Dimanche 18 novembre 2018

Chine : une nouvelle Atlantide

Le Journal des Arts

Le 29 août 2003 - 419 mots

Près de 1 200 sites d’intérêt historique et archéologique situés le long du fleuve Yangtsé sont aujourd’hui immergés après la mise en eau du barrage des Trois-Gorges, l’ambitieux projet hydroélectrique de la région d’Hubei, en Chine.

LONDRES - Véritable prouesse technologique, haut de 185 m et large de 2,3 km, le barrage des Trois-Gorges est la nouvelle fierté de la République populaire de Chine. Le 1er juin, les eaux du Yangtsé ont amorcé leurs crus dans ce gigantesque réservoir de 640 km de long. 1,2 million de personnes ont dû être évacuées, laissant derrière eux 13 villes, 140 bourgades et quelque 4 000 villages. Outre l’important exode humain, la submersion du riche patrimoine archéologique de la région préoccupe le milieu scientifique. Lorsqu’en 1992 la construction du barrage est approuvée par le Congrès national du peuple chinois, pas un archéologue ne figure parmi les 412 experts.
Un an plus tard, la publication hâtive par l’Unesco d’un rapport identifiant les sites clés de Chine entraîne la nomination de Yu Weichao, alors directeur de Musée d’histoire chinoise, à la tête du Groupe chargé de la protection des vestiges culturels du réservoir des Trois-Gorges. Conséquence directe d’une mauvaise gestion associée à un système corrompu, les 2 milliards de yuans (216 millions d’euros) alloués à la première mission de sauvetage sont réduits à 300 millions de yuans (32,5 millions d’euros). Par ailleurs, la médiatisation de cette mission à l’étranger a encouragé le pillage des nouveaux sites découverts et l’apparition d’objets d’art d’origine douteuse sur le marché mondial. Sous la pression de la communauté archéologique internationale, une grande opération de sauvetage a finalement été entreprise en 2000 : 100 équipes d’archéologues ont été dépêchées sur 120 sites majeurs. La région des Trois-Gorges est depuis lors considérée comme le principal lieu de rencontre entre l’Orient et l’Occident en Chine ancienne. Quelques monuments ont pu échapper à l'inondation : le célèbre complexe templier Zhang Fei, érigé pendant la période Song du Nord (960-1126), a été reconstruit à 32 km de son village d'origine, et le temple de la période Qing, bâti à la mémoire du poète romantique Qu Yuan (338-278 av. J.-C.) à Zigui dans la province d'Hubei, sera réédifié à Maoping près du barrage. De nombreux vestiges sont issus de la culture de Daxi (5000-3200 av. J.-C.), de la culture Qujialing (3200-2300 av. J.-C.), et de la culture Ba dont les origines remontent à la fin du Néolithique. Les quelque 6 000 objets excavés in extremis témoignent de la richesse inexplorée de cette région aujourd’hui engloutie.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°175 du 29 août 2003, avec le titre suivant : Chine : une nouvelle Atlantide

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