs-d’œuvre absolus de Courbet figurent encore dans les collections parisiennes. Le premier, Départ des pompiers courant à un incendie (1850-1851), avait été jadis donné par Juliette au corps des sapeurs-pompiers de la Ville de Paris mais, au début des années 1920, celui-ci a jugé qu’il valait mieux le mettre en dépôt au musée.
Quant au second, Le Sommeil, commandé à l’artiste en 1866 par Khalil-Bey, ancien ambassadeur de Turquie à Saint-Pétersbourg et qui résidait à cette époque à Paris, il a été racheté en 1953 par la Ville. Représentatif de cette volonté de réalisme, ce tableau préfigure le thème du bord de Seine si cher aux impressionnistes.
Le Soleil couchant à Lavacourt, effet d’hiver que Monet peint en 1880 alors qu’il est installé à Vétheuil est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord par la familiarité du sujet avec Impression, soleil levant de 1873. Ensuite parce qu’il a été exécuté quelques mois après la mort de la femme du peintre, l’hiver 1879, et qu’il témoigne de la façon dont Monet vit son deuil.
Enfin parce qu’il réalise ce tableau au printemps dans la foulée de deux autres destinés à marquer son retour au Salon, sachant pertinemment que celui du Petit Palais ne pourrait plaire au jury, « trop à [son] goût » et peint pour son seul plaisir, comme il l’écrit à Théodore Duret.
À l’inventaire impressionniste, le Petit Palais offre un tableau de Sisley, Les Scieurs de long (1876), qui figure à l’exposition impressionniste de 1877. Le peintre y gagne les faveurs critiques de Zola qui relève la « vérité frappante » avec laquelle il traite ses sujets, voyant en lui un paysagiste « du plus grand talent ».
Ce disant, l’écrivain s’adresse également à Pissarro. Le Petit Palais conserve un tableau tardif mais caractéristique de son style, Le Village de Knocke de 1894. En juin, Pissarro dont les amitiés anarchistes sont connues est obligé de s’enfuir suite aux troubles qui agitent le pays après l’assassinat de Carnot.

Un miroir de la fin du siècle
Témoins de l’éclectisme d’une fin de siècle qui voit cohabiter réalisme et symbolisme, académisme et modernité, les collections XIXe du Petit Palais recèlent des œuvres aussi différentes que ce magnifique Vieillard au bâton de Gauguin (1889-1890), ce Vieil Ange d’Odilon Redon des années 1890 ou cette kitschissime Vierge aux anges de Bouguereau de 1900 !
On y trouve un remarquable groupe de Trois Baigneuses de Cézanne, daté 1879-1882. Ce tableau a été acheté par Matisse à Ambroise Vollard en 1899. En 1936, le peintre et son épouse décident de l’offrir au Petit Palais.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°576 du 1 janvier 2006, avec le titre suivant : De Courbet aux impressionnistes, toute la modernité du XIXe

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