Samedi 7 décembre 2019

Collections à demeure

La réouverture du Musée de Rochechouart

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 29 juin 2001 - 655 mots

Inauguré en 1984 dans un château du XIVe siècle, le Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart rouvre au public après deux années de travaux. Fort de nouveaux espaces, le musée fête l’événement avec la présentation de ses collections permanentes, un parcours conçu comme une succession de moments dans l’art de ces quarante dernières années.

Le Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart ne s’est jamais embarrassé du préfixe “moderne”. Pour sa réouverture, il a même mis sa tête à l’envers et remisé ses fondements au grenier, une longue salle à la charpente apparente actuellement dévolue à l’Arte Povera. Acquise pendant la fermeture du lieu, C’est la vie, c’est la morale, c’est l’histoire de Luciano Fabro déploie ses voiles sous une voûte stellaire, alors que des œuvres telles qu’Il verde del bosco con rame de Giuseppe Penone, ou la Couronne de miroir de Michelangelo Pistoletto témoignent de l’importance du mouvement italien dans les collections constituées  par Guy Tosatto, aujourd’hui directeur du Musée des beaux-arts de Nantes, puis ces huit dernières années par Jean-Marc Prevost, l’actuel directeur. Autre point fort des collections, la scène allemande : entamé par Gerhard Richter et Sigmar Polke, et poursuivi par Stephan Balkenhol, cet ensemble n’est toutefois actuellement pas présenté. Enfin, exception notable dans un musée consacré à l’art des années 1960 à nos jours, le fonds Raoul-Hausmann bénéficie d’un vaste espace. En tout, le musée possède plus de 170 œuvres du dadaïste, installé en 1949 à Limoges. Une somme complétée par un fonds d’archives accessible depuis l’ouverture récente d’un centre de recherche. Prestigieux, ces groupes ne sont pourtant qu’un exemple des axes qui structurent la collection du musée.

Est-ce dû au fonctionnement d’un lieu (un unique conservateur responsable des acquisitions) né en 1984 dans la foulée des lois de décentralisation, ou à la période couverte par celui-ci ? Rochechouart, plus de quinze ans après sa création, ne montre pas une histoire mais des rencontres et des moments, au-delà des générations et des mouvements : Douglas Gordon côtoie Thierry Kuntzel, Suzanne Lafont Valérie Jouve. Dans le nouvel accrochage, le musée fait un détour par l’histoire avec l’Arte Povera et revient sur la décennie passée. “L’idée est de donner des propositions sans réelles thématiques, commente Jean-Marc Prevost au sujet de son accrochage. Celles-ci s’opèrent ensuite : poétique et politique si l’on se réfère à l’Arte Povera mais aussi à Gabriel Orozco, le travail sur la représentation humaine chez Valérie Jouve et Suzanne Lafont, ou encore les rencontres entre art et design comme chez Tobias Rehberger. D’autres œuvres comme le Parsifal de Rodney Graham interrogent, elles, les bases de la modernité.”Agrandi de 800 m2, après deux ans de fermeture et un chantier d’un coût global de 16 millions de francs, le musée qui bénéfice désormais de 1 400 m2 d’espace, a su conserver le rythme de son architecture médiévale et peut désormais faire cohabiter expositions permanentes et temporaires. Au sous-sol, la salle d’Hercule et sa fresque en grisaille du XVIe siècle continue d’abriter la Rochechouart Line de Richard Long. Une fois de plus, l’intervention de Jean-François Bodin (auteur du réaménagement de Beaubourg) se fait remarquer par sa sobriété. Intégrant dans chaque pièce un cube blanc qui conserve les volumes originels, celui-ci a opéré des cloisonnements propres à accueillir les installations vidéo. Un “genre” particulièrement présent dans les collections (citons dans les œuvres actuellement présentées Sleep Talking de Pierre Huyghe). Cet automne, Switch, une manifestation en collaboration avec le département Nouveaux médias du Musée national d’art moderne, répondra par un choix de pièces à cette spécificité. Pour l’heure, les adolescents filmés par Rineke Dijkstra dans The Buzzclub, Liverpool, UK/Mystery World, Zaandam, NL continuent à se trémousser dans la tour du château.

- accrochage de la collection, jusqu’au 9 septembre ; Switch un choix dans la collection Nouveaux médias du Musée national d’art moderne, du 21 septembre au 16 décembre, château de Rochechouart, 87600 Rochechouart, tél. 05 55 03 77 77, tlj sauf mardi 10h-12h30 et 13h30-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°130 du 29 juin 2001, avec le titre suivant : Collections à demeure

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