Budapest s’organise contre le vol

Le Journal des Arts

Le 9 octobre 1998 - 463 mots

Parallèlement au développement du marché de l’art en Hongrie, le vol d’œuvres a également augmenté dans des proportions inquiétantes. Budapest a donc décidé de créer une brigade spéciale chargée de cette question en liaison avec Interpol.

BUDAPEST - En réponse à l’inquiétante progression des vols, la Hongrie vient de créer une brigade de police spéciale pour la protection des œuvres d’art et des antiquités. Cette unité supervisera les démarches pour la sauvegarde des collections vulnérables, et aidera les propriétaires et les administrateurs à créer une base de données visant à recenser leur contenu. Les cinq membres de l’équipe ont été présentés aux principaux acteurs internationaux de la lutte contre le crime lors d’une conférence organisée par Interpol dans la capitale hongroise. La collaboration contre les pillages toujours plus fréquents de musées, d’églises, de collections privées et de sites archéologiques dans toute l’Europe centrale a été au cœur des discussions. La situation est en effet alarmante : le nombre de vols d’objets d’art dans la région a pratiquement doublé depuis la chute du régime communiste, au début des années quatre-vingt-dix, qui a coïncidé avec l’émergence d’un nouveau marché de l’art vigoureux et licite. Raymond E. Kendall, secrétaire général d’Interpol, remarque : “De par sa situation géographique, la Hongrie assure le lien entre l’Est et l’Ouest, et le crime organisé a su tirer parti de cette situation.” Afin de faciliter les recherches, la base de données hongroise qui recense les objets volés sera reliée au fichier central d’Interpol à Lyon. Celui-ci propose, pour la grande majorité des objets volés, une photo ou une image, et le système permet aux enquêteurs d’en agrandir certaines zones pour un examen minutieux afin de pouvoir identifier l’objet avec certitude.

En 1990, 702 vols d’œuvres d’art ont eu lieu en Hongrie, représentant quelque 71 millions de forints (7,1 millions de francs de l’époque). En 1997, 1 025 vols ont été enregistrés, pour une valeur de 425 millions de forints (12,2 millions de francs). Après des débuts très modestes, les recettes du marché de l’art hongrois officiel se sont élevées l’an dernier à 1,6 milliard de forints, contre un milliard l’année précédente. La progression est comparable dans toute l’Europe centrale. Par exemple, la République tchèque a déploré le vol de quelque 6 000 œuvres d’art de valeur, la plupart dans des églises non surveillées, et moins de 10 % ont été retrouvées. Cependant, certaines affaires ont connu un heureux dénouement. Tous les objets dérobés au Musée juif de Budapest en 1993 ont été retrouvés, soigneusement emballés, dans un village près de Bucarest, grâce au catalogue détaillé et précis que le musée avait remis à la police. Depuis le pillage des propriétés juives par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, aucun vol de cette envergure n’avait été constaté dans le monde.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°68 du 9 octobre 1998, avec le titre suivant : Budapest s’organise contre le vol

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