Christian Bernard

L’intransigeance tranquille

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 20 août 2008

Qu’as-tu fait aujourd’hui pour l’art ? On raconte qu’à la tête de la villa Arson, Christian Bernard avait pour habitude de détourner la formule de Filliou auprès des étudiants. « On essayait de créer une tension, une exigence, confirme l’intéressé. Je pensais qu’ils devaient se mettre en situation de risque et de déséquilibre constant. »

De la villa Arson à Nice, au Mamco de Genève
C’est en 1986 qu’il prend la direction de l’institution, après avoir été conseiller artistique en Rhône-Alpes, dans l’euphorie de la décentralisation post-1981. Du « camp retranché » imposé par un contexte politique local et une administration centrale hostiles, il fera un mode de fonctionnement. « Ça a été le carburant de l’aventure », reconnaît-il. Les artistes seront priés d’évacuer toute forme de complaisance. Ramette, Verna, Lesueur, Trouvé, Mayaux, la génération rêvée sortira du laboratoire niçois dans les années 1990 avec une même conscience aiguë de son langage et des conditions de production et d’émergence de son art. Une manière de faire qui aura laissé une trace, autant que les expositions montées durant ces années niçoises. « Son fantôme est partout ici », soupire un membre de l’équipe actuelle.
Aujourd’hui, c’est en Genevois, au Mamco (musée d’Art moderne et contemporain), que Christian Bernard défend ses convictions de la manière qui lui semble la plus urgente : dans la durée. Quatorze ans déjà que l’ancien étudiant en philo qui monta à 18 ans sa première exposition, que « l’affreux gauchiste » strasbourgeois tricote dans la ville tranquille une manière inédite : cinq niveaux d’un bâtiment exemplaire de neutralité à lire comme un millefeuille vertical. Le Mamco, que Christian Bernard imagine de toutes pièces à partir d’un fonds et de dépôts privés, cultive ses expositions comme autant de strates. C’est à cette histoire des lieux que répond chaque nouvel enchaînement, chaque dialogue argumenté entre expositions temporaires et collections.

De son père, il tient le goût de l’éloquence
À y regarder de plus près, la famille d’artistes qu’il donne à voir n’a rien de monolithe. Decrauzat, Armleder, Kippenberger, Ramette ou les dessins pornographiques d’un confidentiel Antoine Bernhart, la flânerie échappe à la prescription de la norme, au marché comme au jeunisme et chemine par fidélités, goût de l’accompagnement et d’une culture qui serait prise par ses obliques.
« Créer un fait de liberté, l’argumenter et le défendre », plaide Christian Bernard. Une réminiscence d’une culture – qu’il a vertigineuse – forgée tout jeune homme, auprès de son père issu d’une famille paysanne alsacienne, éduqué par les curés et devenu fonctionnaire. « J’ai d’abord une langue paternelle », glisse-t-il. Elle lui aura donné la passion de la littérature – « l’affaire de sa vie » – et ce goût de l’éloquence. Et c’est bien la première chose qui frappe chez Christian Bernard : cette langue orale brillante, limpide et finement ciselée. Il en termine pourtant pour la première fois avec tous ses mandats d’enseignant.
Ralentir ? À 57 ans, l’heure est moins au bilan qu’à la consolidation. Et lui qui admet être plus réactif que prévoyant trouve encore le temps de conduire le Printemps de septembre à Toulouse et de prendre en charge le prochain pavillon français à Venise pour Claude Lévêque. « Actif, mais pas suractif », tempère-t-il dans un sourire.

Biographie

1951 Naissance à Strasbourg. 1972 Enseigne la littérature et la philosophie. 1982 Conseiller aux arts plastiques de la région Rhône-Alpes. 1986 Prend la direction de la villa Arson. 1994 Ouverture du Mamco. 2009 Commissaire du pavillon français à la Biennale de Venise.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°605 du 1 septembre 2008, avec le titre suivant : Christian Bernard

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque