Mardi 25 septembre 2018

Daniel Templon fête ses noces d'émeraude

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 octobre 2006 - 607 mots

Posées au sol contre les murs de la galerie, deux toiles de grand format se font face. L’œil vif, le débit confiant et les lunettes finement cerclées, Daniel Templon plisse les yeux, fait mine de passer de l’une à l’autre, curieux de cette accidentelle rencontre entre un Garouste du début des années 1980 et un Jonathan Meese tout frais.

« C’est une peinture de sauvage, explique-t-il tranquillement à propos de la jeune star allemande. Son audace, sa brutalité, son exubérance, c’est ce qui m’a frappé », poursuit-il, pas peu fier de le représenter en France.

Une succes story née à Paris il y a 40 ans
« Garouste et Meese n’ont peut-être pas grand-chose à se dire », conclut finalement le galeriste. À défaut de se parler, les deux artistes pourraient bien incarner la méthode Templon : une constance certaine, une inclinaison maintenue à l’égard de la peinture, un œil et une audace que sa condition de galeriste historique dispense désormais de témérité prospective. En somme, des valeurs sûres, associées à quelques jeunes pousses déjà repérées à l’étranger qui en ont fait un marchand notable et un incontournable fournisseur des institutions françaises.

Mais avant que ne se bâtisse l’écurie internationale, la petite histoire romanesque cultive sa légende. Elle démarre en 1966. Templon est alors instituteur suppléant, il a vingt et un ans, une bande d’amis regroupés autour d’une revue de poésie et un local en sous-sol confié par un antiquaire rue Bonaparte à Paris. « Je n’y connaissais strictement rien, aime-t-il à raconter. Je venais d’un milieu où l’on n’allait pas au musée et je n’avais jamais mis les pieds dans une galerie ».

C’est pour la galerie qu’ils opteront. Très vite, Templon lui donne son nom et la vie s’organise autour de cette vocation inattendue : le matin, professeur de sport, l’après-midi à la galerie, le soir, retrouvant Catherine Millet, sa compagne d’alors. Il se laisse guider, conseiller, apprend, tourne la page de l’École de Paris déjà moribonde, subit le choc de la Documenta de Kassel en juin 1968, et à défaut d’exposer l’École de New York, s’aventure du côté des conceptuels.

La petite entreprise se prend à marcher. Et la galerie traverse la Seine, gagnant le voisinage attendu de Beaubourg en 1972. Templon voyage, nouant un réseau solide et constant avec de grosses galeries étrangères. Les vingt ans qui suivent seront ses années florissantes. Templon travaille beaucoup, ouvre une galerie à Milan, engage le projet finalement avorté d’une fondation à Fréjus et présente quelques expositions décisives, parmi lesquelles les maîtres de l’abstraction américaine en 1973.

Quarante ans après la rue Bonaparte, la liste des artistes de la galerie est distinguée, quoiqu’un peu vieillie, l’une de ces listes qui n’aurait plus grand-chose à prouver. Ceux que le maître des lieux appelle les « vraies valeurs » de la création actuelle. Le bilan est pourtant un brin nostalgique. « Après la crise de 1990 qui nous a touchés de plein fouet, reconnaît le galeriste, les choses ont changé. Cela ne suffit plus d’avoir des bonnes idées, du goût, un œil. Il faut surtout de l’argent. On est dans un système marchand, international et la pression commerciale est permanente. »  

Biographie

1945
Naissance à Saint-Armand-Moutrond.

1966
Ouverture de sa première galerie d’art à Paris.

1971
Il rencontre le marchand américain Leo Castelli.

1972
Avec Catherine Millet, il crée la revue Art Press.

1972-1976
Une seconde galerie est basée à Milan.

1986-1992
Il crée et dirige la revue Art Studio.

1994
Il est l’un des membres fondateurs de l’ADIAF qui organise le prix Marcel Duchamp.

2006
Pour ses 40 ans, la galerie présente des œuvres de Jonathan Meese jusqu’au 14 octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°584 du 1 octobre 2006, avec le titre suivant : Daniel Templon fête ses noces d'émeraude

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