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Catherine Pégard : « Le grand chantier prioritaire touche à sa fin »

Présidente du château de Versailles

Catherine Pégard, présidente du château de Versailles depuis 2011, poursuit l’embellissement du domaine.

Catherine Pégard a été nommée en octobre 2011 à la tête de l’Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles. Cette ancienne journaliste a notamment pour mission de poursuivre le schéma directeur visant à rendre son lustre d’antan à Versailles, au prix de dix-sept années de travaux et 500 millions d’euros d’investissement.

Trois ans après votre nomination, votre regard sur l’institution a-t-il changé ?
À mon arrivée, j’ai voulu connaître ce château, l’ensemble de ce domaine, pour aller au-delà de l’image que j’en avais. Ce qui compte c’est de comprendre le château dans sa diversité unique, parfois insoupçonnée. Grâce à tous ceux qui font Versailles tous les jours avec moi, je crois l’avoir compris.

Le « Journal des Arts » analyse l’évolution de la gouvernance des musées (voir le dossier) où siègent des personnalités, qui, comme vous, ne sont pas issues du monde scientifique. Avec le recul, auriez-vous aimé être conservatrice pour présider Versailles ?
Ce n’est pas une question à laquelle j’aurais pensé ! Comment regretterais-je mon parcours ? Il m’a donné la curiosité qui me semble le meilleur atout pour aborder cette fonction.

Vos objectifs ont-ils évolué ?
Pas vraiment. Mon but reste d’ouvrir le château à tous les rêves, en ayant pour obsession la qualité de l’accueil que nous nous efforçons de réserver à nos visiteurs. L’ouvrir, c’est d’abord en ouvrir de nouvelles portes, c’est pourquoi nous menons une politique obstinée de travaux. L’ouvrir c’est l’ouvrir à tous les publics. C’est aussi bien s’investir dans la semaine du handicap qu’organiser le plus magique des dîners privés.

Et en termes de programmation ?

Il faut pouvoir satisfaire les attentes des touristes aussi bien que celles des experts. Versailles permet et impose cette diversité fantastique. C’est un cabinet avec ses nombreux tiroirs secrets. Il est dessiné minutieusement, sa marqueterie est parfaite. Mais derrière un tiroir, un autre se cache. Le passé irrigue le présent. À ce titre, l’exposition « 18e, aux sources du design » [lire p. 11] est éloquente. Le retour de meubles insignes à cette occasion montre que l’histoire ne s’est pas arrêtée à la vente des biens nationaux par les Révolutionnaires. Un nouveau public peut découvrir ce mobilier à travers le prisme du design d’aujourd’hui.

Le schéma directeur est long et coûteux : dix-sept ans de travaux et un budget de 500 millions d’euros. En verra-t-on prochainement le bout ?
La mise en œuvre du schéma directeur signé en 2003 a réellement commencé en 2004. Les difficultés économiques en ont compliqué le déroulement. On a dû rééchelonner le calendrier, préférant terminer les travaux engagés plutôt que d’ouvrir de nouveaux chantiers à l’échéance incertaine. Maintenant, il faut aller vite, pour pénaliser le moins possible nos visiteurs. Nous mènerons à bien cette ambition.

Dans le détail, où en est-on ?
Le grand chantier prioritaire touche à sa fin : à la rentrée prochaine, l’aile Dufour abritera un nouvel espace d’accueil des visiteurs, avec un restaurant à l’étage et un auditorium au second. Quant au Grand Commun, il réunira tous les services de l’établissement, jusque-là dispersés dans plusieurs bâtiments. Avec l’Opéra royal rénové et les réseaux techniques modernisés, la première phase du schéma directeur [d’un budget de 159 M€] sera donc terminée en septembre. Pour cela, nous avons différé les travaux de mise en sécurité du corps central, qui ne commenceront qu’à la fin de l’année 2015. L’échéancier de la seconde phase [171 M€] ne varie que d’un an ou deux, ce qui, sur deux décennies, reste raisonnable.

Il y a beaucoup d’autres travaux en cours dans le château…
Bien sûr, mais le dilemme est éternel : il faut rendre leur lustre au plus grand nombre de pièces sans altérer la qualité de la visite. Les appartements de Mesdames, rouverts en 2013, constituent une belle visite. Celle-ci compensera le regret de ne pouvoir voir la chambre de la Reine, qui sera en travaux à partir de début 2016. Grâce au mécénat, nous avançons bâtiment par bâtiment, pièce après pièce. Ainsi, prochainement nous pourrons montrer la chambre du Général de Gaulle. Qui connaît cette page de l’histoire du XXe siècle au Grand Trianon ?

Il y a aussi des projets pour le domaine…

Oui, bientôt commenceront les travaux de la maison de la Reine. Le domaine de Marie-Antoinette constitue un second lieu de visite à part entière et permet d’alléger le parcours unique de la galerie des Glaces et des Grands Appartements. Il y a trente ans, les gardiens du Grand Trianon passaient des journées entières sans voir un visiteur. Aujourd’hui, ce château accueille 850 000 visiteurs par an ! Dans les jardins, le bosquet du Théâtre d’Eau, que les jardiniers qualifiaient de « bosquet en dormance », sera inauguré en mai 2015, sur un projet dessiné par Louis Benech avec des fontaines créées par l’artiste Jean-Michel Othoniel.

Dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2015, les effectifs sont stables. Est-ce compatible avec le projet d’ouverture sept jours sur sept ?
Il faut dissocier deux choses : d’abord, le PLF, comme son nom l’indique, est un projet. La négociation n’est pas close entre les deux ministères [celui de la Culture et celui de l’Économie et des Finances].
Ensuite, l’ouverture sept jours sur sept est une demande du président de la République. Nous en étudions aujourd’hui la faisabilité. Le recrutement d’agents supplémentaires est une condition indispensable, mais pas suffisante. Cette mesure, cohérente avec notre volonté d’ouverture, est séduisante pour le public. Mais elle rencontre aussi des obstacles : le lundi est aujourd’hui le jour de respiration du château, le moment des travaux d’entretien, des tournages, des visites particulières… Nous demandons à toutes les directions de l’établissement d’évaluer ces difficultés. Aujourd’hui, il serait tout aussi stupide de s’engager sans réfléchir que de décider a priori que cette ouverture est impossible.

Ne recourez-vous pas déjà à l’externalisation pour certains services ?
Cent pour cent de nos agents de surveillance et de sécurité, de jour comme de nuit, sont salariés de l’établissement.

Le contexte budgétaire fait-il augmenter la pression sur la recherche de mécénat ?

Rappelons que les visiteurs sont nos premiers mécènes, les droits d’entrée comptant pour 60 % de nos ressources propres. Néanmoins, en effet, les difficultés budgétaires nous conduisent à solliciter davantage nos mécènes. Ainsi, 371 projets, dont le coût variait de 1 000 euros à plusieurs millions, ont pu aboutir grâce au mécénat. C’est une démarche artisanale, construite sur des relations très personnalisées par une toute petite équipe.

Après l’« épisode Ahae » (1), avez-vous modifié votre approche des mécènes ?

En 2012, ni Versailles ni le Louvre ne pouvaient envisager la tragédie qui allait se dérouler en Corée du Sud. Aucune autorité gouvernementale n’avait de soupçons, ni en Corée ni en France, sur le mécénat que vous évoquez. Je pense que la démarche qui est la nôtre aujourd’hui est juste : si l’on a un doute, les moyens existent, discrets, pour le lever. C’est mon rôle de présidente de faire les vérifications qui s’imposent.

L’augmentation de la fréquentation est-elle encore un objectif ?
En 1980, un de mes prédécesseurs s’affolait à l’idée de dépasser 3 millions de visiteurs ! Aujourd’hui, on en compte 7,4 millions. Il serait baroque de leur dire : « ne venez plus ». Encore une fois, ce qui compte, ce sont les conditions de leur accueil. Notre nouveau site Internet « Bienvenue.chateauversailles » propose déjà des conseils de visite au public, en temps réel, pour mieux répartir le flux selon les jours et les heures.

Quel bilan pour l’exposition « Lee Ufan » ?

Excellent. Ce fut une découverte pour beaucoup, et le retentissement est international. Après Giuseppe Penone, Lee Ufan a relevé le défi de « dialoguer avec Le Nôtre ». Le prochain grand artiste contemporain à intervenir sera annoncé sous peu. Et j’espère vous surprendre.

Vous annoncez une année 2015 consacrée à Louis XIV…
Oui, le tricentenaire de sa mort nous y invite. Mais plus largement la figure du roi, qui dominera notre actualité comme celle de Le Nôtre en 2013.

Note

(1) Aujourd’hui décédé, Ahae fut en 2012 et 2013 un important mécène du Louvre comme du château de Versailles – et un artiste exposé au sein de l’institution –, avant que le lien soit établi avec l’un de ses fils, dirigeant d’une organisation religieuse considérée comme une secte en Corée du Sud. Son fils est par ailleurs actionnaire de la compagnie maritime qui connut le dramatique naufrage du Sewol. Il a connu d’autres condamnations par le passé qui contribuent au doute quant à la provenance de l’argent et la respectabilité du mécène.

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Légende Photo :
Catherine Pégard © Photo Thierry Bouet

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°425 du 12 décembre 2014, avec le titre suivant : Catherine Pégard : « Le grand chantier prioritaire touche à sa fin »

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