Dimanche 18 février 2018

Calatafimi : les visions mystiques de la Sicile

Le Journal des Arts

Le 25 janvier 2008

La petite municipalité de Calatafimi, proche du site archéologique de Ségeste, en Sicile, cherche à développer un projet de “parc mystique”? dans lequel s’élèveraient des effigies monumentales de Padre Pio, Mère Teresa et Jean-Paul II. Devant la protestation des habitants, la Surintendance des Biens culturels de Trapani ne s’est pas encore prononcée.

Calatafimi (de notre correspondante) - Dans la Vallone della Fossa, à deux kilomètres du théâtre antique de Ségeste, Nicola Cristaldi, maire de Calatafimi et président de l’Assemblée régionale sicilienne, projette d’installer un “parc mystique”. À l’image des visages des quatre présidents américains sur le mont Rushmore aux États-Unis, des figures en résine couleur argile de Padre Pio, de Mère Teresa et du pape Jean-Paul II domineraient du haut de leur vingt mètres la petite ville de Calatafimi. Visant à encourager le tourisme religieux, le programme suggère que les sculptures servent également de décor au théâtre de Ségeste. Cette opération, plus commerciale que dévotionnelle, attirerait les visiteurs des ruines de Ségeste dans la zone de Calatafimi qui serait alors dotée d’une structure hôtelière adaptée. Outre un autel monumental, le “parc mystique” disposerait d’un vaste parking dont le coût atteindrait 5 millions d’euros. Selon les prévisions, 10 % des financements seraient pris en charge par la commune, 40 % par la région, tandis que le reste ferait l’objet d’investissements privés.
À l’annonce du projet, les habitants de Calatafimi ont aussitôt manifesté leur désapprobation auprès de Me Paolo Mollica, avocat d’Assoutenti – l’Association nationale des usagers des services publics. Lançant un cri d’appel sur Internet, ils ont également invité les internautes à saturer l’adresse électronique de la Surintendance de Trapani. Aux hommes politiques, archéologues, experts et citoyens qui ont pris position contre le projet se sont ajoutés les responsables de Legambiente (une association pour la défense de l’environnement) pour lesquels la proposition est “offensante”. Partisan du programme, l’archéologue Sebastiano Tusa, au service de la Surintendance de Trapani, juge l’idée bonne pour l’économie de la région. Toutefois, la directrice du parc archéologique de Ségeste, Rossella Giglio, assure qu’aucun document concernant le “parc mystique” ne lui est parvenu ; de même, ni le Génie civil ni la Surintendance n’ont examiné le projet. La zone sacrée de Mango – siège du sanctuaire dédié à Athéna, aujourd’hui inaccessible aux visiteurs – fait actuellement l’objet d’un projet d’aménagement par l’administration sicilienne. De fait, selon de nombreuses voix, la somme destinée à la réalisation du parc gagnerait à être employée à la conservation du site archéologique et à la création de nouveaux espaces muséographiques.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°145 du 22 mars 2002, avec le titre suivant : Calatafimi : les visions mystiques de la Sicile

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