Vendredi 19 octobre 2018

Grand Palais

Caillebotte, le dernier des impressionnistes

La revanche du peintre sur le mécène

Par Alain Cueff · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 703 mots

Gustave Caillebotte, peintre et mécène, n’avait pas encore bénéficié des honneurs d’une rétrospective en bonne et due forme. Ce sera enfin chose faite au Grand Palais à partir du 17 septembre, grâce aux bons soins du Musée d’Orsay et de l’Art Institute de Chicago, où l’exposition sera présentée en février 1995.

PARIS - La commémoration d’un centenaire permet de rattraper toutes les négligences dont les hommes célèbres ou méritants sont parfois les victimes. Gustave Caillebotte (1848-1894) bénéficiera pour la première fois des effets de la canonisation institutionnelle, des années après le dernier hommage qui lui avait été rendu en France, en 1951, à la galerie Wildenstein.

Depuis cette date, hormis les recherches de Marie Berhaut, qui aboutirent à un catalogue raisonné, et la publication, en 1988, d’une monographie due à Kirk Varnedoe, directeur du MoMA, Caillebotte n’avait pas été, c’est le moins que l’on puisse dire, l’objet d’une grande attention de la part des spécialistes comme du public français. Avec l’acquisition d’œuvres importantes et l’exposition organisée en 1976 à Houston par Varnedoe, ce sont surtout les Américains qui ont contribué à la fortune critique de l’œuvre de ce peintre insolite.

Un destin en marge
Son destin posthume a ainsi suivi avec une certaine logique celui qui fut le sien de son vivant. Héritier d’une grande fortune qui devait lui épargner toute espèce de souci, élève appliqué de Bonnat, Caillebotte aurait pu rester un obscur peintre du dimanche s’il n’avait rencontré et apprécié Courbet puis Manet, Monet, et fréquenté assidûment les cercles de la nouvelle peinture.

Sa participation aux expositions impressionnistes de 1876 à 1882 en firent un artiste à part entière. Mais, sans doute, ses activités de mécène et de collectionneur le maintinrent-elles paradoxalement dans une position marginale. Difficile d’être en même temps des deux côtés de la barrière sans que la foi en un destin d’exception ne s’en ressente.

Créateur d’images puissantes et mémorables (au premier rang desquelles les Raboteurs de parquet, 1875, ou Le Pont de l’Europe, l’année suivante), Caillebotte ne fut jamais véritablement intégré au marché de la peinture moderne alors naissant. Les conséquences de cet état de fait, qui n’a guère évolué depuis, sur la diffusion de son œuvre sont aisément imaginables. Mais peut-être lui-même avait-il conscience des limites de son art, auquel il ne se consacra plus que de loin en loin à partir de 1882, lui préférant les joies du bateau et de l’horticulture. Après sa mort, il deviendra avant tout l’homme d’un legs contesté, que Renoir et son frère Martial feront finalement accepter par l’État en 1897.

Une œuvre à découvrir
Cette rétrospective, qui totalisera moins de cent vingt numéros (ce qui est exceptionnellement peu), se veut sélective, compte tenu de la brièveté de la carrière du peintre et de l’inégalité de sa production. Anne Distel, conservateur en chef au Musée d’Orsay, et Douglas W. Druick, conservateur adjoint de la peinture européenne à l’Art Institute de Chicago, ont choisi de présenter son œuvre de façon thématique.

Deux dossiers consacrés aux Raboteurs  et à Rue de Paris, temps de pluie (1877), que d’aucuns considèrent comme son chef-d’œuvre, ouvriront l’exposition. Suivront des évocations de la rue, qui fut l’un des motifs privilégiés du peintre, et de la propriété de Yerres. Les portraits collectifs, les intérieurs, la Normandie, le Petit-Gennevilliers seront ensuite déclinés, et les natures mortes et les étals de boucherie clôtureront le parcours.

Deux tableaux, qui jusque-là n’étaient connus que par des caricatures, seront présentés pour la première fois. Un Portrait d’homme, qui figure aussi à l’arrière-plan d’un pastel conservé au Musée de Montpellier, et un Chemin montant donneront à l’exposition, avec les très nombreuses peintures et dessins qui appartiennent à différentes collections privées, un caractère inédit.

L’édition du catalogue raisonné, revue et corrigée par Marie Berhaut elle-même avant sa disparition en 1993, et publiée par le Wildenstein Institute, apportera elle aussi son lot de redécouvertes, puisque pas moins de 60 nouveaux numéros, identifiés depuis 1978, y figureront.

Gustave Caillebotte

Galeries nationales du Grand palais, du 17 septembre au 9 janvier. L’exposition sera présentée à Chicago du 15 février au 28 mai 1995.

La ville de Yerres organise des rencontres le 15 septembre dans le cadre de la propriété familiale des Caillebotte (renseignements : 69 48 72 05 poste 434).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : Caillebotte, le dernier des impressionnistes

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